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Le trouble obsessionnel compulsif comme facteur de risque de la schizophrénie


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En dépit dune cooccurrence fréquente du TOC et de la schizophrénie (avec une prévalence du TOC allant de 21,1% à 23% dans une population de schizophrènes), on connaît très peu de choses concernant la relation entre les facteurs cliniques et étiologiques de ces deux troubles. En effet ces deux troubles partagent certaines caractéristiques sociodémographiques comme la prévalence en population générale qui est presque la même, l’âge de début et le sexe ratio. De plus un nombre grandissant d’études souligne le chevauchement substantiel des physiopathologies de ces deux pathologies.

Explorer jusqu’à quel degré ces deux troubles peuvent partager des facteurs étiologiques communs peut avoir des implications importantes pour les cliniciens, les chercheurs et les patients eux même. La présente étude a pour objectif d’évaluer si les antécédents personnels ou familiaux de TOC augmentent le risque de développer une schizophrénie ou un trouble apparenté.

Pour ce faire, les auteurs ont mené une étude prospective de type cohorte, en se basant sur le registre national danois. Un total de 3 millions d’individus nées entre le 1er janvier 1955 et le 30 novembre 2006 ont été suivis sur une période allant du 1er janvier 1995 au 31 décembre 2012. Durant cette période, 30556 individus ont développé une schizophrénie. Le principal résultat mesuré était la corrélation entre la présence antérieure d’un TOC et le risque de diagnostic de schizophrénie ou trouble du spectre schizophrénique sur la vie. Ces diagnostics étant établis par des psychiatres en milieu hospitalier, ou ambulatoire ou dans les services des urgences. Les analyses de survie, basées sur le calcul de la fonction de vraisemblance, ont été ajustées à l’année civile, l’âge, l’âge maternel et paternel, le sexe, le lieu de résidence ainsi que le premier contact avec l’hôpital psychiatrique. De plus, l’IRR du TOC antérieur (ratio du taux d’incidence) a été comparé avec celui d’autres troubles débutant à l’enfance (Autisme, TDAH, boulimie).

Les résultats ont objectivé que la présence antérieure du diagnostic du TOC était associée à un risque accru de développement ultérieur de schizophrénie et de troubles du spectre schizophrénique, avec respectivement un IRR= 6.9 (IC95% [6.25-7.6]) et IRR=5.77 (IC95% [5.33-6.22]). Ce risque paraissait stable au fil du temps, à l’exclusion des premiers mois suivant le diagnostic du TOC où ce risque était nettement plus élevé (IRR=10,27 ; IC95% [8,77-11,93]).

Cette augmentation du risque était supérieure à d’autres troubles habituellement diagnostiqués à l’enfance (Autisme, TDAH, Boulimie). De la même façon, la progéniture de parents ayant le diagnostic de TOC avait un risque accrue de schizophrénie (IRR=4.31 IC95% [2,72-6,43] et de troubles du spectre schizophrénique (IRR=3,10 ; IC95% [2,17-4 ,27]). Ces résultats sont restés significatifs après ajustements pour les antécédents familiaux et personnels de troubles psychiatriques.

Les auteurs de cette étude ont conclu que le diagnostic de TOC est associé à des taux élevés de schizophrénie et troubles du spectre schizophrénique. L’augmentation du risque observée suggère que le TOC, la schizophrénie et les troubles du spectre schizophrénique reposent probablement sur des voies physiopathologiques communes.

  • Dr Berhili Nabil
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 26/11/2014

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