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Traumatismes d'enfance et psychose dans une étude de cohorte prospective: cause, effet, et direction causale


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Le fait qu’il y ait une relation entre les traumatismes d’enfances et la survenue d’expériences psychotiques a été prouvée selon plusieurs études. Le débat se limite actuellement à la causalité de cette relation. Aucune étude à ce jour n’a démontré dans une cohorte que les expériences traumatiques prédisent la survenue d’expériences psychotiques.

Une autre question qui a été largement débattue est la direction causale, car il se peut que les expériences psychotiques constituent un facteur de risque d’exposition aux traumatismes, ou bien qu’il existe une corrélation bidirectionnelle.

Dans cette étude, les auteurs ont utilisé des mesures prospectives des traumatismes (agression physique et harcèlement) et des expériences psychotiques à des différentes périodes dans le temps pour répondre aux questions suivantes:

  1. Est-ce que l'exposition à un traumatisme prédit la survenue d’expériences psychotiques?
  2. Est-ce que l’arrêt de l’exposition à des traumatismes prédit la cessation des expériences psychotiques?
  3. Quel est le sens de la relation entre les traumatismes de l'enfance et les expériences psychotiques?

Au total, 1 602 formulaires de consentement ont été distribués, et 1.112 adolescents (69%) ont participé à la première phase de l'étude. Les mesures ont été répétées à 3 mois et à 12 mois du suivi. 90% des participants ont terminé le suivi à 3 mois et 88% à 12 mois.

Les participants ont rempli un questionnaire d'auto-évaluation où ils ont été interrogés sur un nombre de risques de traumatismes de l'enfance, y compris la violence physique et le harcèlement. Une série de questions oui-ou-non ont été utilisés pour évaluer le traumatisme au départ.

Les expériences psychotiques ont été évaluées à l'aide d’éléments validées dans le cadre du Questionnaire des Symptômes Psychotiques des Adolescents. Les auteurs ont utilisé cette question "Avez-vous déjà entendu des voix ou des sons que personne d'autre n’a entendu ?" pour évaluer les expériences psychotiques au départ et à 3 et 12 mois.

Les auteurs ont rapporté la prévalence des expériences psychotiques, agressions physiques, et harcèlement dans chacun des trois points d'évaluation (début, 3 mois et 12 mois), et ils ont vérifié si les agressions physiques signalées au départ prévoient la survenue d’expériences psychotiques à 3 mois et à 12 mois.

Les auteurs ont d'abord créé un groupe ne comprenant que des personnes ayant déclaré une agression physique au départ. Ils ont ensuite divisé ce groupe en individus qui ont subi des agressions physiques entre le début et à 3 mois de suivi et ceux qui n'ont pas connu davantage d’agressions physiques au cours de cette période. Ils ont utilisé la régression logistique pour déterminer si les expériences psychotiques étaient moins fréquentes à 3 mois chez des personnes qui n'ont pas connu de nouvelles violences physiques entre le début et à 3 mois de suivi par rapport aux personnes qui ont continué d’être victimes de violence physique. Les auteurs ont utilisé aussi la régression logistique pour tester si des expériences psychotiques rapportées au départ prédisent des agressions physiques ou des incidents d’harcèlement à 3 mois et à 12 mois.

Comme résultats, 7% ont déclaré avoir des expériences psychotiques au départ, 5,5% entre le début et à 3 mois de suivi, et 4,5% entre le 3ème mois et à 12 mois de suivi.

Au départ, 10% de ont déclaré avoir été agressés au cours des 12 derniers mois, 8% entre le début et à 3 mois de suivi, et 8% entre le 3ème mois et à 12 mois de suivi.

39% ont déclaré avoir été victimes d'harcèlement à l'inclusion, 30% entre le début et à 3 mois de suivi, et 33% entre le 3ème mois et à 12 mois de suivi.

Les agressions physiques et le harcèlement rapportés au départ ont été corrélés à des expériences psychotiques à 3 et 12 mois.

Les enfants qui n’ont pas eu de traumatismes entre le début à 3 mois de suivi avaient un risque plus faible de survenue de symptômes psychotiques à 3 mois par rapport aux autres. Ceci a été aussi le cas pour l’intervalle de 3 à 12 mois.

Les expériences psychotiques rapportées au départ ont été corrélées avec la survenue d'agressions physiques et de harcèlement à 3 et à 12 mois.

Cette étude a démontré une relation temporelle claire entre l'exposition aux traumatismes de l'enfance et le début des expériences psychotiques. Les auteurs ont démontré une relation dose-réponse entre les traumatismes et les expériences psychotiques. Aussi, ils ont démontré que l’arrêt à l’exposition à des traumatismes a été associée à la cessation des expériences psychotiques.

Ils ont également évalué l'explication alternative importante que les expériences psychotiques peuvent conduire à une exposition à un traumatisme d'enfance plutôt que l'inverse. Il a été prouvé que c'était vraisemblablement le cas et qu'il y a en fait une relation bidirectionnelle entre les traumatismes de l'enfance et les expériences psychotiques.

En ce qui concerne la plausibilité biologique, un nombre croissant d'études a démontré l’existence de séquelles biologiques importantes dues aux traumatismes de l'enfance.

Un résultat encourageant est que la cessation du traumatisme était prédictive de la cessation des expériences psychotiques. Comme la plupart des accidents d’harcèlement se produisent à l'école, une approche qui peut être préconisé est le rôle de l'enseignant dans la prévention et l’intervention en cas d'harcèlement.

Un point fort de cette étude est son caractère longitudinal, qui a permis aux auteurs d'évaluer si les traumatismes de l'enfance prédisent des expériences psychotiques et vice versa. De plus, l’échantillon d’étude était basé sur une population représentative au niveau national de l’Irlande, ce qui permet de généraliser ces résultats à la communauté de ce pays.

Une limitation de cette est qu'il n'est pas possible de savoir dans quelle mesure objective les événements indésirables étaient subjectivement traumatisants pour les individus.

En conclusion, ces résultats appellent à des stratégies d'intervention contre les traumatismes de l'enfance dans la communauté, l'abus à la maison et contre l’harcèlement à l'école. Ces résultats fournissent la première preuve directe que cela peut conduire à une diminution de l'incidence des expériences psychotiques dans la communauté et par ailleurs une réduction similaire de l'incidence des troubles psychotiques.

  • Dr Benbrahim Mohammed
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 16/07/2013

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