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Impact du DSM-5 sur la prévalence des troubles du spectre autistique


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Le DSM-5 comporte des modifications des critères diagnostiques des troubles du spectre autistique (TSA) par rapport aux critères du DSM-IV. Certains experts suggèrent que le DSM-5 nécessite plus de critères définissant le seuil diagnostic. Et certaines études, effectuées sur des échantillons cliniques, soulignent que la proportion de sujets diagnostiqués atteints de TSA selon les critères du DSM-IV-TR ne le sont plus en appliquant les critères du DSM-5.

A travers ce travail, les auteurs se proposent d’évaluer l’impact de ces modifications sur la prévalence des TSA dans une population d’enfants âgés de 8 ans recensés à travers un large réseau de surveillance de l’autisme aux Etats-Unis d’Amérique.

Les auteurs ont utilisé les données du réseau « Autism and Developmental Disabilities Monitoring » (ADDM), qui est un système de surveillance des TSA. L’ADDM surveille ainsi 14 sites géographiques qui y ont participés en 2006 et 2008 et a recensé 644 883 enfants de 8 ans avec des troubles du développement selon leurs dossiers médicaux. Parmi ces sujets, 6577 ont été diagnostiqués porteurs de TSA selon les critères de l’ADDM, basés sur ceux du DSM-IV-TR. Les auteurs ont ensuite calculé parmi eux la proportion de sujets qui correspondent aux critères du DSM-5, et ont étudié leurs caractéristiques selon le nombre des critères tels que le sexe, leur groupe ethnique, leur niveau de déficience intellectuelle ou l’histoire de leur développementp)

Au terme de leur étude, les auteurs ont retrouvé 5339 enfants correspondants aux critères du DSM-5 parmi les 6577 relevés selon les critères de l’ADDM, ce qui correspond à une prévalence de 81,2%. Cette prévalence était ainsi de 78,5% en 2006 et s’est élevée à 83,1% en 2008.

Le pourcentage était similaire pour les garçons et les filles, mais plus élevé en cas de déficience intellectuelle par rapport aux sujets avec un QI supérieur à 70 (respectivement 86,6% et 72,5%), il en était de même pour les enfants avec un trouble du développement en comparaison avec ceux sans TD (89,4% vs 79%).

Les auteurs ont également mis en évidence que le diagnostic de TSA selon les critères du DSM-5 et le nombre de critères comportementaux du DSM-IV-TR retrouvés chez les mêmes sujets, étaient significativement associés. Ils soulignent ainsi que 100% des sujets correspondant aux 12 critères comportementaux du DSM-IV-TR sont diagnostiqués TSA selon le DSM-5.

Avec ces résultats, les auteurs ont évalué l’impact des modifications des critères du TSA dans le DSM-5, constatant que leur prévalence était plus basse avec ces critères en comparaison avec ceux du DSM-IV-TR. Ils ont ainsi estimé que cette prévalence était de 9 pour mille avec les critères de l’ADDM pour 7,4 pour mille avec les critères du DSM-5 en 2006, et respectivement 11,3 et 10 pour mille en 2008.

D’autre part, un total de 304 enfants correspondants aux critères du DSM-5 mais pas à ceux du DSM-IV-TR ont été répertoriés.

En discussion de ces résultats, les auteurs ont souligné que un certain nombre d’études ont comparé le pourcentage de diagnostics de TSA utilisant les critères du DSM-5 chez une population d’autistes diagnostiqués selon les critères du DSM-IV, et ont retrouvé des prévalences allant de 46 à 93%.

Les auteurs soulignent aussi que l’une des forces de cette étude est qu’elle se distingue par le fait qu’elle est représentative d’enfants de la population générale et non pas d’échantillons recrutés selon des spécificités cliniques. Egalement, cette étude se distingue par le fait qu’elle inclut certains sujets répondant aux critères de TSA selon le DSM-5 mais ne répondant pas aux critères DSM- IV-TR, et qui pourraient correspondre aux critères du DSM- 5 pour les troubles de la communication sociale (librement traduit de: « social communication disorder »). Ils ont toutefois souligné que la prévalence de ce diagnostic n’a pas pu être évaluée, étant donné que les dossiers médicaux n’étaient pas documentés en ce sens.

Par ailleurs dans cette étude, la prévalence de TSA est plus élevée en 2008 qu’en 2006, mais avec une nette réduction de l’augmentation de cette prévalence entre les deux années, que ce soit en terme de prévalence absolue ( une réduction de 1,3% en 2008 en comparaison avec une réduction de 1,6% en 2008) qu’en terme de proportion de sujets diagnostiqués selon le DSM-IV-TR mais pas selon le DSM-5 ( une réduction de 16,9% en 2008 comparée à 21,6% en 2006). Ceci laisse suggérer que l’adoption des critères du DSM-5 ne va pas diminuer la tendance à l’augmentation de la prévalence des TSA, qui serait plutôt due selon les auteurs à une description de plus en plus détaillée des comportements dans les évaluations des professionnels de santé.

En conclusion des résultats de cette étude, la prévalence des TSA pourrait être inférieure avec les critères du DSM-5 par rapport au DSM-IV, ce qui devrait être pris en compte dans les futurs travaux évaluant la prévalence en 2014.

  • Dr Azzouzi Nada
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 24/03/2014

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