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L’entrainement cognitif informatisé chez les personnes âgées avec une déficience cognitive légère ou une démence: Une revue systématique et une méta-analyse


Introduction :

La démence est un trouble neurocognitif progressif caractérisé par un déclin cognitif et fonctionnel insidieux jusqu'à la mort.

À l'heure actuelle, la prévalence mondiale de la démence est estimée de 5% à 27% des personnes de plus de 60 ans. Une déficience cognitive légère précède souvent la démence et se caractérise par un fonctionnement quotidien intact malgré les preuves objectives du déclin cognitif.

 Le diagnostic d’un déclin cognitif moyen représente un facteur de risque proximal pour la démence, les chutes  et l’élévation des dépenses de santé, et le risque augmente proportionnellement avec le nombre de personnes handicapées, les domaines cognitifs atteints et la gravité des symptômes.

Les méta-analyses précédentes indiquent que l’entrainement cognitif informatisé est une intervention sûre et efficace pour la cognition chez les personnes âgées. Cependant, l'efficacité varie selon les populations et les domaines cognitifs atteints, et on ne dispose pas de recul suffisant sur son efficacité chez les personnes atteintes d'une  démence.

 

Méthodes:

Les auteurs ont recherché sur  plusieurs bases de données : Medline, Embase, PsychINFO,… pour des essais contrôlés randomisés de l’entrainement cognitif informatisé chez les personnes âgées ayant une déficience cognitive légère ou une démence.

 La cognition globale, les domaines cognitifs individuels, la fonction psychosociale et les activités de la vie quotidienne ont été regroupés séparément pour les troubles cognitifs modérés et les tests de démence.

Les types d'interventions ont consisté à au moins 4 heures d’exercices et de pratiques, avec un raisonnement cognitif claire, des jeux vidéo ou une réalité virtuelle.

 Les études combinant entrainement cognitif informatisé (ECI) avec d'autres interventions étaient éligibles si le groupe témoin a reçu la même intervention adjacente. Les études ont été exclues si moins de 50% de l'intervention cognitive était un ECI ou n'impliquait pas une Interaction avec un ordinateur (par exemple, en regardant simplement un stimuli).

Les types de témoins etaient des sujets passifs (sans contact, liste d'attente), actif (par exemple, Faux ECI, psychoéducation).

Une formation était nécessaire. L'exercice physique en tant qu’unique  condition de témoin a été exclu.

Résultats :

L'effet global sur la cognition dans une déficience cognitive légère dans 17 essais a été modéré (IC 95% = 0,20-0,51).

 Il n'y avait aucune preuve de biais de publication ou de différence entre les essais contrôlés actifs et passifs. Des effets modestes à modérés ont été constatés pour la cognition, l'attention, la mémoire de travail, l'apprentissage et la mémoire globale, à l'exception de la mémoire non verbale, et pour le fonctionnement psychosocial, y compris les symptômes dépressifs.

 Dans la démence, des effets statistiquement significatifs ont été trouvés sur la cognition globale (IC 95% = 0,01-0,52) et les compétences visio-spatiales, mais elles ont été conduites par trois essais de réalité virtuelle.

 

Discussion :

Sur la base des résultats de 17 essais contrôlés randomisés de qualité modérée, ces résultats concluent que l’entraînement cognitif informatisé (ECI)  est une intervention viable pour améliorer la cognition chez les personnes avec une déficience cognitive légère.

 L'effet sur la cognition est plus grand que l'effet signalé précédemment chez les personnes âgées en bonne santé et pour la maladie de Parkinson

 Cet effet a été corroboré par une taille d'effet modérée sur les mesures cliniques communes de la cognition globale.

Les participants aux groupes de  cette formation se sont considérablement améliorés au cours de la période de l'intervention, alors que les témoins n'ont pas montré de changement cognitif.

Les résultats de l'analyse de la déficience cognitive légère sont donc robustes et indiquent un rôle thérapeutique bénéfique de l’ECI dans cette population.

 Cette analyse met à jour les avantages sur la cognition et la mémoire globale retrouvées dans les conclusions d’une méta-analyse antérieure.

La taille modérée des effets sur la plupart des domaines de mémoire et d'apprentissage sont encourageants, car les symptômes amnésiques sont  au cœur  de la maladie d'Alzheimer  et les profils de déficience cognitive amnésique sont plus à risque pour la conversion à la démence.

 D'autre part,  en compatibilité avec les résultats des méta-analyses précédentes de l’ECI , l’étude rapporte un manque d'efficacité sur la fonction exécutive (principalement l'intelligence fluide, le contrôle inhibiteur et le raisonnement) 

 qui reste  un prédicateur clé du déclin fonctionnel.

Les études futures devraient envisager de consacrer plus de temps à l'exécution

des tâches.

 Plus surprenant  encore, l'effet  sur la vitesse de traitement était nul, puisque les exercices ECI sont généralement chronométrés, et ce domaine était parmi les plus réactifs dans les méta-analyses antérieures dans d'autres populations. 

La dépression est souvent associée à une déficience cognitive légère, ainsi que la conversion à la démence . Il est donc évident que les auteurs aient constaté des effets modérés d'une déficience cognitive sur le fonctionnement psychosocial (dépression, qualité de vie et symptômes  neuropsychiatriques), et ce en accord avec une étude préalable suggérant que l’effet de l’ECI puisse se généraliser sur l’humeur .

D'autre part, des effets fiables n'ont pas été observés sur les activités instrumentales de la vie quotidienne. 

À l'inverse, le profil des résultats chez les individus avec une démence était faible. Des tailles d'effet cliniquement significatives ont été trouvées uniquement pour des études qui ont utilisé des approches non traditionnelles de l’ECI, à savoir les pratiques de la réalité virtuelle et la  Nintendo Wii .

 

Conclusion:

L’entraînement cognitif informatisé est efficace sur la cognition globale, les domaines cognitifs sélectionnés et le fonctionnement psychosocial chez les personnes ayant une déficience cognitive légère. Cette intervention justifie donc des essais à plus long terme et à plus grande échelle pour examiner les effets sur la conversion à la démence. À l'inverse, la preuve de l'efficacité chez les personnes atteintes de démence est faible et limitée aux essais de technologies immersives.

 

Dr Nada Chefchaouni

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 30/04/2017

 


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