Recherche > Revue de presse > Extension du champ d'activité des psychiatres a la prise en charge des pathologies somatiques

Extension du champ d'activité des psychiatres a la prise en charge des pathologies somatiques


Plusieurs facteurs contribuent à l'émergence d'une disparité entre la population générale et la population souffrant d'une maladie mentale chronique en ce qui concerne la prise en charge des pathologies somatiques.

Les psychotropes augmentent le risque de développer une maladie cardiovasculaire, et l'accès aux soins primaires et préventifs des maladies cardiovasculaires chez les malades mentaux est compliqué.

Les psychiatres représentent les médecins qui sont régulièrement voire exclusivement consultés par leurs patients.

La Société Américaine de Psychiatrie a récemment approuvé une stratégie visant l'extension du champ d'activité des psychiatres en ce qui concerne les problèmes somatiques. Tout ceci en éduquant les patients sur ces pathologies, en coordination avec les autres services de médecine…

Cependant, les praticiens s'inquiètent de la responsabilité médico-légale qu'implique ce changement.

Il a été suggéré que cette extension soit basée essentiellement sur 5 domaines : la nature et la sévérité de la maladie, l'accès aux soins, la formation continue du psychiatre, la capacité du système pour la gestion et le suivi et finalement les préférences du patient.

La nature et la sévérité de la maladie :

Les psychiatres sont généralement confrontés à des troubles comorbides qui sont prévalents chez les populations souffrant de maladies mentales chroniques.

Le psychiatre peut jouer un rôle dans la détermination de la sévérité de la maladie : urgent ou non et de la façon la plus appropriée d'y faire face (gérer le patient ou l'adresser à un spécialiste).

L'accès aux soins :

Dans les établissements de santé idéaux, chaque patient devrait avoir un médecin traitant qui coordonne les soins avec le reste des spécialistes notamment le psychiatre. Ceci demande un travail d'équipe entre le médecin traitant et le psychiatre, qui va prendre en charge juste la pathologie psychiatrique. Le patient quant à lui va être rassuré et confiant vu que son médecin traitant est celui qui connait mieux sa pathologie. Ce système qui est centré sur le patient principalement, hélas, n'est pas appliqué, en particulier chez les malades mentaux. Ce qui amène le psychiatre à intervenir dans certains cas.

Le manque d'accès aux soins est du à plusieurs facteurs. Si rectifiés et modifiés, ils peuvent éviter l'extension du champ d'activité des psychiatres.

Barrières au niveau de l'accès aux soins :

Plusieurs facteurs peuvent empêcher l'accès aux soins notamment un mauvais état général ne permettant pas au patient de se déplacer pour consulter, des difficultés financières, difficultés d'accès aux moyens de transport. Le psychiatre pourra dans ces cas étendre son champ d'activité et établir un suivi de la pathologie somatique du patient.

Barrières d'accès aux soins dus au clinicien :

Les facteurs liés au personnel soignant peuvent contribuer à la mauvaise qualité des soins.

Une étude a démontré une disparité d'accès aux soins entre les personnes souffrant et non-souffrant d'une maladie mentale.

Les personnes souffrant d'une maladie mentale ne bénéficient pas des examens prescrits par leurs psychiatres (par exemple tests de dépistage, suivi des effets des traitements etc…).

Ceci est dû au fait que les médecins traitant ne sont pas assez conscients des effets secondaires des traitements psychopharmacologiques.

Les psychiatres sont les mieux placés pour reconnaître les patients victimes d'une mauvaise qualité de soins du au clinicien. Et dans ce cas ils peuvent offrir leur aide à ces patients.

Barrières d'accès aux soins du au patient :

Les psychiatres devraient déterminer si les difficultés d'accès aux soins sont liées au patient. Une mauvaise adhérence aux soins médicaux peut être liée au manque de connaissances concernant la pathologie, la nécessité d'un suivi, l'observance thérapeutique...

Le psychiatre peut dans ce cas étendre son champ d'activité pour pouvoir dépasser les barrières qui sont liées spécifiquement au patient.

Le manque d'accès et de réception des soins primaires de qualité est un problème qui devrait être systématiquement abordé. En évaluant systématiquement les trois barrières d'accès aux soins et en essayant de les dépasser, les psychiatres ne sont pas obligés d'étendre leur champ d'activité. Par contre, si ces barrières demeurent après plusieurs essais de les dépasser, l'extension du champ d'activité du psychiatre est justifiée.

Formation et connaissances médicales :

L'implication du psychiatre dépend aussi de sa connaissance générale et de son confort dans la gestion des pathologies somatiques (d'où la nécessité des formations continues) ainsi que de la disponibilité du médecin traitant.

Capacité du système pour la gestion :

Une fois que les compétences appropriées ont été acquises, l'accès aux soins ait été considéré insuffisant, et que la nature du problème ait été prise en considération, les traitements devraient être poursuivis, jusqu'à ce que les objectifs cliniques soient atteints. Ceci ne peut être accompli que par une équipe de soins avec des responsabilités bien définies.

Tout ceci afin d'intégrer le traitement des pathologies somatiques au sein de l'organisation de la santé mentale.

Préférence du patient :

Finalement, il est important à ce que les préférences du patient soient prioritaires et ne devraient pas être ignorés. Si le patient désire continuer à avoir accès aux soins primaires en dehors de l'établissement de santé mentale, le psychiatre ne doit pas s'y opposer.

Conclusion :

Les psychiatres peuvent étendre leur champ de pratique en prenant en charge les pathologies somatiques de leurs patients. Suivre cette directive permettra de rendre service aux patients d'une manière à ce que ces derniers soient au centre de l'attention tout en prêtant attention à leurs préférences etc…

Ceci permettra de baisser le taux de mortalité en gérant les problèmes de santé physique des patients souffrant d'une maladie mentale.

  • Dr Lahlali Narjisse
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 31/07/2016

Affichage Affichages : 559

Recherche