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Stress post-traumatique et incidence du diabète type 2 : étude longitudinale de 22 ans sur une population de femmes


PTSD ET DIABETE 1

L’état de stress post traumatique (ESPT) touche 10% de la population féminine aux Etats-Unis. Ce trouble est associé à des déséquilibres neuroendocriniens, à une diminution de l’activité physique et à des troubles alimentaires. Ces éléments constituent des facteurs de risque du diabète type2. Ainsi, une association entre ESPT et DNID est décrite ce qui soulève des questions concernant : le profil des patients avec ESPT exposés au DNID, le sens de cette association (causalité) et l’impact de la prise en charge de l’ESPT sur le diabète.

Cette étude a pour objectif de mesurer l’association entre les symptômes de ESPT et l’incidence du diabète au cours d’un suivi de 22 ans chez une population de femmes en tenant compte des facteurs confondants (tabac, alcool, régime, activité physique).

116430 infirmières participent à un suivi depuis 1989 dans le cadre d’une étude sur la santé des infirmières. En 2008, un questionnaire a été rajouté à 60000 d’ entre elles : Le Brief Trauma Interview qui a permis de classer la population étudiée en 5 groupes :

(1) Pas d’exposition à un traumatisme ; (2) Présence d’un traumatisme et pas de PTSD ; (3) Trauma et un à 3 symptômes de PTSD ;(4) Trauma et 4 à 5 symptômes de PTSD (5)Trauma et 6 ou 7 symptômes de PTSD.

Les renseignements sur l’historique médical et notamment concernant un éventuel diabète ont été recueillis .L’IMC a été calculé de façon biannuelle. Les habitudes toxiques et les conduites alimentaires (food frequency questionnaire) ainsi que l’activité physique ont été également quantifiées et mentionnées. Ont été pris en considération aussi la notion de prise d’antidépresseurs, les comorbidiés psychiatriques, et la notion d’abus à l’enfance.

Un quart des patients n’ont pas présenté d’événement traumatique et ont servi de référence pour la comparaison. 51% des participantes ont rapporté un traumatisme sans signes d’ESPT. 4% des participantes ont un ESPT avec (6 ou 7 symptomes présents). Les personnes les plus exposées à la ESPT étaient de race blanche, obeses et avec un antécédent de diabète chez leurs mères.

Durant le suivi, 6% des patientes ont fait un DNID. Les patientes ayant subi un trauma font plus de DNID. Une relation entre l’intensité des symptomes de l’ESPT et la survenue de diabète est retrouvée après ajustement par rapport à la race, au somatotype (IMC) et aux facteurs parentaux. L’ajustement par rapport à l’IMC et la prise d’antidépresseur attenue cette relation PTSD/DNIN mais elle reste significative. Elle le reste également même quand on exclut les cas de diabète découverts par dépistage qui peut être secondaire au fait que les patientes ESPT auraient plus tendance à utiliser le système de santé et donc à bénéficier de dépistage.

Un model final attribut à l’IMC 14.3% de la relation ESPT/DNID, 2,6 pour le tabac, le régime alimentaire et l’activité physique, tandis que la prise d’antidépresseur participe à hauteur de 33.8%.

Il n’y a pas de relation dans le sens inverse, le DNID ne prédispose pas à la survenue de PTSD.

Dans ce suivi sur 22ans on note donc que les patientes avec ESPT feront deux fois plus de DNID que les participantes n’ayant pas d’ESPT. Le traitement antidépresseur et la prise de poids sont les mécanismes les plus incriminés. Néanmoins, le travail ne prend pas en compte l’effet des hormones du stress sur l’insulinorésistance, l’augmentation des taux de CRP sérique et les troubles de sommeil incriminés dans le diabète.

Ce travail vient souligner l’importance d’intégrer la prise de poids et la survenue de diabète dans la prise en charge des patients souffrant de troubles post-traumatiques.

Dr Bout Amine

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 22/03/2015


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