Recherche > Revue de presse > Quelle réponse du thérapeute face à la personnalité du patient : approche empirique.

Quelle réponse du thérapeute face à la personnalité du patient : approche empirique.


AJP-2014-personality-1-1

Nous présentons dans ce résumé un travail qui se penche sur le contre transfert en thérapie et son impact sur l’intervention thérapeutique elle-même d’un point de vue empirique.

Les auteurs parlent dans l’article de la réponse émotionnelle, résultat des processus permettant au thérapeute d’établir une complémentarité, une identification projective de façon à faire l’expérience du vécu du patient. Or, un trouble de la personnalité est par définition un dysfonctionnement de la relation à soi et aux autres y compris la relation au thérapeute. La compréhension de la réponse émotionnelle du thérapeute est un véhicule important pour mieux comprendre le fonctionnement du patient.

L’article revient sur le peu d’études qui ont essayé d’explorer cette réponse vu la richesse et la complexité des descriptions cliniques de la relation contre transférentielle et donc la difficulté d’avoir une approche systématique et empirique.

Cependant, huit dimensions de cette réponse on été individualisées qui sont :

La Submersion/Désorganisation, l’Impuissance / Insuffisance, une dimension positive (alliance thérapeutique), le Surinvestissement, la Sexualisation du rapport (présence d’une tension sexuelle), le Désengagement, la Protection (parentale), puis enfin le sentiment d’être rejeté et non apprécié par le patient.

Certaines de ces dimensions ont été associées au cluster A,B ou C de personnalités pathologiques (DSM IV) ,et le groupe B était le plus associé à un large éventail de réactions émotionnelles. D’autres études ont retrouvé une association entre les groupes A et B avec des réactions négatives et le groupe B était le plus associé a des réponses mitigées (mixed feelings).

Ces travaux souffrent de plusieurs insuffisances et on en cite notamment le fait que les associations recherchées ont été faites par rapport aux clusters de personnalités et non aux troubles de personnalité pris individuellement. Aussi, Les méthodologies n’ont pas toujours été strictes.

Ce travail a visé à palier à ces insuffisances et a eu comme objectif principal de valider les ’hypothèses suivantes :

  1. Pour chaque trouble de personnalité il y a une réponse émotionnelle spécifique.
  2. Les troubles de la personnalité avec un mauvais fonctionnement sont les plus pourvoyeurs de réponses négatives.
  3. Enfin les orientations théoriques du thérapeute ne déterminent pas le style de réponse.

Le recrutement a été fait dans deux centres spécialisés en psychothérapie en Italie.

Ont été recrutés des malades de plus de 18 ans, qui n'avaient pas de troubles ou de symptômes psychotiques et chez qui le diagnostic différentiel entre trouble psychotique et trouble de la personnalité ne se posait pas. Ces patients avait un suivi au minimum de huit séances et au maximum de 6 mois (une séance par semaine). 203 malades ont été recrutés.

Les thérapeutes avaient une moyenne d’âge de 43 ans et comptaient 111 femmes sur 203. Tous avec une expérience clinique de plus de 10 ans. 100 d’entre eux avaient une approche psycho-dynamique et 103 une approche TCC.

Le SWAP-200 Shedler-Westen Assessment Procedure -200 comme instrument de mesure a permis de fournir une évaluation psychométrique globale de la personnalité.

Therapist Response Questionnaire est un questionnaire conçu pour évaluer les modèles de contre transfert en psychothérapie. Il se compose de 79 items mesurant un large éventail de pensées, de sentiments et de comportements exprimés par les thérapeutes envers leurs patients. Les items sont écrits dans la langue de tous les jours afin que les cliniciens de toutes approches théoriques puissent utiliser l'outil sans parti pris. Le questionnaire comprend les huit dimensions sus décrites dans l’introduction.

Après l'accord des cliniciens, les outils de l’étude leur ont été présentés, puis leur a été demandé d’abord d'évaluer leur réponse émotionnelle vis à vis du patient choisi en utilisant le Therapist Response Questionnaire, ensuite, entre une et 3 semaines plus tard, il leur a été demandé d’évaluer la personnalité du patient à l'aide du SWAP-200.

L’analyse statistique à été réalisé à l’aide de l’SPSS 20.

Il ressort du travail que les personnalités paranoïaques et antisociales étaient associées à la dimension Critique/rejet autrement dit le thérapeute se voit dans ce cas mal apprécié par le malade.

La personnalité borderline était liée au sentiment d’impuissant /insuffisance, de submersion, et aussi de surinvestissement.

La dimension de désengagement était positivement associée à la schizotypie et la personnalité narcissique, et négativement associée aux personnalités histrionique et dépendante.

La personnalité évitante était associée à un transfert positif mais aussi à un surinvestissement et une attitude de protection.

Tandis que la personnalité obsessionnelle était négativement corrélée au surinvestissement émotionnel.

Par ailleurs l’appartenance au courant psycho-dynamique ou TCC ne semblait pas affecter les résultats.

Le fonctionnement global du patient était corrélé positivement à une réponse positive.

L'objectif principal de cette étude était d'examiner la relation entre la réponse émotionnelle du thérapeute et la personnalité pathologique du patient. Les résultats ont en effet retrouvé une relation spécifique entre le type de personnalité pathologique et une ou plusieurs des huit dimensions transférentielles.

Par ailleurs, il a été constaté que les cliniciens des différentes approches thérapeutiques ont produit des données similaires, ce qui suggère que ces résultats n’étaient pas influencés par leur bagage théorique.

Ceci suggère que si les cliniciens peuvent reconnaitre leurs sentiments contre transférentiels, ils pourront les utiliser pour s'informer sur les modèles interpersonnels de leurs patients.

Le travail confirme également que le dysfonctionnement global du patient était corrélé avec le plus de réponses émotionnelles négatives. Le travail vient aussi conforter les résultats selon lesquelles le cluster B est le plus lié à des réponses négatives et ambivalentes. Notamment la personnalité limite qui donne au thérapeute un sentiment de confusion et de frustration.

Le cluster C est plus associé à un surinvestissement et une tendance a la protection des patients qui semblent vulnérables. Et contrairement aux travaux précédents, il a été retrouvé également à coté de ces réponses positives un sentiment d’impuissance et d’incapacité à les aider.

Les limites du travail, soulignés par les auteurs eux même, sont d’abord le fait que c’est le même thérapeute qui fournit les données sur sa réponse émotionnelle et sur le trouble de personnalité ce qui peut être source de biais. Aussi, le fait que ce sont les thérapeutes eux-mêmes qui évaluent leurs réponses et par conséquent il se peut qu’ils n’avouent pas certaines émotions conscientes ou pas.

Au total il s’est agit d’une étude qui a permis de conduire un travail de recherche avec une méthodologie stricte pour mieux approcher les modalités de contre transfert dans la relation du thérapeute au patient porteur d’un trouble de la personnalité, et ceci, pour une meilleure prise de conscience des réponses émotionnelles spécifiques à tel ou tel trouble de la personnalité en vue d’améliorer la prise en charge souvent difficile de ces troubles.

  • Dr Bout Amine
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 21/01/2014

Affichage Affichages : 1151

Recherche