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Liens distincts entre les anomalies perceptives visuelles et auditives et la conversion psychotique dans une population à haut risque clinique


Les hallucinations sont un symptôme maitre connu dans les troubles psychotiques. Ce symptôme, en particulier sous sa forme auditive, est largement considéré comme partageant un substrat commun avec d'autres symptômes positifs. Cependant, seul le contenu inhabituel et la désorganisation de la pensée, et non des anomalies perceptuelles (comme l’hyperacousie, illusions et les hallucinations momentanées), sont associés à la psychose dans les Populations Cliniques à Haut Risque (PCHR) en dépit de la forte incidence des anomalies perceptuelles.

Il est important de souligner que même si les fréquences des anomalies auditives et visuelles sont similaires chez la PCHR, les différences de ces fréquences en cas de psychose avérée peuvent suggérer des substrats neurobiologiques distincts. Par conséquent, les auteurs ont suggéré l'hypothèse que les anomalies auditives et perceptives visuelles auraient des corrélations cliniques distinctes chez les individus PCHR.

Méthodes

Les participants sont des patients ambulatoires PCHR âgés de 13 à 30 ans suivis au centre de prévention et d'évaluation de l'Institut psychiatrique de l'État de New York. Ils font partie d'une étude longitudinale approuvée par le comité d'examen institutionnel de l'Institut psychiatrique de l'État de New York. Les adultes ont donné leur consentement éclairé par écrit ; Les mineurs ont consenti à travers un parent ou un tuteur légal.

Les 203 participants ont répondu aux critères syndromiques des symptômes positifs atténués définis selon le Structured Interview for Psychosis-Risk Syndromes - SIPS (57 avec virage psychotique, 144 sans virage et 2 indéfinis). Les symptômes n’ont été expliqués ni par un trouble psychiatrique caractérisé ni par une prise de substance. Les participants ont été suivis tous les trois mois pendant 2 ans. La conversion à la psychose a été définie sur la base des critères SIPS. La plupart des conversions (81%) ont eu comme diagnostic DSM une schizophrénie ou un trouble apparenté.

À l'aide des vignettes détaillées et des commentaires des évaluateurs dans le SIPS recueilli lors du recrutement (au départ), deux évaluateurs indépendants certifiés SIPS ont attribué des scores d'anomalies perceptuelles (P4), englobant à l'origine toutes les anomalies dans les domaines sensoriels (P4a, ICC : r = 0,98) et expériences visuelles (P4v, r = 0,91). Les relations à la conversion ont été évaluées par régression logistique et par régression des risques proportionnels de Cox. La signification statistique a été fixée à P <= 0,05.

Résultats

Conformément aux recherches antérieures, les scores globaux originaux de P4 n'étaient pas associés au statut de conversion (β = 0,01, P = 0,92). Cependant, lorsqu'on les divise en deux variables, P4a et P4v sont indépendamment associés à l'état de conversion, mais dans des directions opposées (βa = 0,25, P = 0,05 et βv = -0,44, P = 0,001). Les scores de P4a étaient plus élevés que ceux de P4v (P<0,001; 67% vs 57% étaient supérieurs à 1, P<0,001) ; P4a et P4v se chevauchent modérément (R2 = 0,25 ; 48% ont obtenu un score supérieur à 1 pour les deux). En outre, seul P4a a été associée à des scores additionnés pour P1 (contenu de pensée inhabituel), P2 (Méfiance), P3 (idées de grandeur) et P5 (discours désorganisé) (βa = 0,37, P = 0,04 ; βv = 0,14, P = 0,45 ; βa > βv, P = 0,01), ce qui indique que les anomalies auditives sont plus fortement liées aux symptômes positifs atténués que les anomalies visuelles. Les taux de P4a et de P4v après conversion sont restés stables par rapport au début de l’étude et corrélés longitudinalement pour chaque entité, mais pas entre les deux.

De même, les analyses de survie ont montré que les scores globaux de P4 ne prédisaient pas le temps de conversion (β = 0,01, P = 0,95), tandis que P4a et P4v étaient des prédicteurs indépendants dans des directions opposées (βa = 0,19, P = 0,052; βv = -0,37, P<0,001). Dans un modèle étendu contrôlant les prédicteurs connus de la conversion (scores P autres que P4, le score NT [score total des symptômes négatifs], le score DT [total des symptômes de désorganisation], le score GT [total général des symptômes], le GAF [global assessment of functioning], et les scores démographiques), P4v était le prédicteur indépendant le plus fort (négatif) des jours de conversion (βv = -0,38, z = -3,36, P<0,001); Les scores P4a, P1, P5 et NT étaient les seuls prédicteurs indépendants (positifs) additionnels qui étaient au moins marginalement significatifs (1,64<z<2,11; P = 0,07, 0,04, 0,05 et 0,10, respectivement) dans ce modèle.

Discussion

Les anomalies perceptuelles visuelles étaient fortement associées à un risque moindre de conversion en psychose, alors que les anomalies auditives étaient associées à un risque élevé, ainsi que les scores P1 et P5. En outre, les données transversales soutiennent l’hypothèse que les symptômes positifs essentiels (anomalies auditives en l’occurrence) peuvent avoir un substrat commun. Les anomalies visuelles chez les PCHR peuvent donc avoir des substrats sous-jacents distincts et peuvent être associées à des résultats cliniques distincts (p. Ex., Troubles moins graves ou non psychotiques). Des recherches supplémentaires sur la valeur clinique de la mesure simultanée des anomalies visuelles et auditives et de leurs substrats neurobiologiques correspondants sont nécessaires.

Dr Benbrahim Mohammed
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
25/01/2017


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