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Les facteurs déclenchants de la criminalité violente chez les patients souffrant de troubles psychotiques


Introduction

Les patients diagnostiqués de schizophrénie et de trouble bipolaire ont des taux plus élevés de condamnations pour crimes violents plus que ceux de la population générale, en particulier s'il y a comorbidité avec une toxicomanie. On sait peu sur les facteurs déclenchants qui ont lieu dans les jours juste avant l'incident violent. Trois études pilotes menées dans des environnements carcéraux et médico-légaux suédois sur 327 personnes ont suggéré que certains symptômes et, en particulier, l'intoxication alcoolique et des doses élevées de benzodiazépines peuvent déclencher un acte violent dans les 24 heures.

L'identification des facteurs déclenchants de la violence est potentiellement importante cliniquement pour l'évaluation des risques. Celle-ci est fortement recommandée chez les patients atteints de schizophrénie par des revues systématiques, mais elle ne repose actuellement que sur des facteurs historiques et n'est que modérément précise au mieux. En outre, déterminer le rôle des facteurs déclenchants peut aider à développer de nouvelles méthodes thérapeutiques, par exemple, l'identification des cibles pour la thérapie cognitivo-comportementale.

Pour remédier à l'absence de données sur les facteurs de risque de violence chez les patients atteints de psychose, les auteurs ont utilisé des données à l'échelle nationale suédoise pour environ 3,1 millions de personnes nées entre 1958 et 1988, dont 64 595 patients atteints de des troubles psychotiques.

Par facteurs déclenchants, les auteurs signifient des facteurs de risque proximaux, y compris les événements stressants de la vie, qui se produisent dans la semaine précédant l'incident violent. Les auteurs ne considèrent comme facteurs déclenchants que les facteurs de risque ou les conséquences de violence déjà mentionnés dans les études précédentes.

Méthodologie

Les auteurs ont utilisé un échantillon de tous les individus nés en Suède entre 1958 et 1988 (N = 3 123 724), Ils ont identifié à partir du National Patient Register des patients qui ont été diagnostiqués de troubles du spectre de la schizophrénie (n = 34 903) et du trouble bipolaire (n = 29 692), ainsi que des sujets contrôles sans trouble psychotique (n = 2 763 012).

Les auteurs ont ensuite identifié, au sein de chaque sous-échantillon, les personnes qui ont connu l'un des facteurs déclenchants entre le 1er Janvier 2001 et le 15 Décembre, 2013. Parmi ces facteurs : une exposition à la violence, un deuil parental, des automutilations, des lésions cérébrales traumatiques, des blessures non intentionnelles et une intoxication.

En utilisant des modèles individuels, les auteurs ont effectué une régression logistique conditionnelle pour comparer le risque individuel de se livrer à des actes de violence dans la semaine suivant l'exposition à un facteur déclenchant avec celui des périodes antérieures à durée équivalente. Tous les facteurs confondants invariants dans le temps (par exemple, les influences génétiques et environnementales précoces) ont été contrôlés par cette conception de recherche et les auteurs ont ajusté en outre pour les facteurs sociodémographiques variant dans le temps.

Les principales mesures consistent à des rapports de cotes 'odds ratios' ajustés (aORs) des crimes violents qui se produisent dans la semaine suivant l'exposition à un facteur déclenchant par rapport aux périodes antérieures.

Résultats

Parmi un échantillon de 2 827 607 personnes (1 492 186 hommes et 1 335 421 femmes), tous les facteurs déclenchants examinés ont été associés à un risque accru de crimes violents dans la semaine suivant l'exposition. La semaine au risque absolu de criminalité violente le plus grand a été observée juste après l'exposition à une violence (70-177 des crimes violents par 10 000 personnes).

Pour la plupart des facteurs déclenchants, les risques relatifs ne varient pas significativement selon le diagnostic, y compris les blessures non intentionnelles (valeur aOR de 3,5 à 4,8), les automutilations ( aOR de 3,9 à 4,2), et l'intoxication aux substances (plage aOR de 3,0-4,0). Les différences selon le diagnostic incluent un deuil parental, celui-ci était significativement plus élevé chez les patients atteints de troubles du spectre de la schizophrénie (aOR5.0; 95%CI, 3.0-8.1) par rapport aux témoins (aOR, 1.7; 95%CI, 1.3-2.2).

Discussion

Les auteurs ont trouvé des associations statistiquement significatives entre tous les facteurs déclenchants et le taux de criminalité violente dans la semaine suivant l'exposition par rapport au taux de criminalité violente dans les périodes de contrôle antérieures. Ils ont également observé que l'effet de ces facteurs s'estompe avec le temps.

Les auteurs ont constaté que les risques absolus de violence survenant dans la semaine suivant l'exposition aux facteurs déclenchants diffèrent par rapport au diagnostic individuel, avec des effets plus forts observés chez les patients atteints de schizophrénie, suivis par ceux d'un trouble bipolaire.

Ces résultats qui démontrent que l'automutilation augmente le risque de la violence interpersonnelle sont, à notre connaissance, une nouveauté. Des études antérieures ont généralement considéré l'automutilation comme une conséquence de la violence interpersonnelle et les recherches portant sur la direction de l'association entre l'automutilation et la violence interpersonnelle ne sont pas concluantes.

Conclusions

En utilisant une approche nouvelle et un échantillon de grande taille, nous avons montré l'importance des facteurs déclenchants pour le risque de violence chez les patients présentant des troubles psychotiques. En incluant des sujets contrôles, les auteurs ont pu examiner les mécanismes possibles par lesquels ces facteurs pourraient agir.

L'identification des facteurs déclenchants de la violence n'a pas été incorporé dans de nombreuses approches d'évaluation des risques, mais ces résultats suggèrent qu'il peut offrir des possibilités d'améliorer la surveillance et la gestion du risque de violence.

En plus d'identifier les facteurs de risque de violence, clarifier la chronologie de ces facteurs pourrait offrir des possibilités d'améliorer l'évaluation et la gestion des risques chez les personnes souffrant de troubles psychotiques.

Dr Benbrahim Mohammed
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 28/09/2016


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