Recherche > Revue de presse > L’exposition est-elle obligatoire ? Un essai clinique randomisé sur la thérapie interpersonnelle dans l’état de stress post-traumatique

L’exposition est-elle obligatoire ? Un essai clinique randomisé sur la thérapie interpersonnelle dans l’état de stress post-traumatique


therapie interpersonnemme PTSD 1

L’ESPT est une pathologie invalidante avec un risque suicidaire important. Les traitements psychothérapique sont centrés sur l’exposition et donnent de bons résultats. Cependant, ils ont leurs limites et peuvent se montrer couteux en terme d’énergie à la fois pour les patients et pour les soignants.

C’est une pathologie qui revêt des aspects psychosociaux importants y compris le rôle des interactions sociales dans le déclenchement de la pathologie elle-même. Aussi, elle peut avoir des conséquences sur le fonctionnement interpersonnel comme le retrait social ou l’hyper vigilance.

L’intérêt de la thérapie interpersonnelle (TIP) est d’abord la gestion de la dépression retrouvée chez la moitié des patients. Mais cet intérêt s’étend aussi à la mobilisation des soutiens sociaux et la modulation du milieu social du patient.

Quelques essais pilotes ont montré l’efficacité d’une intervention de TIP et ce travail vise à valider l’hypothèse émise par les auteurs qui consiste à dire que la TIP est aussi efficace que les techniques d’exposition et que ces deux techniques sont supérieurs à la relaxation seule.

L’échantillon a été recruté par internet sur annonce, et ont été retenus les patients qui répondaient au critères DSM IV de l’ESPT.

Les participants ont répondu aux échelles SCID et CAPS. L’échantillon a été randomisé et assigné à l’un des trois groupes :

  • Relaxation
  • Traitement par exposition
  • TIP

Ont été retenus des patients avec critères de l’ESPT, entre 18 et 65ans avec un score de CAPS supérieur à 50. Ont été exclus des patients psychotiques ou bipolaires, avec personnalité schizoïde, schizotypique ou antisociale, des patients avec usage de drogues ainsi que des patients avec une pathologie organique non stabilisée.

Des évaluations ont été faites avant, à 7 puis à 14 semaines. Les évaluateurs sont restés aveugles quant à la méthode utilisée pour le traitement. Les outils de mesures sont le CAPS pour la sévérité et les conséquences de l’ESPT ainsi que le HAM-D pour la dépression.

Des 1390 patients répondeurs, sont restés 110 avec une moyenne d’âge de 40ans. 15 % étaient mariés, 35% seulement avaient un travail stable. L’amélioration sous TIP ou les thérapies d’exposition fut significativement plus importante qu’avec la relaxation (p inf à 0,001). Cette amélioration est plus rapide pour les thérapies d’exposition et plus importante à 14 semaines que la TIP (p=0,035). La dépression fut retrouvée dans 50% de l’échantillon et fut associée à la diminution de l’effet thérapeutique. Elle fut aussi associée à des sorties de l’étude plus importantes dans le groupe avec thérapies d’exposition que dans le groupe TIP.

Chez les patients avec dépression, la réponse fut plus marquée pour la TIP (0,0008) et l’exposition(0,058) que pour la relaxation. Et les patients déprimés ont répondu moins bien que ceux sans dépression aux traitements d’exposition.

Le travail n’a pas pu prouver la supériorité de la TIP par rapport à l’exposition cependant il a montré qu’avec la TIP il y a moins d’abandon du traitement chez la sous-population avec dépression associée. La TIP serait donc une alternative sérieuse pour les patients qui ne veulent ou ne peuvent affronter le souvenir de leur traumatisme ou qui n’ont pas répondu aux autres traitements.

Des études ont montré que les résultats de l’exposition sont moins bons si le patient a présenté un évitement tôt après le traumatisme, ce qui en fait un élément prédictif de mauvaise réponse à l’exposition. De par la nature de la TIP qui ne vise pas l’évènement traumatique en soi ; elle ne serait donc pas affectée par l’attitude du patient envers le trauma.

Ce travail propose donc une nouvelle approche dans le traitement de l’ESPT basée sur l’amélioration du fonctionnement psycho-social du patient.

Dr Bout Amine

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 28/05/2015


Affichage Affichages : 533

Recherche