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Syndrome malin des neuroleptiques et hépatite médicamenteuse


Syndrome malin des neuroleptiques et hépatite médicamenteuse chez un patient hospitalisé pour un accès psychotique aigu

 ABDELHAK, âgé de 20 ans, originaire et habitant à Fès, scolarisé jusqu’à la 4ème année de l’enseignement fondamental, cadet d’une fratrie de 8; journalier de profession, célibataire et de bas niveau socio-économique.

Il a été amené seul le 02/10/2011, par les agents de police sur RP pour un état d’agitation et des troubles de comportement.

Le patient n’a pas d’antécédents   personnels médico-chirurgicaux, ni psychiatriques ou juridiques, de même pour les antécédents familiaux. Cependant on retrouve chez lui la notion de consommation du cannabis à raison du 30DH/J depuis l’âge de 14 ans, avec consommation occasionnelle d’alcool.

Né à Fès, issu d’une famille de bas niveau socio-économique, son enfance et son adolescence étaient sans particularité, à part la consommation du cannabis à l’âge de 14 ans. Il a été scolarisé jusqu’à la 4ème année de l’enseignement fondamental, puis il a arrêté volontairement ses études, vu le manque de moyens. Par la suite, il a travaillé comme journalier.

Actuellement, il est âgé de 20 ans, célibataire, vit avec ses parents qui sont encore vivants.

A noter aussi que le patient n’a jamais eu d’événement stressant dans sa vie, et il n’a pas eu de traits de personnalité pathologique.

Selon sa mère, l’histoire de sa maladie remonte à un mois et demi, par l’installation de façon progressive d’une irritabilité, une tendance à l’isolement, sans autres signes associés . Cette symptomatologie s’est aggravée il ya une semaine par l’installation brutale d’une instabilité psychomotrice, avec irritabilité et trouble de comportement, type crise clastique et dénudation totale devant les membres de sa famille. La famille rapporte aussi une insomnie totale avec logorrhée, anorexie, et des propos incohérents et obscènes.

Devant l’accentuation des troubles de comportement dans les lieux publics, le patient a été amené à l’hôpital seul sans famille par les agents de la police sur RP, pour une prise en charge.

AUX URGENCES :

Le patient s’est présenté seul avec les agents de police, torse nu, très agité, très excité, logorrhéique et fortement angoissé. Le contact avec lui était très difficile au début. Son humeur était difficile à juger vu le contexte d’agitation.

Le cours de sa pensée était discontinu et incohérent avec des réponses à coté et passage du coq à l’âne. Son discours était totalement désorganisé avec un relâchement des associations de idées et des propos délirants flous, à mécanisme intuitif avec des thèmes surtout mystico-religieux (les anges ; le diable, le djin…Dieu ...).

On a noté aussi la présence d’une ambivalence intellectuelle, cependant, il ne rapporte pas de troubles perceptifs.

Par ailleurs, il était conscient, bien orienté dans le temps et l’espace, l’insight est négatif.

AU TOTAL :

Patient âgé de 20 ans sans antécédents psychiatriques connus ; amené sur RP seul pour un état d’agitation et des troubles de comportement, et chez qui l’examen trouve un syndrome délirant flou, avec un syndrome dissociatif évoluant depuis 45 jours.

Alors devant ce tableau on évoque :

  1. 1.Trouble schizophrédevant : la symptomatologie récente ne dépassant pas 6mois ; le début qui remonte à 45 jours ; la présence d’un syndrome délirant ; hallucinatoire et dissociatif.
  2. 2.Accès psychotique aigu induit par le cannabis devant la consommation excessive de cannabis juste avant l’éclosion des symptômes, mais l’évolution des symptômes pendant 45 j semble être contre cette éventualité diagnostique

La conduite à tenir était d’hospitaliser le patient, de le mettre sous traitement injectable à base de neuroleptiques classiques et benzodiazépines trois fois par jours pendant 3jours.

, d’assurer une Surveillance stricte de l’état de conscience et des constantes hémodynamiques (TA ; T° ; FC ; FR) ; et une surveillance de prés du risque suicidaire vu l’angoisse majeure et de prévoir un bilan biologique standard (NFS ; Ionogramme sanguin complet et recherche de toxiques dans les urines ) et une TDM cérébrale (1èr accès psychotique).

EVOLUTION :

ü  J2 : patient instable sur le plan PM ; bien orienté dans le temps et l’espace, Il rapporte un délire mystico-religieux catégorisé «  je suis Dieu », avec une conviction et une angoisse très importantes. sur le plan somatique, il est fébrile à 38°c, et le reste de l’examen somatique ne trouve pas de rigidité musculaire, ni de raideur méningée ou autre cause orientant vers l’étiologie de la fièvre .l’examen abdominale et pleuro-pulmonaire était sans particularités. Alors la conduite à tenir était d’arrêter le traitement et de garder le patient juste sous benzodiazépine (diazépam à 10 mg trois fois par jour) avec surveillance stricte des constantes vitales et de risque suicidaire et de faire un bilan biologique en urgence(CPK ; CRP ; Transaminases).

ü  J3 : patient instable, angoissé, délirant, halluciné avec une participation émotionnelle importante, et le contact est très difficile. Sur le plan organique ; il est apyrétique ; TA : 12/08 ; le bilan biologique avait montré : CPK à 678 et une CRP à 89.

Devant ce bilan perturbé faisant suspecter un syndrome malin des neuroleptique on a décidé d’arrêter les neuroleptiques, et de continuer la surveillance stricte.

ü  J4-J20 : l’état psychiatrique du patient est toujours stationnaire, délirant, halluciné et angoissé, sans aggravation de son état somatique ; apyrétique et stable sur le plan hémodynamique. ; cependant à J8 on n’a noté une augmentation de la CPK à 813

ü  J20-J30 : normalisation progressive des taux de CPK et amélioration très progressive du tableau psychiatrique du patient. alors la conduite à tenir consistait à introduire un antipsychotique atypique de façon progressive tout en surveillant les constantes vitales.

Ainsi le malade a été mis sous Amisulpride (solian 50mg   1cp/jour). Deux jours plus tard, on a trouvé sur le bilan biologique de contrôle une élévation des transaminases tributaire à ce médicament  qui a été arrêté de nouveau et le patient avait bénéficié d’un avis hepatologique.

Le bilan était en faveur d’une hépatite médicamenteuse qui avait bien évolué après arrêt du traitement.

ü  J45 : la sortie a été faite ce jour vu l’évolution favorable psychiatrique et organique du patient, ainsi il été mis sous Olanzapine à 5mg par jour

RAPPEL:

Le syndrome malin des neuroleptiques (SMN) est une réaction grave, pouvant engager le pronostic vital, touchant environ 1 % des patients traités par les neuroleptiques. Il n'est pas dépendant de la dose.Le tableau s'installe rapidement en quelques heures ou insidieusement en quelques jours (3 à 9) avec les neuroleptiques en forme dépôt. Il peut persister pendant 2 semaines.

Le tableau clinique est le suivant :hyperthermie ; rigidité musculaire et augmentation du taux sanguin des CPK ; trouble de la conscience avec mutisme ou stupeur, troubles du système nerveux autonome avec parfois : une pâleur, une hypersudation, une sialorrhée, une tachycardie, une hypotension artérielle, une tachypnée, une incontinence, des hallucinations, et des tremblements.

C’est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge en soins intensifs ou en réanimation avec un arrêt du traitement neuroleptique en cours et traitement symptomatique pour le maintien des fonctions vitales en attendant l'élimination de l'agent causal

L’hépatite médicamenteuse

Inflammation du foie liée à une prise de médicaments (un abus ou un médicament spécifique), l'hépatite médicamenteuse peut se manifester sous plusieurs formes et avoir des conséquences néfastes sur la santé.

Lors d'une hépatite d'intoxication due à la prise de médicament il s'agit bien sûr de supprimer le facteur déclenchant et d'être vigilant face aux médicaments et à leurs dosages.

Dr Berrimi Mohammed


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