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Le risque de déficit cognitif léger chez des personnes présentant des symptômes neuropsychiatriques : étude en population.


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Le déficit cognitif léger (DCL) chez le sujet âgé augmente considérablement le risque de passage à la démence (10 à 15 %), ceci justifie une meilleure connaissance de cette entité et de ses facteurs de risques. C’est dans cette optique que les auteurs de cet article ont mené une étude type cohorte pour estimer l’incidence de DCL chez des personnes âgées (plus de 70 ans) avec ou sans symptômes neuropsychiatriques à l'inclusion. Etude menée par le Mayo Clinic sur une population de personnes âgées recrutées au moyen d'un échantillonnage aléatoire stratifié de la population cible de près de 10 000 personnes âgées résidants dans l’Olmsted, Minnesota.

Chaque participant a été évalué à trois reprises : Evaluation neurologique (The Short Test of Mental Status, ATCD médicaux et examen neurologique complet), évaluation des facteurs de risque et évaluation neuropsychologique qui visait les quatre domaines cognitifs suivants :

la mémoire (Logical Memory-II and Visual Reproduction-II) ; les fonctions exécutives (the Trail Making Test, Part B, et the Digit Symbol Substitution du WAIS-R); le language (Boston Naming Test) ; enfin des taches visio-spatiales (the Picture Completion and Block Design from WAIS-R).

Un score a été obtenu pour chaque participant et une comparaison avec la moyenne (en terme de déviations standard) selon le Mayo's Older Americans Normative Studies (MOANS) a été faite. Les critères de Mayo Clinic révisés ont été pris pour poser le diagnostic de DCL. Ils se basent sur l’absence de démence, la présence de déficit dans l’un ou plus des domaines cognitifs et l’absence de perturbation fonctionnelle. Un consensus d'experts de médecins, psychologues et infirmiers à permis de définir trois catégories : personnes à cognition normale, personnes avec DCL, et personnes atteintes de démence. Les patients porteurs de DCL ont à leur tour été classés en sous groupes selon la présence ou pas de déficit de la mémoire, et aussi selon l’atteinte d’un ou de plusieurs domaines cognitifs.

Les patients porteurs de DCL à la base ont été exclus du suivi.

La cohorte a consisté en 1587 personnes avec cognition normale qui ont été suivi entre 2004 et 2007. Le Neuropsychiatric Inventory Questionnaire a été administré comme une entrevue structurée adressée à mesurer 12 domaines neuropsychiatriques ( agitation, délire, hallucinations, dépression, anxiété ,euphorie ,apathie ,désinhibition ,irritabilité ,comportement moteur inadapté ,sommeil , et appétit ) . Le suivi par la suite avait comme objectif principal donc de déterminer le taux d'incidence de DCL en fonction de la présence ou de l'absence à la base symptômes neuropsychiatriques chez les sujets.

L’analyse statistique a été effectuée en utilisant un model de Cox avec un IC de 95 pcent.

L'âge moyen des membres de la cohorte était de 79,3 ans pour une médiane du niveau d’éducation de 13 ans (12-16). Le nombre moyen de comorbidités était de 3(1-5). Sur Les 1 587 personnes recrutées au début de la cohorte il y eut 37 décès et 144 perdus de vue. 365 participants ont présenté un DCL. La standardisation âge-sexe estima le taux de prévalence du DCL à 68 pour 1000 personne-année.

Au départ il y avait une différence de nature des symptômes neuropsychiatriques retrouvés en fonction du sexe : les hommes présentaient plus d’agitation, d’apathie, d’irritabilité, et de désinhibition et les femmes plus de symptômes anxio-dépressifs. Après ajustement de l'âge, le sexe, l'éducation, et les comorbidités médicales, il a été observé que la présence de symptômes neuropsychiatriques à la base prédisait de façon significative l'incidence des DCL. Les symptômes pris à part se déclinant comme suit :

  • Agitation ( OR = 3,06 ,IC à 95% [ IC] = de 1,89 à 4,93 , p 0,001 )
  • Apathie (OR = 2,26 , IC 95% 1,49 à 3,41 = p , 0,001 )
  • Anxiété (OR = 1,87 , IC 95% 1,28 à 2,73 = p , 0,001 )
  • Irritabilité (OR= 1,84 , IC 95% 1,31 à 2,58 = p , 0,001 )
  • Dépression (OR = 1,63 , IC à 95% = 1.23 à 2.16 , p 0,001 )

Par contre , les symptômes type illusions et hallucinations ne permettent pas de prédire le DCL. L'euphorie et la désinhibition étaient également des facteurs prédictifs de DCL mais n’étaient retrouvés que chez une petite partie de l’échantillon.

Les quatre symptômes neuropsychiatriques les plus fréquents au départ étaient l’agitation, l’apathie, la dépression et l'anxiété. Aucun des participants n’avait les quatre types de symptômes au même temps.

Cette prédictivité a été analysée du point de vue du type de DCL c'est-à-dire avec ou sans amnésie. Les résultats montrent que les symptomes d’euphorie et désinhibitions étaient plus liés à des déficits non amnésiques et pas aux déficits amnésiques. Contrairement aux symptomes dépressifs qui eux prédisent des DCL amnésiques. Quant à l’apathie elle prédisait les deux types de déficit

Les différences entre les sexes en matière de symptomes neuropsychiatriques mesurés à la base sont largement relayées dans la littérature. L’étude note le rôle important des symptomes de nature non psychotique dans l’apparition par la suite de DCL et pose la question de leur place parmi les autres facteurs de risque génétiques, biologiques, et démographiques.

La comparaison avec d’autres facteurs de risque de DCL dans le cadre d’autres études peut se heurter aux différences de méthodologie. Ainsi, les auteurs de l’article comparent l’impact des facteurs prédictifs étudiés inclus dans le Mayo Clinic Study of Aging dont la méthodologie reste comparable à celle observée dans cette étude. De cette étude Il ressort que le volume de l’hippocampe comme facteur prédictif à un risque relatif exprimé en Hazard Ratio de 1,8 contre 2,6 pour l’apathie dans l’étude. Le risque est encore plus élevé pour l’agitation. Ce risque relatif est aussi plus important en comparaison avec d’autres biomarqueurs du DCL à savoir l’apolipoprotein ε4 , Les comorbidités médicales ainsi que les facteurs sociodémographiques comme le bas niveau éducatif.

Les symptomes de nature psychotique, par contre, ne permettaient pas de prédire le passage au DCL. Par ailleurs, les résultats concernant le rôle de l’euphorie et la désinhibition dans le déficit cognitif non amnésique permet aux auteurs d’émettre une hypothèse selon laquelle ses symptomes prédiraient le passage à la démence fronto-temporale. De la même façon les troubles de comportement nocturnes prédiraient le passage à la démence à corps de lewy.

Ce lien entre symptomes neuropsychiatriques et déficit cognitif peut être expliqué par une expression non cognitive d’un début de processus dégénératif. Inversement, une étude a souligné le rôle du stress émotionnel dans l’apparition de déficit cognitif .une autre alternative explicative est la possibilité d’une psychopathologie commune à la fois des symptômes neuropsychologiques et du déficit cognitif.

  • Dr Bout Amine
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 21/05/2014

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