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Les lésions hépatiques induites par les antidépresseurs: Une revue pour les cliniciens


L’atteinte hépatique d'origine médicamenteuse, est la quatrième cause des affections du foie dans les pays occidentaux, c’est une question de préoccupation vue la disponibilité et l’augmentation de la prescription des antidépresseurs. La lésion hépatique iatrogène (LHI) est la cause la plus fréquente de retrait d'un médicament du marché et le rejet des demandes de licence de commercialisation aux États-Unis. LHI peut être classée comme hépatocellulaire, cholestatique ou mixte, en fonction de la lésion hépatique sous-jacente. La lésion hépatocellulaire est caractérisée par une augmentation sérique des enzymes ALAT (GPT) avec une petite ou aucune augmentation de la Phosphatase alcaline (PAL); un taux élevé de bilirubine, se trouve dans les cas d'atteinte hépatocellulaire sévère, est un marqueur de mauvais pronostic. L’atteinte hépatique choléstatique est caractérisée par des taux sériques élevés de PAL associés à un taux d'ALAT normal sou légèrement élevé; la bilirubine sérique peut également être élevée. En cas d’anomalie mixte, les taux des PAL et ALAT sont anormalement élevés.

les auteurs ont examiné les données cliniques concernant des lésions du foie induites par les antidépresseurs et des recommandations pour la pratique clinique. Ils ont fait une recherche des publications à partir de 1965 concernant les lésions hépatiques induites par les antidépresseurs.

Parmi les résultats retrouvés, 0,5% à 3% des patients traités par des antidépresseurs peuvent développer une légère élévation asymptomatique de taux de transaminases sériques.

Tous les antidépresseurs peuvent induire une hépatotoxicité, en particulier chez les patients âgés et ceux avec polymédication. L’atteinte du foie est dans la plupart des cas imprévisible, et elle est généralement sans rapport avec la dose de médicament. L'intervalle entre le début du traitement et l'apparition d'une lésion hépatique est généralement compris entre plusieurs jours et 6 mois. Ces lésions iatrogènes peuvent provoquer une insuffisance hépatique fulminante ou la mort. Les lésions sous-jacentes sont souvent de type hépatocellulaire.

Les antidépresseurs associés à des risques accrus de hépatotoxicité sont iproniazide, néfazodone, phénelzine, l'imipramine, l'amitriptyline, duloxétine, le bupropion, le trazodone, la tianeptine, et l'agomélatine. Les antidépresseurs qui semblent avoir moins de risques hépatotoxiques sont citalopram, l'escitalopram, paroxétine, la fluvoxamine.

Les facteurs de risque de lésions hépatiques induites par l’antidépresseur sont mal connus. Aucun gène associé à une plus grande sensibilité aux lésions hépatiques idiosyncrasique des agents antidépresseurs n’a été décrit. Certains facteurs peuvent être impliqués tels que la co-prescription de plusieurs médicaments ciblant le même cytochrome P450 (CYP450). En effet, certains antidépresseurs peuvent inhiber ou induire l'activité de l'enzyme CYP450, affectant ainsi les concentrations sériques d'antidépresseurs ou de leurs métabolites ce qui peut augmenter le risque de toxicité hépatique. Par ailleurs, une étude récente a montré que l'association de doses quotidiennes élevées et une forte lipophilie est prédictive de risque d'une lésion hépatique. La préexistence d’une maladie hépatique n'est généralement pas considérée comme un facteur de risque, sauf dans le cas de la duloxétine. Il a été suggéré que l’Agomélatine doit être contre-indiqué en cas de préexistence d’une affection hépatique.

Les lésions hépatiques induites par l’antidépresseur comprend différentes présentations cliniques et biologiques, allant d’une augmentation isolée des transaminases hépatiques, de symptômes non spécifiques tels que la fatigue, l'asthénie, anorexie, nausée, vomissements, et aussi plus spécifiques tels que l’ictère, insuffisance hépatique progressive, voire des tableaux plus graves hépatite aigüe fulminante, encéphalopathie. Dans la plupart des cas cependant, les patients sont cliniquement asymptomatiques et des altérations biologiques sont objectivées lors du bilan.

Les facteurs de risque comprennent l'âge, la polymédication et la présence de lésion hépatique préexistante. Ces facteurs de risque doivent être vérifiés systématiquement avant de prescrire des antidépresseurs. Les antidépresseurs suspectés d'avoir un potentiel plus élevé d’hépatotoxicité doivent être utilisés avec prudence chez les personnes âgées et chez les patients ayant une consommation importante d'alcool, et usage de substances illicites, ou ayant des signes de maladie hépatique chronique. Une Surveillance des transaminases est le moyen le plus utile pour la détection de ces troubles. Le dépistage et l’évaluation régulière sont indispensables. L’arrêt rapide du médicament responsable doit être de règle. L’élimination d’autres étiologies d’atteinte hépatique devrait être réalisée y compris les tests sérologiques pour les virus hépatotropes (de l'hépatite A, B, C, E et des virus, le virus d'Epstein-Barr, le cytomégalovirus, et le virus de l'herpès simplex), des tests d'auto-anticorps, de fer et les niveaux de cuivre, et une échographie abdominale.

En conclusion bien que peu fréquents, les lésions hépatiques induites par les antidépresseurs peuvent être irréversibles. Des recherches plus importantes sont nécessaires avant la mise en œuvre des recommandations nouvelles et rigoureuses.

  • Pr Aarab Chadya
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hasan II Fès
  • Le 25/04/2014

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