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La transition du statut de l’usage de substances illicites sur 3 ans: analyse prospective d'un échantillon de population générale


LA TRANSITION DU STATUT DE L’USAGE DE SUBSTANCES ILLICITES SUR 3 ANS: ANALYSE PROSPECTIVE D'UN ECHANTILLON DE POPULATION GENERALE

Transition-drug-use-1La plupart des études épidémiologiques de l'initiation de substance ont mis l'accent sur le haut risque à la période de l'adolescence.

Une étude américaine récente portant sur les adultes, sur la base de l’enquête épidémiologique nationale sur L'alcool et affections apparentées (NESARC), a constaté que les chances d’initier des drogues illicites sur un intervalle de suivi de 3 ans étaient significativement plus élevées chez les sujets ayant des antécédents d'abus à l’enfance, une histoire familiale de toxicomanie, des troubles de l'humeur, des troubles de la personnalité, ou des troubles liés à l'alcool et la dépendance nicotinique.

Les chances d’initier l’usage de drogues étaient plus faibles chez les femmes, les asiatiques et les hispaniques, et elles sont plus élevées chez les personnes non mariées. Les données de NESARC ont également été utilisées pour étudier le passage de la première consommation à la dépendance au cannabis et cocaïne. Pour ces deux drogues, les chances de progresser à partir de l’usage à la dépendance diminuent avec l'âge, le revenu économique et l'éducation, mais étaient supérieurs chez ceux qui étaient célibataires, ceux qui ont commencé la consommation avant 14 ans, et ceux qui ont une pathologie psychiatrique et des troubles liés à l’usage de substances. Pour le cannabis seulement, la passage à la dépendance était plus probable chez les hommes.

Dans cette étude, les auteurs ont examiné de façon prospective une gamme de transitions dans le statut de l’usage de drogue sur 3 ans d’intervalle de suivi d'une étude de population générale américaine, en utilisant un ensemble cohérent de corrélats potentiels pour toutes les transitions et mise en commun de 10 catégories de drogues illicites. Enfin, les auteurs ont adopté une approche de modélisation statistique.

L’étude a porté sur 34 653 adultes interrogés à deux reprises, sur trois ans d'intervalle. Les répondants ont été classés en trois catégories selon le statut de l’usage de drogues:

Aucun usage dans l'année dernière (N = 32 675),

Les usagers de drogues asymptomatiques durant l'année dernière (N = 861),

Les usagers de drogues symptomatiques durant l’année dernière (N = 1,117).

L'usage de drogues symptomatique, ou un problème d'utilisation, a été défini comme la présence d'un ou plusieurs symptômes de l'abus de drogues et les critères de la dépendance selon la DSM IV R. Les auteurs ont évalué les caractéristiques sociodémographiques, les données sur la santé physique, la substance utilisée et les variables psychiatriques et leurs associations avec les transitions sur 3 ans vers les différents statuts de l’usage. Des tests et des analyses de variance du chi-carré ont été utilisés pour évaluer des associations bidimensionnelles. Des analyses séparées ont été menées entre la vague (suivi) 1 et vague (suivi) 2 concernant les catégories de non-usage, de l'utilisation asymptomatique, et de l'utilisation symptomatique

Comme résultats, les auteurs ont noté que les non-usagers de base, à 95,4% ont continué à l’être au cours du suivi, alors que 2,1% sont devenus des usagers asymptomatiques, et 2,5% ont développé un usage problématique. Parmi les usagers asymptomatiques de référence, 66,6% avaient cessé de consommer au moment du suivi, 14,3% ont continué à être des usagers asymptomatiques, et 19,1% ont développé un usage problématique. Près de la moitié (49,0%) des personnes souffrant de troubles liés à l’usage de drogue au départ avaient cessé de consommer de la drogue au suivi, 10,9% avaient une transition vers un usage asymptomatique, et 40,1% ont continué à avoir un usage problématique.

Le début de la consommation a un jeune âge, le sexe masculin, la race blanche, et le célibat étaient associés à une progression du statut non usager à l'usage non symptomatique ou l'usage problématique, tout comme l'usage d’alcool et du tabac, la dépression majeure, et les troubles de la personnalité narcissique schizotypique et borderline.

Le trouble Panique et le trouble de la personnalité évitante ont été associés à une progression moins significative.

Dans l'ensemble, ces résultats ont démontré que la trajectoire de l'utilisation de drogues illicites est variable, plutôt qu’une stricte progression linéaire de le non usage jusqu’à l’usage problématique exigeant un traitement systématique de la toxicomanie. Parmi les usagers asymptomatiques, les deux tiers avaient cessé la consommation, et seulement un cinquième avaient progressé à l'usage symptomatique. Cependant, chez les non-usagers de base, plus de la moitié de ceux qui avaient commencé à utiliser lors de l’intervalle de 3 ans de suivi avaient déjà eu des problèmes liés à l’usage de substances.

Ces résultats soulignent aussi l'importance et le potentiel d'intervention précoce pour prévenir le développement de troubles liés à l’usage de drogues dans la population générale.

  • Dr Rharrabti Souad
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 15/06/2013

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