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Les éléments précurseurs du diagnostic de trouble bipolaire chez les descendants de patients bipolaires : Etude longitudinale


bipolar disorder 1

Le diagnostic de trouble bipolaire se fait souvent tard avec parfois un décalage important séparant le début des perturbations thymiques (enfance/adolescence) et le trouble constitué. Il est admis qu’une prise ne charge précoce qui passe par un diagnostic précoce améliorerait le pronostic de la maladie.

Et pour mieux connaitre les signes précurseurs d’un trouble bipolaire, ce travail s’est intéressé à la descendance de patients avec trouble bipolaire, étant donné que cette population est à haut risque de développer la maladie.

La littérature antérieure à ce travail retrouve un taux élevé de trouble bipolaire, de troubles dépressifs, de troubles anxieux chez les descendants mais reste mitigée sur les troubles de conduites et le TDHA.

Ont été recrutés pour l’étude des patients bipolaires par le billet d’annonces, dans la consultation ambulatoire ainsi que des patients ayant participé à d’autres études. Des malades répondants au critères DSM IV du TBP type 1 ou 2 sans retard mental ou schizophrénie n’ayant pas un trouble d’humeur secondaire à une affection médicale.

Une interview structurée basée sur les critères DSM 4(SCID), le TDHA, le trouble oppositionnel, les troubles de conduite et l’anxiété de séparation ont été évalués par le Kiddie-Sads-Present and Lifetime Version (K-SADS-PL).

Un suivi tous les 2 ans jusqu’à l’âge adulte a été instauré.

La validité des diagnostics posés a été évaluée sur des enregistrements audio et s’est révélée bonne pour toutes les catégories diagnostiques: Le coefficient kappa pour la fiabilité était de 0,86 pour les troubles du spectre bipolaire, 0,77 pour le trouble bipolaire I et II, 0,64 pour les épisodes dépressifs majeurs et 0,86 pour le TDAH.

L'étude a inclus 391 enfants de 236 parents avec trouble bipolaire (trouble bipolaire I, N = 170 ; trouble bipolaire II, N = 66 ) et 248 enfants de 141 personnes servant de population de référence.

90,9 % des patients ont complété le suivi sans différence entre les groupes en terme de pertes.

Comparés au groupe témoin, les descendants à haut risque de bipolarité avaient des taux significativement plus élevés d’épisodes maniaques, mixtes ou hypomaniaques (9,2% contre 0,8%), mais aussi de d’épisodes thymiques infra-cliniques(hypomanie) .Ils présentaient aussi plus d’épisodes dépressifs majeurs (32,0% contre 14,9%). Ils avaient également des taux plus élevés de déficit de l'attention avec hyperactivité (30,7% contre 18,1%), troubles de comportement perturbateur (27,4% contre 15,3%), troubles anxieux(39,9% contre 21,8%), et toxicomanies (19,9% contre 10,1%), mais pas plus de troubles unipolaires (18,9% contre 13,7%).

Une régression logistique multivariée de Cox a démontré que dans la descendance à haut risque de TBP, les épisodes hypomaniaques infracliniques (avec un risque relatif exprimé en hazard ratio de 2,29), les épisodes dépressifs majeurs (Hazard ratio = 1,99), et les troubles avec comportement perturbateur (Hazard ratio = 2,12) étaient associés à des épisodes ultérieures de nature maniaque mixte ou hypomaniaque.

D’autres études antérieures ont rapporté que les symptômes hypomaniaques à minima constituent un facteur de risque pour le développement de manies, d’épisodes mixtes ou d’hypomanies dans la progéniture de patients avec troubles bipolaire. D’où l’intérêt de cibler cette sous population et de diagnostiquer et prendre en charge précocement un trouble bipolaire. La présence d’épisodes dépressifs majeurs et le comportement perturbateur exigent aussi d’instaurer un monitoring clinique afin de dépister précocement un trouble de l’humeur.

Dr Bout Amine

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 27/07/2015


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