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Mortalité et exposition cumulative aux antipsychotiques, Antidépresseurs et Benzodiazépines chez les patients souffrant de la schizophrénie: une cohorte observationnelle


Introduction :

La relation entre l'exposition cumulative aux antipsychotiques et la mortalité chez les patients atteints de schizophrénie a été vivement débattue au cours de la dernière décennie. Les médias publics ont même largement affirmé que l'espérance de vie plus courte des patients est attribuable à l'exposition à long terme aux antipsychotiques.

Étant donné qu'une grande proportion des patients atteints de troubles psychotiques sont également exposés aux antidépresseurs et benzodiazépines, il est assez surprenant que les conséquences de l'exposition cumulative à ces médicaments n'ait pas attiré beaucoup d'attention.

Jusqu'à présent, une seule étude a enquêté sur la mortalité et l'utilisation des antidépresseurs au cours de la schizophrénie, signalant une diminution significative du risque de suicide. D'autre part, la relation entre la consommation de benzodiazépines et de la mortalité a été étudiée dans deux études, concluant qu'elle a été associée à une augmentation de 80% à 90% de la mortalité.

Méthodologie :

Cette étude s'est focalisée sur la relation entre l'exposition cumulative aux antipsychotiques, antidépresseurs, et  aux benzodiazépines et la mortalité en Suède en utilisant des bases de données à l'échelle nationale recueillies de façon prospective.

Au total, 21.492 personnes ont été identifiées (individus âgés de16-65 ans ayant un diagnostic de schizophrénie). Le suivi a débuté le 1er janvier 2006 et a pris fin en Dec. 31, 2010. Ainsi, la période de suivi était de 5 ans pour cette cohorte de patients.

Résultats :

Un total de 1591 (7,4%) patients sont décédés au cours des 5 ans de suivi. Les causes spécifiques de décès était les maladies cardiovasculaires (N = 520, 32,7%), suivie par des néoplasies (N = 262, 16,5%), les maladies respiratoires (N = 175, 11,0%), et le suicide (N = 151, 9,5 %).

Tout degré d'exposition aux antipsychotiques ou aux antidépresseurs a été associé à une mortalité globale plus faible par rapport à l'absence d'utilisation de ces médicaments. Le contraire a été observé pour les benzodiazépines, et une forte exposition a été associée à un risque  de 74% plus élevé de décès par rapport à l'absence  d'utilisation avec des visites plus fréquentes aux services de soins de santé.

Une forte dose d'exposition aux antipsychotiques a été associée à une mortalité supérieure de 27% par rapport à une exposition modérée.

Il est également probable qu'une dose élevée avec une utilisation chronique de benzodiazépines, en violation des guidelines de traitement, peut-être devenu une cause iatrogène pour la surmortalité dans cette population de patients.

La mortalité globale faible liée à l'utilisation des antidépresseurs était en partie attribuable à la baisse de la mortalité cardio-vasculaire. Cette constatation peut être expliquée en partie par les effets anticoagulant et anti-inflammatoire des antidépresseurs les plus couramment utilisés (tels que les inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine), conduisant ainsi à un risque plus faible d'infarctus du myocarde.

L'association entre l'exposition aux benzodiazépines et la mortalité peut être expliquée par plusieurs mécanismes. Bien que l'utilisation de benzodiazépines à long terme peut être un marqueur de gravité de la maladie et la coexistence d'un abus de substance. Il est également plausible de supposer que la prescription de doses élevées pendant de longues périodes peut conduire à une tolérance et une escalade de doses. Cela pourrait entraîner des interactions fatales avec l'utilisation simultanée d'alcool et de drogues illicites, et l'aggravation de la polytoxicomanie, ce qui peut entraîner un mode de vie moins sain en général. En outre, à forte dose, l'utilisation de benzodiazépines peut également contribuer à la sédation diurne et la prédisposition aux accidents.

La mortalité liée à l'utilisation de doses élevées d'antipsychotiques diminue lorsqu'on prend en considération l'effet de l'utilisation concomitante de benzodiazépines à dose élevée. Ces résultats impliquent que la surmortalité globale et la mortalité cardio-vasculaire dans la schizophrénie sont attribuables à des facteurs autres que le traitement antipsychotique lorsqu'il est utilisé à des doses adéquates.

En conclusion et à l'heure actuelle, et avec des données scientifiques pauvres, les effets indésirables des antipsychotiques sont considérés comme la principal problématique liée la surmortalité, mais il semble que l'absence d'utilisation antipsychotique est associée à des taux de mortalité globale et cardiovasculaire plus élevés. Indépendamment des mécanismes de causalité.  Ces groupes de patients devraient recevoir une surveillance étroite et un traitement actif de leurs problèmes de santé physique et mentale, ce qui suggère un changement radical de paradigme dans le traitement de la schizophrénie.

  • Dr Haouat Amine
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 27/06/2016

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