Recherche > Revue de presse > Les symptômes comportementaux et psychiatriques dans les maladies à prions

Les symptômes comportementaux et psychiatriques dans les maladies à prions


BOUT-ARTICLE-1

Il est question dans cet article des symptômes psychiatriques de la maladie à prion : une encéphalite dégénérative rare occasionnant un éventail de symptômes neuropsychiatriques. 300 malades ont été suivis tout au long de l’évolution de la maladie. Et les auteurs ont relevé les tableaux cliniques (comportementaux et psychiatriques) ainsi que les modalités de prise en charge afin de sortir avec des recommandations pour guider les praticiens.

Les maladies à prion regroupent : les cas sporadiques de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (sMCJ), Les maladies à prions héréditaires (IPD), et les maladies à prion acquises y compris iatrogène.

Une grande hétérogénéité est retrouvée dans les tableaux cliniques selon le sous type de la maladie mais aussi au sein du même sous type ; et des facteurs génétiques, biochimiques ainsi que démographiques soutiennent cette hétérogénéité.

Dès son émergence en Grande-Bretagne pendant les années 90, la description de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (CJD) a toujours contenu des symptômes psychiatriques rapportés aussi dans les critères de diagnostic de L’OMS. Deux travaux ont souligné cette constance relevant respectivement des chiffres de 92 et 80%. Appleby et al. Suggèrent en étudiant rétrospectivement des cas de CJD sporadiques qu’il puisse y avoir un trouble de l’humeur distinct ou “affective sCJD variant.”.

Sur le plan thérapeutique, des expériences ont suspecté un effet inhibiteur de la réplication du prion de certains agents pharmacologiques à savoir la chlorpromazine et les antidépresseurs tricycliques. Effet non retrouvé en clinique pour les cas rapportés.

Par ailleurs, en comparaison avec les autres causes de démences, la recherche en matière de prion se heurte à plusieurs difficultés liées à la rareté des cas, la progression rapide de la maladie et le retard diagnostic. Sans parler des troubles de langages qui sont caractéristiques de la maladie et qui font obstacle à une meilleure expression du vécu psychique du malade.

Deux grandes études prospectives ont permis le suivi des malades au niveau de la Grande-Bretagne : l’étude PRION1 fut un essai clinique dans le but d’évaluer l’effet de la quinacrine et qui n’a montré aucun effet sur la survie des malades, et ce travail est utilisé dans cet article comme source de données sur l’évolution naturelle de la maladie.

La deuxième étude qui est toujours en cours est la National Prion Monitoring Cohort qui est un suivi longitudinal enrôlant jusqu'à 92 % des malades éligibles.

Les résultats combinés des deux études fournissent des données sur les symptômes, l’évolution et les traitements prescrits chez plus de 350 malades. Ont été recherchés également les facteurs prédictifs de la présence de tel ou tel comportement. Ces résultats ont permis de distinguer trois catégories cliniques : les troubles psychotiques, les agitations (non psychotiques) et les troubles de l’humeur.

Troubles psychotiques :

Ils ont été retrouvés dans 36,9 % des cas durant toute l’évolution et étaient significativement associés à des formes sporadiques de la maladie ainsi qu’avec la présence de la variante MV dans la localisation 129 du gène PRNP codant pour la protéine du prion.

Les troubles perceptifs visuels (hallucinations mais aussi distordions visuelles) ont été notés. Plusieurs malades décrivent un fractionnement des images «comme un picasso ». On a noté également un contenu hallucinatoire fait de zoopsies et de figures humaines, ainsi que des hallucinations extra campines. Les troubles perceptifs apparaissaient plus chez les patients avec un déficit intellectuel marqué. D’autre part, on a relevé la présence d’un contenu délirant, peu fréquent, concernant des thématiques d’infidélité ou de vol.

Un traitement antipsychotique a été prescrit chez 31 malades. Le choix a été influencé par le souci de ne pas provoquer des effets extrapyramidaux, ainsi, La quetiapine fut la molécule la plus prescrite, en revanche les antipsychotiques classiques ont été évités. Un bénéfice clinique rapporté dans 9 des cas traités. Chez 32 des malades, une benzodiazépine a été utilisée pour des agitations de nature psychotique avec un effet bénéfique relevé chez 7 cas. Un inhibiteur de l’acétylcholinestérase a été prescrit chez 5 des malades dont le tableau clinique rappelait celui retrouvé dans la démence à corps de lewy où ces molécules ont montré un effet bénéfique.

Les agitations :

Chez 57 malades, des états d’agitations ont été observés et ont nécessité une intervention thérapeutique. Ils sont survenus en dehors des symptômes psychotiques avec une prédominance chez des patients jeunes et plus en réponse à un stimulus externe comme les soins par exemple.

23 patients ont été mis sous antipsychotiques. 39 patients ont reçus une benzodiazepine. Tandis que 5 malades avec une forme héréditaire étaient mis sous antidépresseur (non précisé dans l’article) mais seul un malade a montré un effet bénéfique.

Troubles de l’humeur :

Retrouvés dans 41.6% des cas tout au long de l’évolution avec prédominance féminine. Des symptômes dépressifs ont été relevés durant les premiers stades de la maladie à type de retrait, irritabilité, anxiété plus que durant les états avancés avec des troubles de langage et une atteinte des fonctions exécutives. Des idéations suicidaires sont survenues dans les premiers stades chez des malades avec la forme héréditaire (IPD). Une seule tentative de suicide a été enregistrée chez un malade IPD au début de la maladie.

Un traitement antidépresseur été démarré chez 45 patients. Un bénéfice clinique a été obtenu dans 36 % des cas.

Autres symptômes comme les obsessions-compulsions, la sensation de déjà vu ou un sentiment de déréalisation ont été rapportés dans de rares cas.

Les symptômes du début :

Les symptômes psychiatriques apparaissent dès les premiers stades de la maladie et sont utilisés comme marqueurs diagnostiques spécifiques de la forme variante de CJD (vCJD).

Ils peuvent être isolés (dans 8,8% des cas) faisant souvent diagnostiquer un trouble psychiatrique primaire. D’où l’intérêt d’une évaluation neurologique des malades qui se présentent à un service de psychiatrie. La présence des symptômes psychiatriques au début dans les formes sporadiques a été corrélée de façon significative avec jeune l’âge.

Antipsychotiques : sécurité d’usage.

L’utilisation des antipsychotiques pour les patients souffrant de démence est associée à une augmentation de la mortalité. Il est important d’examiner si les mêmes risques existent chez les patients atteints de la maladie à prion. Or, la progression de la maladie fait que la durée du traitement est plus courte, sauf chez une minorité de malades (forme héréditaire) ou la progression est plus lente. Autre différence, la population est plus jeune que pour les malades souffrant de démences. Ainsi, Le risque d’atteintes cérébro-vasculaires semble inferieur.

Cependant, les deux études n’ont pas montré de différence de mortalité secondaire au traitement vu la grande mortalité de base liée à la maladie elle-même.

Recommandations :

Les tableaux psychiatriques accompagnant les maladies à prion représentent une morbidité importante et une charge pour les soignants et leur prise en charge thérapeutique est nécessaire. Seulement ces symptômes peuvent ne pas être reconnus d’où la nécessité de les chercher systématiquement et de poser la question au malade.

Contrairement aux symptômes liés aux lésions irréversibles, les symptômes de nature psychiatriques fluctuent dans le temps et peuvent régresser. Et cette évolution peut se faire avec ou sans traitement.

Aucune étude n’a exploré la place des interventions non médicamenteuses mais elles peuvent s’avérer très utiles.

Quand des interventions médicamenteuses sont nécessaires, elles se doivent d’être courtes et doivent prendre en compte les effets secondaires. Dans les formes à évolution lente un traitement au long cours n’est pas nécessaire. Les benzodiazépines peuvent être utilisés dans les derniers stades de la maladie.

Par ailleurs, l’utilisation des inhibiteurs de l'acétylcholinestérase pour les symptômes psychotiques semble prometteuse.

Enfin un état dépressif peut répondre à un traitement antidépresseur classique généralement bien toléré par les malades.

Reste à dire que les données de cet article sont à prendre avec prudence, vu que les données liées au traitement des symptômes sont purement observationnelles, que les nombres sont petits, et que les cliniciens qui recueillent les données étaient souvent les mêmes qui prenaient les décisions de traitement. Tout cela fait que ce travail constitue un point de départ vers une meilleure connaissance des manifestations psychiatriques liées à cette maladie.

  • Dr Bout Amine
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 24/03/2014

Affichage Affichages : 958

Recherche