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Les anomalies de la connectivité cérébrale prédisant l'apparition de psychoses


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Les anomalies de la connectivité cérébrale prédisant l'apparition de psychoses
Corrélation avec les effets des médicaments

Des études récentes ont rapporté un dysfonctionnement au niveau de l’intégration de l'activité cérébrale régionale chez les patients atteints de psychose, et quelques données suggèrent que la vulnérabilité à la psychose est associée à une connectivité dysfonctionnelle chez les patients psychotiques. Il existe des preuves suggérant que chez les personnes à risque de troubles psychotiques (At-Risk Mental State - ARMS) on trouve un dysfonctionnement préfrontal lors de la mémoire de travail qui est liée à des anomalies de la matière grise.

Dans la présente étude, les auteurs ont cherché à déterminer si la modulation de la connectivité effective lors de la mémoire de travail (Working Memory - WM) est antérieure à l'apparition de la psychose. Ils ont également testé l'effet du traitement antipsychotique sur cette modulation chez les patients avec un premier accès psychotique (First-Episode Psychosis - FEP ).

Les auteurs ont recruté des individus ARMS et des patients FEP dans leur clinique spécialisée pour la détection précoce de psychose au département de psychiatrie à l’hôpital psychiatrique universitaire de Bâle en Suisse. Ils ont évalué ces individus en utilisant le « Basel Screening Instrument for Psychosis », L’Échelle Abrégée D'Appréciation Psychiatrique (Brief Psychiatric Rating Scale - BPRS), l'Échelle d'Évaluation des Symptômes Négatifs, et l'Évaluation Globale du Fonctionnement.

Pour tous les groupes, les critères d'exclusion suivants ont été appliqués: antécédents de trouble psychotique précédent, symptômes psychotiques secondaires à un trouble organique, abus de substances, des symptômes psychotiques associés à un trouble schizo-affectif ou à une personnalité borderline, âge inférieur à 18 ans, une connaissance insuffisante en allemand, et un QI inférieur à 70. En plus pour les individus ARMS, L'inclusion nécessitait au moins l'un des éléments suivants: (1) des symptômes psychotique atténués (2) des symptômes psychotiques intermittents limités, ou (3) un parent de premier ou second degré avec un trouble psychotique et au moins deux facteurs de risque supplémentaires indiquant une psychose débutante.

Les auteurs ont recruté 17 ARMS personnes et 21 FEP. Ils ont utilisé le DCM-10 (Dynamic Causal Modeling) (révision n ° 4290) telle que implémenté dans le SPM-8 (Statistical Parametric Mapping) pour analyser la connectivité effective. Ils ont utilisé le BMS (Bayesian Model Selection) pour déterminer les modèles les plus plausibles. Étant donné que différents modèles peuvent être optimaux entre les groupes, le BMA (Bayesian Model Averaging) a été recommandé comme l'approche standard pour les études cliniques de DCM. Après le BMA, Les auteurs ont utilisé les moyennes résultantes du DCM pour l'examen des différences entre les groupes. Dans cet article, ils se sont focalisés sur les changements WM en matière de connectivité.

Les régions anatomiques d'intérêt ont été sélectionnées sur la base de 3 sources d'information: (1) l'analyse publiée précédemment au deuxième niveau SPM, (2) des études précédentes de connectivité fonctionnelle, et (3) des études précédentes de DCM de la mémoire de travail dans la schizophrénie. Dans tous les modèles testés, les auteurs ont supposé qu’il y avait la même disposition du réseau de connexions entre les SPL (Superior Parietal Lobule – Le lobule pariétal supérieur) et MFG (Middle Frontal Gyrus – Le gyrus frontal moyen) de droite et de gauche.

Des différences cliniques et sociodémographiques ont été préalablement analysées et publiées, les auteurs les ont examinées ici par souci d'exhaustivité. Au-delà de ces analyses précédentes, ils ont analysé les performances comportementales pendant les tests WM 2-back* en utilisant la théorie de détection du signal.

La performance de la mémoire du travail comme opérationnalisée par l'indice de sensibilité a varié entre les HCs (Healthy Controls - témoins sains), les individus ARMS, et les patients FEP. Plus précisément, les patients FEP avaient des performances nettement inférieures par rapport aux HC. La performance dans le groupe ARMS était également plus faible que dans le groupe témoin, mais cette différence n'était pas statistiquement significative. Dans une analyse ultérieure de la variance, les auteurs ont distingué les patients FEP traités et non traités par des antipsychotiques et ont constaté que seules les personnes non traitées diffèrent des HC.

Le BMS a donné des résultats variables lors de l’étude de tous les groupes ensembles. Cependant, Lors de l'application du BMS pour chaque groupe séparément, de légères variations sont apparues. Pour l'effet de modulation, des différences significatives entre les groupes ont été trouvées pour la connectivité droite MFG à SPL. Celle-ci a été significativement réduite chez les patients FEP par rapport aux HC, tandis que la connectivité MFG à SPL chez les individus ARMS a été moins significativement faible que dans le groupe témoin. Contrairement à ces différences de connectivité intra-hémisphériques entre les groupes, les auteurs n’ont pas trouvé de différences significatives entre les groupes dans la modulation des connexions inter-hémisphériques par les tests WM 2-back.

Une analyse ultérieure de variance sur l'effet modulateur a révélé des différences significatives entre les groupes pour la connectivité droite MFG à SPL. Celle-ci chez les HC est dissociable des patients FEP non traités mais pas de patients FEP traités par des antipsychotiques.

Les auteurs n’ont pas trouvé de relation significative entre la connectivité MFG à SPL et les variables cliniques et démographiques.

Les performances comportementales étaient différentes entre les patients FEP non traités et les HC, tandis que les individus ARMS ont montré une performance intermédiaire mais peu significative. Ce résultat est cohérent avec une étude précédente chez les individus ARMS et les patients FEP qui a signalé que dans le groupe FEP la proportion de réponses correctes était significativement plus faible que dans le groupe témoin, alors que dans le groupe ARMS la proportion de réponses correctes était inférieur à celui le groupe de contrôle, mais sans atteindre la signification statistique.

En outre, contrairement aux patients FEP non traités, aucune différence significative n'a été observée chez les personnes FEP traités par antipsychotiques par rapport aux HC, indiquant une amélioration des performances cognitives après mise sous antipsychotiques. Ce résultat est en accord avec des études récentes chez des patients en début de psychose et des schizophrènes, qui a rapporté des améliorations neurocognitives significatives après traitement avec des antipsychotiques.

La réduction de la connectivité droite MFG à SPL trouvée entre les HC et les patients FEP non traités n'a pas été mise en évidence entre les HC et les patients FEP traités par antipsychotiques. Ceci est cohérent avec les études d’IRMf précédentes rapportant que le traitement antipsychotique peut moduler l'activité cérébrale lors des tâches cognitives et, plus spécifiquement, la connectivité fonctionnelle dans les circuits qui sont impliqués dans l’apparition des symptômes cognitifs dans la schizophrénie.

En conclusion, ces résultats suggèrent que les anomalies de modulation de la connectivité de la mémoire de travail peuvent séparer les HCs des individus ARMES et des patients FEP et peuvent donc servir de marqueur physiologique qui précédent l'apparition de psychose. En outre, l'étude actuelle démontre le potentiel de l'analyse quantitative de la connectivité pour déduire les effets du traitement antipsychotique. Ces résultats pourraient particulièrement contribuer aux efforts cliniques pour prédire l'apparition de psychose à partir de la mesure du degré du dysfonctionnement de la connectivité au cours de la mémoire du travail.

  • Dr. Benbrahim Mohammed
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 18/09/2013

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