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Risque de suicide après le diagnostic de cancer en Angleterre


JAMA Psychiatry. November 2018

 

Introduction

Un diagnostic de cancer peut causer une détresse psychologique importante. Les patients peuvent craindre la mort; la douleur; les effets indésirables du traitement, tels que les dégâts esthétiques ou la perte du fonctionnement quotidien; ou des altérations de leurs rôles familiaux et communautaires. Cette détresse peut jouer un rôle dans le développement des idées de suicide.

Cette étude est une analyse des données nationales du suicide chez les patients atteints de cancer en Angleterre

Méthodes

C’est une étude basée sur les données du service national d'enregistrement et d'analyse du cancer en Angleterre, liées aux données de certification de décès de 4 722 099 personnes. Les patients (âgés de 18 à 99 ans) atteints d'un cancer diagnostiqué du 1er janvier 1995 au 31 décembre 2015, avec un suivi jusqu'au 31 août 2017, ont été inclus.

Résultats et discussion

Au total, 3 509 392 patients de la cohorte (74,3%) étaient âgés de 60 ans ou plus lorsque le diagnostic a été fait. Au total, 2491 patients (1719 hommes et 772 femmes) atteints de cancer sont décédés des suites d'un cancer.

Le suicide a représenté 0,08% de tous les décès au cours de la période de suivi.

 Le Ratio standardisé global d e mortalité (SMR)  pour le suicide était de 1,20 (IC à 95%, 1,16-1,25) et l’excès de risque absolu (AER) pour 10 000 années-personnes était de 0,19 (IC à 95%, 0,15-0,23). Le risque était plus élevé chez les patients atteints de mésothéliome, avec un risque multiplié par 4,5 correspondant à 4,20 décès supplémentaires pour 10 000 années-personnes.

Ce risque a été suivi par le cancer du pancréas (3,89 fois), le cancer œsophagien (2,65 fois), le cancer du poumon (2,57 fois) et le cancer de l’estomac (2,20 fois).

 Le risque de suicide était le plus élevé au cours des six premiers mois suivant le diagnostic de cancer (RSM, 2,74; IC 95%, 2,52-2,98).

Cette étude a identifié des facteurs spécifiques caractérisant les personnes à risque élevé, ce qui facilitera l'évaluation psychologique basée sur les besoins de ces groupes.

Les types de cancer associés à des risques particulièrement élevés sont les cancers du mésothéliome, du pancréas, du poumon, de l'œsophage et de l'estomac.  Les 6 premiers mois après un diagnostic de cancer est la période comme étant la période à haut risque.

Le risque accru de suicide a persisté durant 3 ans après le diagnostic.

Un certain nombre d'études ont mis en évidence un risque élevé de suicide chez des patients atteints de cancer, notamment en Angleterre, en Finlande, en Suède, en Italie, en Estonie, au Japon, en Norvège et aux Etats-Unis

Des cancers spécifiques peuvent présenter insidieusement une humeur dépressive et certains traitements peuvent également provoquer une dépression par leurs effets neuropsychiatriques directs.

La prise de conscience du potentiel de tels effets biologiques, des réactions impulsives catastrophiques au diagnostic, ainsi qu'une dépression ou une aggravation de la dépression sont des points de départ pour l’identification précoce d’une détresse suicidaire.

 

CONCLUSION

L’étude a constaté un risque élevé de suicide chez les patients atteints de cancer, en particulier au cours des six premiers mois suivant le diagnostic.

Une attention particulière doit être portée au sous-diagnostic et sous-traitement de la dépression et de l'anxiété chez les patients cancéreux.

  L'amélioration de l'accès à un soutien psychologique intégré pour tous les patients cancéreux, la prise en compte des facteurs de risque modifiables et la limitation de l'accès aux moyens de suicide sont des mesures déterminantes.

 

 

 

Dr Zakaria HAMMANI

Service de psychiatrie

Hôpital militaire Mohamed V Meknès

Le 25/01/2019

 

 


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