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Mortalité dans la schizophrénie et le trouble bipolaire: facteurs prédictifs cliniques et sérologiques


Introduction

Il est maintenant bien établi que les personnes atteintes de schizophrénie ont une espérance de vie estimée à 15-25 ans plus courte que celle de la population générale. Cette mortalité prématurée est largement causée par toute une gamme de maladies physiques similaires à celles qui affectent les personnes sans trouble psychiatrique. Comme la schizophrénie, le trouble bipolaire est associé à une mortalité prématurée, la mort d'origine naturelle est la principale cause de mortalité bien que peu d'études ont été réalisées chez cette population clinique. L'espérance de vie dans le trouble bipolaire est diminuée de 9-14années, une diminution importante, mais inférieure à celle trouvée dans la schizophrénie.

Les raisons sous-jacentes de la mortalité prématurée d'origine naturelle chez les personnes atteintes de schizophrénie et de trouble bipolaire ne sont pas connues avec certitude. Le tabagisme, un facteur de risque connu pour la mortalité dans la population générale qui est très répandue chez les personnes ayant une maladie mentale grave, a été impliqué.

Des études récentes indiquent que les personnes atteintes de schizophrénie et de trouble bipolaire ont des taux augmentés d'exposition à des agents microbiens et ont également des niveaux anormaux de certains marqueurs immunitaires.

Les objectifs de cette enquête étaient d'identifier les déterminants de la mortalité naturelle dans une cohorte de personnes atteintes de schizophrénie et une cohorte supplémentaire de personnes ayant un trouble bipolaire après une période de suivi de moins de 14 ans.

Matériels et méthodes

Les participants étaient des individus inscrits dans la recherche Stanley Programat Sheppard Pratt à Baltimore, Maryland entre 1er Février 1999 et le 31 Décembre 2012 à une étude visant à définir l'association entre les anticorps à des agents infectieux et les maladies mentales graves. Les critères d'inclusion: l'âge de 18-65 ans ; un diagnostic de schizophrénie, de trouble schizo-affectif ou de trouble bipolaire I ou II, sur la base de l'entrevue clinique structurée pour le diagnostic DSM-IV Troubles de l'Axe I (SCID).

Les critères d'exclusion :

  1. Diagnostic primaire de toxicomanie ou de dépendance;
  2. L'histoire de la toxicomanie par voie intraveineuse;
  3. Un retard mental;
  4. Trouble médical cliniquement significatif qui affecterait les performances cognitives tels que les antécédents de traumatisme crânien;
  5. Une 'immunodéficience telle que le VIH.
Tous les participants ont donné par écrit le consentement éclairé et l'étude a été approuvée par les commissions d'examen institutionnel local suivant les lignes directrices établies.

Tous les participants ont été interrogés et leurs dossiers médicaux examinés pour recueillir les données sociodémographiques, les ATCD médicaux, le tabagisme actuel; l'histoire de toxicomanie ou de dépendance à une substance, à l'exception de la nicotine ou de la caféine; et les médicaments actuels. Les symptômes psychiatriques ont été évalués par la PANSS et le fonctionnement cognitif évalué par la batterie reproductible pour l'évaluation neuropsychologique (Repeatable Battery for the Assessment of Neuropsychological Status) (RBANS). Chaque participant a fourni un échantillon de sang au moment de l'étude. Des échantillons de sang ont été testés par des essais d'immuno-essai enzymatique pour les anticorps IgG de classe des virus Herpes simplex de type 1 (HSV-1), le cytomégalovirus(CMV), virus d'Epstein Barr (EBV), le protozoaire, Toxoplasma gondii, et le rétrovirus endogène, Mason Singe Pfizer Virus (MPMV).

Ces agents infectieux ont été sélectionnés pour l'inclusion parce qu'ils ont été étudiés quant à leur rôle éventuel dans l'étiologie de la schizophrénie et ses symptômes. Une mesure de CRP a été également faite, ce marqueur a été associé à un risque de mortalité dans certaines études de la population générale.

Le statut de la mortalité lors du suivi : L'Indice de Mort National (NDI) donne la date et la cause de la mort pour les personnes décédées jusqu'au 31 Décembre 2012. La durée d'observation a été calculée pour chaque patient en tant que temps entre l'étude et le 31 Décembre 2012 ou la date du décès.

Résultats

L'échantillon de l'étude comprenait 1116 personnes: 710 avec diagnostic de schizophrénie et 406 avec un trouble bipolaire. Les patients atteints de schizophrénie ont été suivis pendant une période d'observation moyenne de 7,45 années (gamme 6 jours - 13,9 ans) et les patients souffrant de troubles bipolaires pour une durée moyenne de 4,59 ans (intervalle de 11 jours - 11,6 ans).

Comparaison des taux de mortalité avec la population générale

Au cours de la période d'observation, 55 participants sont décédés de causes naturelles: 43 décès dans le groupe de schizophrénie et 12 décès dans celui des patients bipolaires. Les Causes naturelles de la mort pour les patients atteints de schizophrénie étaient les suivantes: cardio-vasculaire (n = 20), néoplasique (n = 11), respiratoire (n = 5), et d'autres / inconnue (n = 7). Les causes de décès pour les patients bipolaires étaient les suivantes: circulatoire (n = 3), néoplasique (n = 3), respiratoire (n =3), et d'autres / inconnue (n = 3). Pour les patients atteints de schizophrénie qui sont morts, l'âge moyen au décès était de 54,4 ans (extrêmes 40.4-68.1 ans) et pour les patients bipolaires qui sont morts, l'âge moyen 59,2 ans (extrêmes 19.4-71.2 ans).

Les facteurs prédictifs de la mortalité

Dans le groupe de schizophrénie, la mortalité a été prédite par les variables suivants dans un modèle à plusieurs variables: le tabagisme (RR = 6,93, IC 95% 1,59, 30,1, p = 0,0099); maladie auto-immune (RR = 8,08, IC 95% 2,50, 26,1, p = 0,00047); trouble gastro-intestinal (GI) (RR = 3,53, IC 95% 1,43, 8,69 p = 0,0061); et niveau faible d'éducation maternelle (RR = 0,84, IC 95% 0,72, 0,97), p = 0,018. Dans le groupe de trouble bipolaire, les facteurs significatifs prédicteurs de mortalité incluent un score faible à l'évaluation cognitive (RR = 0,95, p = 0,0085) et la présence de diabète Type 1 ou 2 (RR = 3,90, p = 0,026).

Discussion

Dans cette étude, les auteurs ont examiné la mortalité due à des causes naturelles dans une cohorte de personnes atteintes de schizophrénie ou de trouble bipolaire.

Comme dans une étude précédente avec une version antérieure et plus petite de la cohorte, le tabagisme était le plus puissant facteur prédictif de la mortalité par une cause naturelle, avec un risque relatif de près de 7 après ajustement pour autres facteurs prédicteurs significatifs. Ce résultat est compatible avec les précédentes études qui ont montré dans des échantillons indépendants que le tabagisme seul diminue l'espérance de vie en dehors de l'effet d'autres facteurs de risque. Une autre étude récente a révélé que les conditions liées au tabac représentaient environ 53% des décès chez les patients schizophrènes hospitalisés en Californie pendant la période 1990-2005.Les personnes atteintes de schizophrénie et d'autres maladies mentales graves peuvent arrêter de fumer. Des études bien conçues ont démontré l'efficacité de la varénicline et de bupropion avec ou sans traitement de substitution en association avec le traitement comportemental.

Il est à noter que les auteurs n'ont pas trouvé une association significative entre le tabagisme à l'inclusion et la mortalité dans le trouble bipolaire. Cela peut être dû au nombre relativement faible de décès dans le groupe de trouble bipolaire et les larges intervalles de confiance des estimations de risque.

L'association entre les maladies auto-immunes et la mortalité dans le groupe de schizophrénie est d'un intérêt particulier et qui n'a pas été étudié dans les cohortes antérieures. Plusieurs maladies auto-immunes, individuellement et dans leur ensemble, ont été identifiées comme soulevant le risque de troubles psychotiques dans des études longitudinales. En outre, les maladies auto-immunes sont un facteur de risque de mortalité dans la population générale et un facteur prédisposant au trouble cardiovasculaire et le cancer. Un facteur supplémentaire peut être les risques associés aux médicaments immunosuppresseurs utilisés pour traiter les maladies auto-immunes. Une association entre les troubles gastro-intestinaux et la mortalité chez les personnes atteintes de schizophrénie a été constatée. Les maladies inflammatoires de l'intestin et l'ulcère peptique ont été associés à une augmentation des taux de mortalité dans certaines populations. Des études récentes ont indiqué une augmentation du risque de trouble gastro-intestinal chez les personnes atteintes de schizophrénie et de possibles liens étiologiques entre fonctionnement anormal gastro-intestinal, un microbiome intestinal modifié, et symptômes de la maladie.

La CRP élevée était aussi un facteur significatif dan l'analyse bivariée dans le groupe de la schizophrénie et une tendance de cette association dans le groupe de trouble bipolaire. C'est surprenant que nous les auteurs n'ont pas trouvé un effet significatif de cette variable dans le modèle multivarié dans la schizophrénie. A noter, certaines études en population générale ont trouvé cette association.

Conclusions

Le risque extrêmement élevé de mortalité de cause naturelle associé au tabagisme dans la schizophrénie implique la mise en œuvre de stratégies de prévention par l'encouragement d'arrêt de tabac chez cette population vulnérable.

Pr Aarab Chadya

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 28/01/2016


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