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Médicaments hypnotiques et suicide


Beaucoup de preuves ont lié l'insomnie aux idéations suicidaires, au comportement suicidaire et au suicide accompli. L'association insomnie-suicide suggère que le traitement de l'insomnie entraînerait la disparition du suicide, mais la prescription des hypnotiques aux patients déprimés suicidaires est contre balancée par le fait que les hypnotiques peuvent être utilisés comme un moyen suicidaire ou peuvent provoquer ou aggraver les pensées suicidaires.

Une étude a révélé une augmentation du taux de décès par suicide parmi les utilisateurs des hypnotiques et a posé l'hypothèse que la relation résultait d'une altération du jugement et de l’augmentation des comportements violents et comportements à risque. Une autre étude a conclu de façon similaire que les hypnotiques pourraient augmenter le risque suicidaire par le biais de la désinhibition.

La Food and Drug Administration (FDA) a exigé que les avertissements concernant le suicide soient inclus dans les prospectus des hypnotiques. Ces avertissements ont des implications ambiguës. Ils pourraient donner l'impression que tous les hypnotiques sont associés à un risque élevé de suicide, sans tenir compte d'aucun autre paramètre.

L'objectif de ce travail est donc de décrire la relation entre l'utilisation des hypnotiques et le suicide en étudiant les éléments qui sont en faveur ou contre cette corrélation.

Cette revue a porté sur les hypnotiques modernes, approuvés par la FDA, notamment les benzodiazépines, elle a exclut les hypnotiques barbituriques non approuvés par la FDA, l'éthchlorvynol et l'hydrate de chloral. Par conséquent, les médicaments d'intérêt principal sont le flurazépam, le temazépam, le triazolam, l'estazolam, le quazépam, le zolpidem, le zaleplon, l'eszopiclone, le ramelteon, la doxepin à 3mg et à6mg, et le suvorexant.

Cette revue a inclut les adultes âgés de 18 ans et plus.

Le processus de recherche documentaire a commencé par l'inspection de l'étiquetage approuvé par la FDA de ces hypnotiques, ensuite une recherche PubMed a été réalisée utilisant les termes «suicide» et «suicidaire» avec chacun de ces agents. Un processus similaire a été entrepris dans une base de données scientifique dans l’espoir de trouver des résumés pertinents qui pourraient ne pas figurer sur PubMed, ensuite, une recherche a été faite sur le site de la FDA à propos des avis de sécurité après la commercialisation des hypnotiques, et les effets indésirables rapportés pour chaque agent. La FDA a été contactée de décembre 2015 à février 2016 afin d’avoir des rapports détaillés sur les cas de suicide liés aux hypnotiques surtout ceux qui n’ont pas été publiés dans la littérature, et tous les rapports de la FDA sur les effets indésirables des hypnotiques ont été examinés à partir des années 1970.

Les études toxicologiques ont montré que les hypnotiques modernes sont impliqués dans les suicides, mais souvent en association avec d'autres sédatifs ou de l'alcool. Pourtant, la mort est possible par le seul biais des hypnotiques, et ceci a été retrouvé avec le flurazépam, le temazépam, le triazolam et le zolpidem.

Les études rétrospectives et prospectives ont démontré que les utilisateurs des hypnotiques sont surreprésentés parmi les victimes de suicide, mais ces études avaient certaines limites, par exemple le manque de considération de la présence ou non d’un trouble de la personnalité, la sévérité de la maladie dépressive, la présence d’une pathologie psychiatrique ou organique, et donc la réalisation d’autres études serait souhaitable pour distinguer les suicides secondaires à la pathologie psychiatrique de ceux dus aux hypnotiques.

Les auteurs ont soulevé la question de savoir si le risque de suicide est limité aux benzodiazépines ou bien à tous les hypnotiques. Une caractéristique commune c’est l’augmentation de l’impulsivité et de la désinhibition au cours de la durée ou l'effet du médicament est maximal. Ce scénario est renforcé par les rapports des cas publiés et les rapports des effets indésirables de la FDA qui montrent que certains suicides et comportements suicidaires se produisent pendant une période de confusion, d’amnésie, d’hallucinations ou de paranoïa qui surviennent dans les premières heures après l'ingestion d'un hypnotique, et que le suicide est liée à une parasomnie induite par l'hypnotique au cours de la période ou son effet est maximal.

La principale nouvelle contribution de cette revue est la clarification concernant le moment du risque de suicide lié à l’ingestion des hypnotiques, ils peuvent induire ou exacerber la suicidalité en altérant la conscience ou la désinhibition au moment du pic de l'effet du médicament, et au même temps ils peuvent réduire ou empêcher les idéations suicidaires chez les personnes insomniaques ou ayant une pathologie psychiatrique après le métabolisme approprié du médicament.

Dr Narjisse Lahlali
Service de psychiatrie
CHU Hassan II de Fès
Le 26/01/2017


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