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L'utilisation du lithium et thymoregulateurs de la classe des antiépileptiques et taux d'insuffisance rénale chronique


Introduction

Le lithium a été pendant plus de 60 ans le principal thymorégulateur utilisé dans le traitement du trouble bipolaire et la prévention des rechutes.

Malheureusement, les effets indésirables du lithium étaient toujours une grande préoccupation notamment l'effet à long terme sur la fonction rénale. Les résultats des 3 études les plus récentes et les plus importantes sur ce sujet restent controversés.

Aucune étude longitudinale n'a examiné si le risque d'atteinte rénale est spécifiquement limité au lithium ou si d'autres médicaments comme les antiépileptiques et les neuroleptiques entraînent également un risque accru d'insuffisance rénale, comme l'ont suggéré certaines études.

Les objectifs de cette étude étaient de comparer les taux d'atteinte rénale chronique, chez les individus traités par lithium, ceux traités par des antiépileptiques ou d'autres médicaments utilisés dans le traitement du trouble bipolaire et ceux non exposés à ces médicaments.

Méthodologie

C'est une étude danoise réalisée dans tout le pays qui a inclus 2 cohortes. La cohorte 1 (n = 1800591) comprenait : (1) un échantillon aléatoirement choisi de 1500000 individus parmi toutes les personnes qui ont été enregistrées au Danemark le 1 janvier 1995; (2) tous les patients ayant eu leur premier contact psychiatrique ( hospitalisation ou consultation externe) entre le 1 janvier 1994 et le 31 décembre 2012 et chez qui on a retenu le diagnostic d'un épisode maniaque ou d'un trouble bipolaire (n = 10591) et (3) toutes les personnes traitées par lithium (n = 26731) ou par antiépileptiques (n = 420959) entre le 1 janvier 1995 et le 31 décembre 2012. La cohorte 2 comprenait 10591 patients diagnostiqués comme ayant un trouble bipolaire.

Ont été exclus tous les patients ayant une pathologie rénale diagnostiquée avant l'inclusion dans l'étude.

Résultats

Un total de 14 727 (0.8 %), 18 762 (1.0 %) et 3407 (0.2 %) dans la cohorte 1 et 278 (2.6 %), 319 (3.0 %) et 62 (0.6 %) dans la cohorte 2 ont été diagnostiqués comme ayant respectivement une insuffisance rénale (IRC) possible, IRC définie ou IRC stade terminal. En se basant sur l'ensemble de l'échantillon indépendamment des diagnostics, l'utilisation de lithium a été associée à un taux accru d'IRC définie et d'IRC possible, tandis que l'utilisation d'antiépileptiques des neuroleptiques, ou des antidépresseurs ne l'était pas. Ni l'utilisation de lithium ni l'utilisation d'une autre classe de médicament n'a été associée aux taux croissants d'ARC stade terminal. Chez les patients avec un trouble bipolaire, l'utilisation de lithium a été associée à un taux accru d'IRC définie Ou IRC possible, le même résultat a été constaté avec les thymoregulateurs de la classe des antiépileptiques , Il n'y avait par contre aucune association entre le risque d'IRC et l'utilisation d'antipsychotiques ou d'antidépresseurs.

Chez les bipolaires, l'utilisation du lithium n'a pas été significativement associé à un taux accru d'IRC stade terminal tandis que l'utilisation d'anticonvulsivants l'était .

Discussion

Le fait de trouver des taux élevés d'IRC possible, définie et stade terminal chez les patients bipolaires indépendamment du traitement suggérait qu'il y aurait une association entre trouble bipolaire et IRC.

L'association entre trouble bipolaire et IRC n'a pas été étudié avant à l'exception d'une étude qui a également trouvé un risque 2 fois plus élevé d'IRC chez les bipolaires.

Concernant les résultats rapportant que le lithium était lié à un plus grand taux d'IRC définie et possible alors que l'utilisation des anticonvulsivants, antipsychotiques, ou les antidépresseurs ne l'était pas, sachant que le lithium est prescrit principalement pour le trouble bipolaire à l'opposé des autres drogues. Le risque croissant d'IRC lié à la prescription dU lithium indique plutôt un biais de détection qu'un lien de causalité. De même, concernant le résultat que le lithium et les anticonvulsivants mais pas les antipsychotiques ou les antidépresseurs, ont été associés à des taux plus élevés d'IRC définie et possible dans la cohorte 2 des patients présentant un trouble bipolaire, le taux élevé d'IRC chez les bipolaires traités par lithium peut être expliqué par un biais de détection qui ne va pas expliquer le taux accru d'IRC lié à l'utilisation des anticonvulsivants.

Cette dernière conclusion ainsi que le résultat de la cohorte 2 indiquant que les taux d'IRC stade terminal n'ont pas augmenté avec le nombre de prescriptions de lithium mais ont augmenté avec le nombre de prescriptions d'anticonvulsivants pourrait être expliqué par un lien de causalité , Ceci est soutenu par le résultat que l'association entre le lithium et l'IRC n'a pas été modifié par l'utilisation concomitante des anticonvulsivants, indiquant que le taux d'IRC définie lié aux anticonvulsivants était indépendant du traitement par le lithium.

Bien que nous les auteurs n'aient pas trouvé une association statistiquement significative entre le nombre de prescriptions de lithium et l'IRC stade terminal, ceci peut être expliqué par le nombre relativement peu élevé des patients présentant une IRC stade terminal et qui constitue une limite de cette étude , ce résultat peut être un faux-négatif.

L'association entre les anticonvulsivants et l'IRC n'a pas été systématiquement étudiée précédemment dans des études sur les animaux ou les humains, cependant, une étude transversale récente a constaté que le traitement avec le valproate et d'autres anticonvulsivants était plus répandu parmi des patients présentant une IRC.

Biologiquement, le valproate semble affecter la production d'oxyde nitrique à partir des cellules endothéliales, et le dysfonctionnement endothélial peut jouer un rôle central dans la genèse de l'IRC.

Conclusion

Les résultats de cette étude indiquent que le trouble bipolaire est associé à l'insuffisance rénale chronique indépendamment du traitement médicamenteux. De plus, chez des bipolaires, l'IRC est associé non seulement avec le lithium, mais aussi avec les anticonvulsivants qui sont plus associés avec l'IRC stade terminal. A l'inverse le traitement de maintien à long terme avec le lithium avec le contrôle initial et régulier de la créatininémie tous les 3 à 6 mois et une lithémie de 0.6 à 0.8 mEq/L n'est pas associé à une IRC stade terminal.

Dr Lahlai Narjisse

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 28/01/2016


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