Le baclofène: son efficacité dans le sevrage d’alcool, le craving et les affects négatifs : Une méta analyse
Addiction. 2018 Aug;113(8):1396-1406
Introduction
La consommation d'alcool est liée aux maladies non transmissibles les plus graves, notamment le cancer, les maladies du foie et les accidents vasculaires cérébraux. 5,1% de morbidité et 5,9% des décès dans le monde sont imputables à la consommation d'alcool. Après le traitement, les taux de rechute sont élevés: jusqu'à 70% dans les 6 mois, cela met en évidence la complexité des troubles liés à l’usage d'alcool (AUD). L'identification des traitements efficaces est une priorité et l'Institut NICE recommande de combiner autant que possible les traitements psychosociaux et la pharmacothérapie.
Le baclofène est un agoniste des récepteurs d’acide γ-aminobutyrique B (GABA-B) largement utilisé comme anti-spastique depuis les années 1970. Plus récemment, il a suscité un intérêt en tant que traitement des AUD.
Le but est de cette méta analyse est de présenter les résultats des essais cliniques du baclofène (vs placebo) sur la consommation de l’alcool, sur le craving et sur l'humeur.
Méthodes :
Trois bases de données électroniques ont été recherchées en février 2017: SCOPUS, PsycINFO, PubMed. Les recherches comprenaient les mots clés «baclofène» et «alcool». Les deux auteurs ont effectué des recherches indépendantes. Les recherches électroniques formelles ont été complétées par une recherche manuelle des sections de référence dans les articles éligibles. Les auteurs correspondants d'articles éligibles ont été contactés pour demander s'ils avaient effectué des travaux supplémentaires, publiés ou non, afin de réduire les risques de biais de publication
Pour être incluses, les études devaient être des Essais Cliniques Randomisés comparant le baclofène avec un placebo. Il devait y avoir au moins une mesure qui correspond soit à l'abstinence, le craving, l’anxiété, ou à la dépression.
Résultats
Le baclofène n'a pas montré de bénéfice significatif sur la consommation d’alcool. Cependant, lors de l'examen des taux d'abstinence à la fin du traitement, le baclofène avait un effet positif. Les participants sous baclofène étaient 2,67 fois plus susceptibles d'être abstinents à la fin du traitement que ceux sous placebo.
Pour la signification clinique, l'analyse NNT a montré que pour 8 personnes traitées par le baclofène, on obtiendrait une seule abstinence liée au traitement. En se référant aux revues Cochrane, l’ effet du bacloféne sur l’ abstinence est similaire à l'acamprosate mais meilleure que la naltrexone . Si le baclofène est capable d'augmenter les taux d'abstinence, il peut être un traitement plus utile pour ceux qui recherchent (ou nécessitent) une abstinence totale plutôt qu'une consommation contrôlée.
Au sujet du craving, Le baclofène n'a pas eu d'effet supérieur significatif par rapport au placebo. Le craving reflète un état émotionnel sous-jacent qui fluctue en fonction de la situation. Les futurs essais devraient déterminer si le baclofène réduit le craving dans certaines situations à haut risque.
D’autre part, Le baclofène n'a pas montré d'effet significativement supérieur sur l'anxiété ou la dépression. Krupitsky et ses collègues ont constaté une réduction de l'anxiété et de la dépression au cours du traitement par le baclofène, similaire à celle du diazépam et de l'amitriptyline. L'humeur est régulée dans les régions limbiques. Le GABA est prépondérant dans ces régions et il reste donc une possibilité que le baclofène puisse être bénéfique pour certaines populations, par ex. ceux ayant des troubles de l'humeur concomitants ou une susceptibilité à l'alcool liée au stress.
Dr Jaafari Mounir
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 24/08/2018
