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Rémission d’un usage de substance et nouvel usage : quel lien ?


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Les troubles liés à l’usage de substances sont fréquents, et particulièrement en comorbidité avec d’autres troubles psychiatriques et sont associés à une souffrance individuelle et un coût social. La rémission de ces troubles contribue à court et à long terme à la réduction de l’activité criminelle, à l’amélioration de l’état de santé, du fonctionnement social et à une meilleure qualité de vie.

En pratique clinique, les adultes en rémission de ces troubles sont souvent considérés comme étant à risque de développer un autre trouble lié à l’usage de substances.

Une étude de cohorte prospective effectuée auprès d'un échantillon national représentatif de 34 653 adultes de l'enquête épidémiologique nationale sur l'alcool et les conditions de santé qui lui sont associées. Les participants ont été interrogés en deux vagues, à trois années d'intervalle : la première vague de 2001 à 2002 ; et la deuxième de 2004 à 2005.

Ainsi, les auteurs se sont fixés comme objectif de déterminer si la rémission augmente le risque d'apparition d'un nouveau trouble lié à la consommation de substance en comparaison avec l'absence de rémission, et si les caractéristiques sociodémographiques et les troubles psychiatriques , y compris les troubles de la personnalité, permettent de prédire de façon indépendante une nouvelle apparition.

Les auteurs ont également comparé l’apparition d’un nouveau trouble lié à l’usage de substance entre deux sous-populations de consommateurs :

  • Une première qui avait au moins un trouble lié à l’usage de substance au cours de la première vague et qui n’avait pas rémission d’aucun de ses troubles au cours de la seconde (n = 3275)
  • Et une seconde qui avait au moins un trouble lié à l’usage de substance au cours de la première vague mais qui était en rémission au cours de la seconde (n = 2741).

Sur la totalité de l’échantillon, environ un cinquième avait développé un nouveau trouble lié à l’usage de substance sur les 3 ans de suivi. Les participants qui étaient en rémission d’un trouble lié à l’usage de substance étaient finalement moins susceptibles que ceux avec un trouble actuel de développer un nouveau trouble. Les auteurs précisent également que les hommes plus jeunes et non mariés, ainsi que la précocité de la consommation, et les individus avec des comorbidités psychiatriques sont plus candidats à de développer un nouveau trouble.

Les auteurs soulignent que plusieurs mécanismes pourraient sous-tendre ces résultats. Ainsi, la rémission pourrait diminuer les facteurs externes ou interpersonnels conduisant à la consommation de drogues. Aussi, la diminution de l’usage d’une substance, malgré une absence de rémission complète pourrait être à l’origine d’une diminution de la désinhibition qui accompagne la consommation et qui, elle, pourrait par contre faciliter la prise d’une nouvelle substance, en addition à celle déjà consommée. D’un autre côté, la rémission diminue la possibilité de synergie entre différentes substances.

Par ailleurs, parmi les facteurs de risque retrouvés par les auteurs, l’âge jeune et la précocité de la consommation pourraient être expliqués par le degré maturation du système dopaminergique et par la vulnérabilité qui lui est reliée. Aussi, plusieurs pathologies psychiatriques sont marquées par la présence d’impulsivité et de troubles du comportement, et pourraient donc partager les mêmes facteurs de risques que les troubles liés à l’usage de substance, que ce soit sur le plan génétique que social et interpersonnel.

Les auteurs concluent en précisant que contrairement à une idée reçue chez les praticiens, les sujets en rémission d’un usage de substance sont moins à risque de développer un nouveau trouble lié à l’usage de substance.

  • Dr Azzouzi Nada
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 26/11/2014

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