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L’amélioration précoce comme prédicteur de la réponse ultérieure aux antipsychotiques dans la schizophrénie.


Early improvement 1

Des méta-analyses récentes remettent en question le dogme du début d’action retardé des neuroleptiques et soulignent le fait que la réduction des symptômes est plus importante durant les premières semaines de traitement. Alors quand faut-il changer le traitement antipsychotique chez les patients schizophrènes non répondeurs ? Les recommandations internationales demeurent très divergentes sur la question, préconisant entre 2 et 6 semaines de traitement avant de statuer sur l’efficacité de ce dernier. Devant ces incertitudes, les auteurs de la présente revue de littérature ont essayé de prouver si le manque d’amélioration à la 2ème semaine pouvait prédire la non réponse ultérieure, et ce moyennant une nouvelle technique de méta-analyse: le « Diagnostic Test Review ». En effet, cette méthode, initialement conçue pour évaluer la précision d’un test diagnostique en comparaison avec des standards de référence, s’applique parfaitement à la question de recherche du présent article. Dans ce cas le « test diagnostique » serait le degré de non amélioration à la 2ème semaine et le standard de référence serait la non réponse à un stade ultérieure (4 à 12 semaines).

Les auteurs ont ainsi opéré une recherche dans les bases de données électroniques pour inclure toutes les études portant sur des patients présentant une schizophrénie, un trouble schizophréniforme ou schizoaffectif et qui ont identifié les répondeurs aux antipsychotiques lors du suivi par le degré d’amélioration à la 2ème semaine (mesuré par la PANSS ou la BPRS sans tenir compte du protocole de recherche). La durée de suivi variait entre 4 et 12 semaines, préférentiellement 6 semaines et les neuroleptiques étaient administrés par voie orale, à des doses conformes aux consensus internationaux.

Le principal résultat recherché a été la prédiction de la non-réponse, (définie comme une réduction inferieure à 50% du score total de la PANSS ou la BPRS entre le début et la fin de l’étude), par une amélioration <20% du score de ces échelles à la 2ème semaine. Toutes les variables modératrices potentielles ont été examinées par méta-régression.

Au total 34 études ont été incluses dans la méta-analyse, soit 9460 patients.

Les auteurs ont observé qu’une réduction inferieure à 20% du score total de la PANSS ou la BPRS à la 2ème semaine prédit la non réponse à la fin de l’étude (réduction inferieure à 50% à la 4ème – 12ème semaine). La spécificité a été estimée à 86% et la valeur prédictive positive(VPP) à 90% alors que la sensibilité était de 63% et la valeur prédictive négative (VPN) égale à 53%.

Inversement, la rémission était prédite avec une spécificité de 77% et une VPP de 88% ainsi qu’une sensibilité de 61% et une VPN de 42%.

Les facteurs associés à une plus grande spécificité de la prédiction du test diagnostic (Amélioration à la 2ème semaine) sont le temps choisi pour évaluer la réponse (la 4ème semaine présentait une plus grande spécificité ; P=0,0005), la sévérité initiale (p=0,0001) et la courte durée d’évolution (0,002) de la maladie.

Les auteurs concluent que l’amélioration précoce sous neuroleptiques représente un prédicteur fiable de la réponse finale et qu’elle devrait figurer parmi les outils de décision en pratique clinique.

Cependant, ces résultats devraient être considérés tout en tenant comptes des limites de cette méta-analyse. En effet, il est difficile de les généraliser aux patients présentant un premier épisode de schizophrénie ou une forme résistante au traitement. De plus, les effets des traitements adjuvants (anxiolytiques et hypnotiques) n’ont pas été pris en considération dans les analyses statistiques. Enfin, la restriction de l’évaluation des symptômes à deux échelles (PANSS et BPRS) complique l’extrapolation de ces résultats en pratique clinique courante.

A la lumière des résultats de cette Meta-analyse, les auteurs ne peuvent que souligner la nécessité d’études supplémentaires pour établir les stratégies à adopter en cas de non réponse à 2 semaines de traitement antipsychotique (Augmentation des doses ou potentialisation).

Dr Berhili Nabil

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 27/07/2015


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