Recherche > Revue de presse > L’évolution de l’état de stress post traumatique 40 ans après la guerre du Vietnam

L’évolution de l’état de stress post traumatique 40 ans après la guerre du Vietnam


Les militaires déployés dans les zones de guerre sont exposés à un large éventail d’événements traumatiques et ils constituent une population à risque pour développer une multitude de pathologies psychiatriques dont l’état de stress post traumatique et d’autres pathologies réactionnelles. L’état de stress post traumatique peut constituer un vrai handicap surtout en cas de comorbidité avec une dépression ou un trouble addictif.

L'évolution à long terme des pathologies réactionnelles chez les militaires n'a pas été évaluée sur un échantillon national représentatif, d’où l’intérêt de la présente étude.

L’objectif principal de cette étude était de produire des estimations sur la prévalence et les comorbidités de l’état de stress post traumatique dans les zones de guerres en réévaluant 2348 vétérans qui ont participé à l’étude nationale sur les pathologies réactionnelles chez les vétérans du Vietnam réalisée entre 1984 et 1988.

Cette étude qui s’est étalée du 3 juillet 2012 au 17 mai 2013 comprenait 3 phases, la première phase comprenait un questionnaire d’auto-évaluation de la santé d’une heure, la deuxième phase comprenait un questionnaire d’évaluation de la santé par téléphone assisté par ordinateur d’une heure également, et la troisième phase un entretien clinique par téléphone de 3 heures. Des 2348 participants, 1920 étaient vivants au début de l’étude, 81 sont décédés durant le recrutement; 1450 des 1839 restants (78,8%) ont participé au moins à la première phase de l’étude.

Un formulaire de consentement écrit a été envoyé aux participants, et le consentement pour la participation à la première phase a été obtenu par le retour de l’auto questionnaire rempli par mail. Le consentement pour la phase 2 a été indiqué oralement (par le participant acceptant d'être interviewé par téléphone), Le consentement pour la phase 3 a également été fourni oralement. Les données des participants ont été rendues anonymes.

Un paiement incitatif de 75 $ a été accordé après la fin de chaque phase, portée à 100 $ au cours des 4 derniers mois de collecte de données.

Les instruments utilisés dans cette étude ont inclus : le M-PTSD (Mississippi Scale for Combat-Related PTSD), le PCL-4 (PTSD Checklist for DSM-IV) complété par le PCL-5+ (PTSD Checklist for DSM-5 items), le CAPS-5 (Clinician-Administered PTSD Scale for DSM-5) et le SCID-NP (Structured Clinical Interview for DSM-IV non patient version).

L'analyse des données a été réalisée du 18 mai 2013 au 9 Janvier 2015, d'autres analyses ont continué jusqu'au 13 Avril 2015.

La présente étude a montré que la prévalence de l’état de stress post traumatique chez les vétérans vietnamiens selon les critères du CAPS-5 est de 4,5% 40 ans après la fin de la guerre, en comparaison à l’étude réalisée en 1984 et qui a montré une prévalence de 15,2% selon les critères du DSM-III-R et ceux 10 ans après la fin de la guerre.

Selon les critères du PCL-5 +, la prévalence de l’état de stress post traumatique dans la présente étude est de 12,2% chez les hommes et de 8,5% chez les femmes.

L'utilisation du PCL-5 + et du CAPS-5 représente une avancée importante par rapport aux échelles diagnostiques utilisées dans l’étude de 1984.

Les critères du DSM-5 donnent des estimations inférieures à celles obtenues lors de l’utilisation du DSM-III-R.

la conduite d'entretiens cliniques par téléphone au lieu du face à face, comme ce qui a été fait lors de l’étude de 1984, a permis un échantillonnage plus représentatif, surmontant les contraintes liées à la nécessité de voyager jusqu’au lieu de résidence des participants à l’étude.

Conformément à nos conclusions, Koenen et al. ont rapporté une baisse progressive de la prévalence de l’état de stress post traumatique, de 10% chez les vétérans du Vietnam ayant un état de stress post traumatique 14 ans après la guerre. En revanche, une étude israélienne a rapporté une augmentation de la prévalence de l’état de stress post traumatique 20 ans après la guerre de 1973.

D'autres facteurs peuvent contribuer aux variations de la prévalence : les Critères de l’état de stress post traumatique ont changé du DSM-III-R au DSM-5, surélevant la barre de diagnostic et exigeant une grande détresse due aux symptômes et/ou au dysfonctionnement et des répercussions négatives sur les fonctions cognitives et l’humeur.

En comparant les résultats du CAPS-5 au PCL-5 +, on trouve que la prévalence selon le CAPS-5 est nettement plus inférieure, ceci est du au fait que l’évaluation par les cliniciens donne des estimations plus faibles que les auto-évaluations, les participants peuvent percevoir des symptômes différemment après les explications des cliniciens.

La comorbidité à un épisode dépressif majeur a été retrouvée chez 36,7% des vétérans ayant un état de stress post traumatique en relation avec la zone de guerre. Quatre décennies ou plus après leur service en zone de guerre, anciens combattants du Vietnam atteints d’un état de stress post traumatique continuent à connaître des niveaux élevés de dépression, et ces résultats sont compatibles avec les résultats des études antérieures.

La prévalence de l'alcoolisme et l'abus de drogues comme comorbidités à l’état de stress post traumatique est faible au cours de cette étude.

Concernant l’évolution de l’état de stress post traumatique, 16,0% des vétérans ont signalé une augmentation et 7,6% ont rapporté une diminution de plus de 20 points sur l’échelle du M-PTSD. Les résultats rapportant une augmentation des symptômes chez 16,0% des vétérans sont conformes aux conclusions retrouvées par Schnurr et al dans leur étude.

Les résultats retrouvés dans la présente étude soulignent la nécessité d’une prise en charge psychiatrique pour plusieurs décennies pour les anciens combattants présentant les symptômes d’un état de stress post traumatique.

Dr Lahlali Narjisse

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 29/09/2015


Affichage Affichages : 1025

Recherche