L’irritabilité chez les jeunes: un modèle physiopathologique de translation
Introduction :
L'irritabilité est parmi les raisons les plus courantes pour lesquelles les enfants et adolescents sont amenés pour une évaluation et une prise en charge psychiatrique. Bien que l'irritabilité a reçu une attention accrue de la recherche au cours des deux dernières décennies, peu de traitements efficaces sont disponibles.
Compte tenu de son impact sur la santé publique, et de la pénurie des traitements fondés sur des preuves, des modèles physiopathologiques sont nécessaires pour guider de nouvelles thérapeutiques pour la prise en charge de l’irritabilité.
Dans cette revue, les auteurs présentent un modèle d'irritabilité qui intègre une recherche clinique de translation en neuroscience. Deux conceptualisations complémentaires de l'irritabilité pathologique sont proposées :
1) Une réponse émotionnelle et comportementale aberrante à des raisons non réelles, par un dysfonctionnement du système de récompense
2) Une approche aberrante répondant à la menace, par une dysfonction du système de menace.
Matériels et méthodes :
Dans cet article les auteurs ont examiné la littérature depuis octobre 2016 en utilisant les termes de recherche «irritabilité», «colère» et «frustration non réelle».
Dans l'ensemble, 163 articles ont été inclus: 14 études sur les animaux, 71 études expérimentales humaines et 78 études cliniques. Ces travaux se sont concentrés sur les études d'irritabilité, de sévérité de la dysrégulation de l'humeur et le trouble de la dysrégulation perturbatrice de l'humeur (DMDD). Ils ont inclut également des études sur des constructions cliniques connexes , y compris un comportement d'externalisation ou trouble perturbateur comme le trouble de déficit de l'attention et d’ hyperactivité [TDAH], les trouble de conduites et le trouble oppositionnel.
Résultats et discussion
Les données suggèrent que, par rapport aux enfants en bonne santé, les enfants irritables ont des récompenses déficientes et une sensibilité élevée aux récompenses et aux omissions. Ces déficits sont associés à un dysfonctionnement dans le cortex préfrontal, le striatum et l'amygdale.
Les jeunes souffrant d’une irritabilité marquée montrent également une orientation mal adaptée à l'interprétation et l'étiquetage des menaces potentielles, associé à un dysfonctionnement cortical préfrontal et des amygdales.
Ce modèle physiopathologique propose de nouvelles approches pour traiter l'irritabilité en abordant les deux domaines de dysfonctionnement décrit ici. Il n'est toujours pas clair que la physiopathologie de l'irritabilité diffère selon le diagnostic et le contexte de survenue des symptômes.
Cependant, des preuves précoces suggèrent que les corrélations neuronales de l'irritabilité diffèrent dans le contexte de la dysrégulation perturbatrice de l’humeur et dans le trouble bipolaire et à différents niveaux d'anxiété, et ceci peut avoir des implications significatives sur le traitement.
Selon notre modèle, nous proposons que les traitements puissent cibler les dysfonctionnements du traitement de récompense, en mettant l'accent sur la correction du déficit dans le contenu et le processus de l'apprentissage instrumental, et sur la diminution de la sensibilité à l'omission de récompense
Effectivement, des données des études pilotes suggèrent que les interventions visant la réponse aberrante à une menace peuvent diminuer l'irritabilité .
Les interventions pharmacologiques en matière d’irritabilité, y compris les stimulants, les Inhibiteurs sélectifs du recapture de la sérotonine et les antipsychotiques atypiques , se sont avérés prometteurs dans le traitement de l'agressivité et de l'irritabilité.
Conclusion
Vu que les anomalies dans le traitement des récompenses et des menaces se potentialisent, les prochaines études devraient tester les hypothèses physiopathologiques et les nouvelles interventions ciblant le dysfonctionnement du système de récompense et de menace pour améliorer le traitement de l’irritabilité sévère chez les jeunes.
Dr Youssef Ouazzani
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 26/06/2017
