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La santé mentale et le bien-être des femmes après une demande acceptée ou refusée d’avortement : Une étude de cohorte prospective longitudinale sur 5ans


Introduction

En 1989, le Chirurgien General des États-Unis a conclu que les études ne fournissent pas de données concluantes sur les effets de l'avortement sur la santé des femmes et il a recommandé une étude prospective de cohortes longitudinales de 5 ans pour fournir des données probantes nécessaires sur le sujet. Et depuis, de nombreuses études et revues sur ce sujet n’ont pas permis de mettre en évidence que l'avortement mène à des effets négatifs sur la santé mentale. Pourtant , ces études ont noté des limites de la littérature existante et la nécessité de disposer de données longitudinales sur ce thème. Des études ayant objectivé un effet négatif sur la santé mentale des femmes à cause de l'avortement ont été réfutés.

L'étude Turnaway est une étude longitudinale prospective sur 5 ans, durant laquelle les femmes ayant subi un avortement et les femmes privées d'un avortement volontaire ont été observés et comparés. L'étude Turnaway s'est améliorée au fil du temps sur les insuffisances méthodologiques constatées dans les travaux antérieurs.

Méthodologie :

Conception, établissement et participants

Ce travail présente les données de l'étude Turnaway, étude longitudinale prospective avec un dessin quasi-expérimental. Les femmes ont été recrutées du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010, de 30 centres d'avortement dans 21 états des États-Unis, interrogées par téléphone une semaine après avoir fait l'objet d’une demande d'avortement, puis interrogées semestriellement pendant 5 ans, totalisant 11 évaluations. Les entrevues ont été terminées le 31 janvier 2016. Les auteurs ont examiné les trajectoires psychologiques des femmes qui ont avorté dans l'établissement et les femmes qui ont voulu avorter, mais leur demande a été refusée parce qu'elles étaient au-delà de la limite retenue de gestation (groupe de turnaway, qui inclut le turnaway-naissance et turnaway-sans naissance).

L'entretien structuré par un guide comportait des questions sur les données sociodémographiques, la santé mentale, les expériences et les intentions de procréer, et histoire des événements de vie traumatiques.

Evaluations psychométriques

Des échelles validées ont été utilisés, pour évaluer l’état mental et le bien être des participantes. Les symptômes anxieux et dépressifs ont été évalués par l’Inventaire abrégé des symptômes dépressifs et anxieux (Brief Symptom Inventory depression and anxiety); le score de 9 ou plus a été seuil limite pour retenir un état dépressif ou anxieux .

L’évaluation du bien-être incluait l'estime de soi et la satisfaction à l'égard de la vie. L'estime de soi a été évaluée à l'aide d'une mesure de l'estime de soi globale, qui a été validée comme une Approche de l'échelle d'estime de soi de Rosenberg.

Résultats

Au total, 1132 des 3016 candidates admissibles ont accepté de participer à l’étude (37,5%). Au total, 956 femmes (84,5%) ont terminé l'entrevue de base, avec une moyenne de 5% d’une évaluation à une autre et 558 (58,4%) ont achevé la dernière entrevue. Il n’y avait pas différence dans les antécédents anxiodépressifs entre les femmes ayant terminé l’étude et celles qui se sont retirées au fil des temps. L'entrevue finale a été réalisée 5 à 6 ans après que les femmes ont demandé un avortement (Moyenne: 5,1 ans).

Sur les 956 femmes, l’âge moyen est de 24,9ans +/- [5,8] ans dans l'étude. Une semaine après la demande d'un avortement, par rapport au groupe qui a reçu un avortement, les femmes pour lesquelles la demande a été refusée ont signalé plus de symptômes d'anxiété ( 0,57, IC 95%, 0,01 à 1,13 vs 2,29; IC à 95%, 1,39 à 3,18), baisse de l'estime de soi (-0,33; IC 95%, -0,56 à -0,09 vs -0,40; IC à 95%, -0,78 à -0,02), baisse de la satisfaction de vie (-0,16; IC à 95%; -0,38 à 0,06; vs -0,41; 95% IC, -0,77 à -0,06), et des niveaux similaires de dépression (0,13; IC 95%, -0,46 à 0,72 vs 0,44; IC à 95%, -0,50 à 1,39).

Discussion

L'étude Turnaway est la première à répondre à la recommandation du Chirurgien General des États-Unis ; suivi longitudinal des femmes aux États-Unis pendant 5 ans après avoir demandé l’avortement. Les auteurs ont conclu que leurs résultats s'ajoutent à l'ensemble des preuves rejetant l'idée que l'avortement augmente le risque d’effets psychologiques négatifs. Les femmes ayant bénéficié d’un avortement ont démontré des résultats plus positifs au départ comparativement à celles qui ont été privées de cette demande.

Les femmes pour lesquelles l’avortement a été refusé, notamment celles qui ont eu plus tard une fausse couche ou ayant subi un avortement ailleurs, ont eu les niveaux les plus élevés d'anxiété et la plus faible estime de soi et la satisfaction de la vie une semaine après le rejet de leur demande, leurs scores se sont rapidement améliorés et se sont rapprochés des niveaux semblables à ceux des autres groupes à 6 et à 12 mois.

Les raisons pour lesquelles les femmes demandent l'avortement (difficultés financières, problèmes provenant du partenaire, moment non convenable, besoin de se concentrer sur les enfants existants, et ne pas être émotionnellement ou mentalement préparé) sont révélatrices de leur situation difficile au moment où elles demandent un avortement.

Lorsque les moyens financiers sont jugés insuffisants pour soutenir une grossesse, ce sentiment de déficience, plutôt que la décision d'avorter ou la procédure elle-même, peut être la cause de la dégradation des indicateurs de santé mentale. Ces facteurs, associés au stress d'essayer d'obtenir un avortement, diminuent probablement au fil du temps, comme l'indiquent les améliorations globales des résultats en matière de santé mentale et de bien-être observées dans cette étude. De même, Major et al ont constaté que les niveaux d'estime de soi des femmes étaient les plus bas et les symptômes dépressifs les plus élevés juste avant un avortement, avec une amélioration immédiate après l'avortement. Alors que les femmes n’ayant pas réussi à avoir un avortement ont subi un stress supplémentaire d'essayer de trouver et de se rendre à un autre établissement d'avortement et de recueillir des fonds supplémentaires pour payer l’acte médical.

Conclusion

Les résultats retrouvés ne soutiennent pas les politiques qui restreignent l'accès des femmes à l'avortement à cause de son retentissement négatif sur la santé mentale.

Pr Chadya Aarab
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 27/02/2017


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