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Utilisation de la ketamine dans le traitement des troubles de l'humeur


Les résultats de plusieurs études montrent que l'effet antidépresseur du chlorhydrate de ketamine est à la fois rapide et puissant.

Le nombre de patients inclus dans ces études reste relativement réduit, et il n'y a pas de données concernant l'efficacité à long terme ni l'innocuité de ce produit. Son utilisation dans le traitement des troubles de l'humeur résistants aux traitements habituels doit donc être testée par des essais cliniques à plus grande échelle pour prouver son innocuité et la durabilité de son effet.

Il n'y a pas d'indications clairement établies pour l'utilisation de la ketamine dans le traitement des troubles psychiatriques, cependant la sélection des patients qui représentent de bons candidats au traitement par la ketamine doit prendre en compte la sévérité de la dépression, la durée de l’épisode actuel, les traitements déjà utilisés, mais également la présence de facteurs médicaux, psychologiques ou sociaux qui peuvent altérer le rapport bénéfice risque d'un tel traitement et affecter la capacité du patient à fournir un consentement éclairé. Pour ces raisons il est recommandé que chaque patient remplisse un questionnaire d’évaluation pré thérapeutique approfondi qui évalue les antécédents psychiatriques et médicaux du patient ainsi que son état actuel sur le plan psychiatrique et somatique avant de démarrer un traitement par la ketamine. Il est également recommandé qu’un consentement éclairé soit rempli par le patient durant cette évaluation.

À ce jour, la meilleure indication c'est le traitement d'un épisode dépressif majeur sans caractéristiques psychotiques.

Bien qu'ils existent quelques données sur l'utilisation de la ketamine dans le traitement d’autres troubles psychiatriques, ces données ne sont pas suffisantes pour évaluer le rapport bénéfice risque de son utilisation dans le traitement d'autres pathologies psychiatriques.

Malgré que ces données sont limitées par le fait que la majorité des études ont évalué l’efficacité uniquement durant la première semaine suivant une prise unique de la ketamine, des études émergentes suggèrent que les prises répétées peuvent prolonger la durée de l'effet pour plusieurs semaines au minimum.

Le pic plasmatique de la ketamine de 70 à 200 ng/ml obtenu par l’administration intraveineuse de la dose antidépressive qui est de 0,5 mg/kg durant 40 minutes ne génère pas les effets anesthésiques de la ketamine. Ces concentrations sont bien au dessous des concentrations utilisées lors de l’anesthésie ( 2000-3000 ng/ml) et au dessous des concentrations retrouvées après le réveil d'une anesthésie par le chlorhydrate de ketamine (500-1000ng/ml).

La dose de ketamine utilisée dans le traitement des troubles de l'humeur (0,5mg/kg en intraveineux sur 40 minutes) n'a pas des effets secondaires respiratoires chez les patients avec ou sans dépression qui sont sans antécédents pathologiques notables. Cependant elle peut avoir des effets sur la pression artérielle ainsi que la fréquence cardiaque chez certains patients, il est donc recommandé que le clinicien délivrant ce traitement soit préparé et apte à gérer tout incident cardiovasculaire.

Il est possible que les patients présentent des effets secondaires psychiatriques comme une dissociation importante mais transitoire ou même des effets psychomimétiques. Le clinicien doit donc être capable de gérer de telles situations, et il doit également chercher la présence d’idéations suicidaires avant d'autoriser le patient à revenir chez lui.

Le clinicien doit finalement développer un certain niveau d’expérience par rapport à la méthode spécifique d’administration de la ketamine.

L’apparition rapide des effets antidépresseurs transitoires et puissants après utilisation de la ketamine a suscité beaucoup d'espoir chez les patients souffrant de troubles de l'humeur mais également chez leur médecins traitants, cependant il existe actuellement peu de données concernant son effet à long terme et son innocuité d’où la nécessité de réaliser des études dans ce sens afin de répondre à ces questions.

Dr Narjisse Lahlali
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 20/03/2017


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