Recherche > Revue de presse > Le risque suicidaire après une tentative de suicide par l’empoisonnement

Le risque suicidaire après une tentative de suicide par l’empoisonnement


SUICIDE SELF POISONING

Le suicide est un problème de la santé publique mondiale, avec plus d’un million de décès chaque année. Aux États-Unis, les taux de suicide ont augmenté de plus de 16 % au cours de la dernière décennie, ce qui suggère que les stratégies de prévention actuelles ont un effet limité. Plusieurs études ont montré qu’il y a environ 20 tentatives pour chaque suicide réussi.

L'auto-empoisonnement est la méthode la plus commune des tentatives de suicide, avec 85 % à 95 % des hospitalisations liées au suicide.

Les patients survivants ont un risque de faire d’autres tentatives de suicide en utilisant des moyens plus violents, qui sont souvent fatales.

Les participants à cette étude étaient les personnes qui ont été admis à un service d'urgence ou à l'hôpital pour une première tentative de suicide par empoisonnement à Ontario (CANADA) entre le 1er avril 2002 et le 31 décembre 2010.

Pour chaque participant, les auteurs ont identifié des sujets contrôles parmi les Ontariens de même âge et du même sexe qui n'ont pas d'antécédents d'auto-empoisonnement intentionnel.

Au cours de la période de 10 ans d'étude, ils ont identifié 66308 personnes qui se sont présentées à l'hôpital pour tentative de suicide par empoisonnement. Le reste des analyses ont été portées sur les 65 784 patients qui ont survécu après cette tentative. L'âge médian au premier épisode était de 32 ans et près des deux tiers (61,7 %) étaient des femmes.

4176 sont décédés durant la période de suivi, y compris 976. Le risque de suicide, suivant l'auto-empoisonnement était 40 fois plus élevée chez les participants que chez les contrôles, correspondant à un taux de suicide de 278 par 100 000 années-personnes par rapport à 7 par 100 000 personnes-années respectivement .

Parmi les 976 décès par suicide, 107 étaient des adolescents, représentant la majorité des 188 décès dans ce groupe d'âge, avec une moyenne de temps de 789 journées entre le premier auto-empoisonnement et le suicide.

les facteur de risque du suicide réussi suite à la tentative de suicide par empoisonnement étaient l’ âge avancée , le sexe masculin, le niveau socio-économique élevé, un diagnostic de dépression déjà posé , et les soins psychiatriques dans l'année qui précède le premier auto-empoisonnement. Un diagnostic de dépendance à l'alcool n'était pas indépendamment associé avec le suicide .

la mortalité toutes causes confondues après l'auto-empoisonnement était 1107 par 100 000 années-personnes comparativement à 237 par 100 000 années-personnes dans le groupe de contrôle (risque relatif :5,5) .

le risque de décès accidentel était considérablement plus élevé chez les sujets que chez les contrôles, aussi c'était le cas avec le risque du décès par une évolution naturelle d’une maladie.

Donc le risque du suicide persiste longtemps après le premier épisode d 'auto-empoisonnement ce qui rend très important la nécessité d’une surveillance longitudinale et la prévention secondaire chez cette population .

Des preuves récentes suggèrent qu'une communication permanente avec les patients suivant l'auto-empoisonnement intentionnel réduit le risque des tentatives de suicide et des suicides. En revanche, les interventions à court terme ont en grande partie échouées à réduire les taux de suicide, en particulier lorsqu’ils sont guidées par l’intentionnalité suicidaire rapportée par les patients.

La motivation suicidaire auto déclarée est souvent peu fiable, à l'inverse, les facteurs de risque du suicide identifiés dans cette étude sont objectifs ce qui peut faciliter la stratification des risques à la suite d'un premier épisode d’auto-empoisonnement pour mieux cibler les efforts de prévention.

Les auteurs ont constaté qu'un premier épisode d'auto-empoisonnement intentionnel est un puissant facteur de risque du suicide ultérieur et du décès prématuré. La plupart des suicides survient longtemps après le premier épisode, soulignant la nécessité d'efforts de prévention soutenus et ciblés, particulièrement chez les patients présentant des facteurs de risque objectifs.

Dr Jaafari Mounir

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 26/06/2015


Affichage Affichages : 1301

Recherche