Recherche > Revue de presse > Exposition aux intimidations et état de santé : Etude longitudinale britanique type cohorte avec suivi sur 50 ans

Exposition aux intimidations et état de santé : Etude longitudinale britanique type cohorte avec suivi sur 50 ans


childhood-bullying-victimization-1

De plus en plus de preuves vont dans le sens que les individus ayant été victimes d’intimidations dans leur enfance auraient plus de chances de développer des problèmes de santé physique et psychique. Ils seraient plus enclin à développer des troubles anxieux, dépressifs, mais aussi auront de moins bons résultats scolaires, et feront plus d’automutilations, de tentatives de suicide et auront un taux plus élevé de symptômes psychotiques. Ces intimidations pourraient être considérés comme des abus sous estimés et souvent non pris en charge.

Quelques rares études se sont penchées sur le fonctionnement ultérieur de ces enfants mais ne concernaient que le début de l’âge adulte. Dans ce sens ce travail propose un suivi jusqu’à l’âge de 50 ans d’une cohorte au Royaume Uni. Elle a eu comme objectif de tester le lien entre le fait d’avoir été victime d’intimidations entre 7 et 11 ans et le fonctionnement et santé mentale et général à 23 ans puis à 50 ans. Ensuite ce groupe a été comparé à un autre groupe de personnes ayant subi d’autres formes d’adversités.

Le travail s’est basé sur Les données de National Child Development Study (1958), une étude de cohorte qui a recruté la majorité des naissances pendant une semaine en 1958 en Angleterre (17 638 participants). La cohorte a été poursuivie aux âges suivants : 7, 11, et 16 ans dans l'enfance, et à 23 ans, 33, 42, 45, et 50 ans dans la vie adulte.

L'exposition de l’enfant aux intimidations a été évaluée à l'aide d’entrevues avec les parents. On leur a demandé si leur enfant a été victime d'intimidations par d'autres enfants ou pas, et un indicateur à trois niveaux d’exposition a été créé.

Les facteurs confondants ont été pris en compte en évaluant d’autres variables déterminant le fonctionnement ultérieur ; dans ce sens un test de QI a été évalué à 11 ans ainsi que des échelles mesurant des problèmes d'intériorisation et d'extériorisation du comportement.

D’autres éléments sociodémographiques ainsi que des difficultés autres que les intimidations évaluées par le participant même, a l’âge de 45ans.

L’évaluation à l’âge adulte a été fait par la passation de l’échelle à 9 items de’’Malaise Inventory’’. Le « Revised Clinical Interview Schedule » a été utilisé pour évaluer la dépression et l’anxiété chez les patients à l’âge de 45ans. Le diagnostic a été posé selon la CIM10. Des questions sur le suicide et la consommation d’alcool ont également été posées ainsi que des tests cognitifs.

De l’échantillon de départ 61 % ont été retrouvés à l’âge de 50 ans, ce qui constitue au final un échantillon de 7771 avec des données complètes.

Les résultats à la base montrent que 28% avaient été exposés de façon occasionnelle aux Intimidations et 15% de façon fréquente.

Être victime d'intimidations dans l’enfance est associé au fait d'être de sexe masculin et d'avoir des parents exerçant une profession manuelle, le sous investissement parental et le placement dans des établissement publics sont aussi corrélés à l’exposition à des intimidations. Les victimes rapportent aussi d’autres adversités subies au même temps à l’enfance.

Les intimidations à l’enfance sont également associées à un QI plus bas et plus de problèmes d’intériorisation et d’extériorisation, de hauts niveaux de détresse psychologique à 23 et à 50 ans (40 ans après l’exposition). les personnes exposées font plus de dépressions et de troubles anxieux, avec un taux de suicidalité plus élevé, et ces personnes ont eu un état de santé général moins bon que la population non exposée et un moins bon fonctionnement cognitif a 50 ans. Une forte association avec les maladie mentales a été retrouvée. Cependant aucune corrélation n’a été retrouvée avec la consommation d’alcool.

Sont affectés également le niveau d’études, les relations sociales avec un taux élevé de célibat à l’âge de 50 ans. Une moindre satisfaction et l’estimation de qualité de vie est notée chez les victimes d’intimidations.

Ce travail vient étayer les données préexistantes sur l’effet délétère des intimidations subies durant l’enfance et démontre que ces sujets ont une moins bonne santé physique et psychique et un mauvais fonctionnement cognitif à 40 ans apres l’exposition. Et ceci en prenant en compte tous les facteurs confondants y compris d’autres causes d’adversité subies à cet âge. Il apporte également des preuves des conséquences sociales et économiques et sur la qualité de vie.

Les résultats retrouvés à l’âge adulte sont comparables à ceux retrouvés dans la littérature pour les placements dans des orphelinats ou à certaines situations d’adversité connues pour leurs effets délétères (pauvreté, abus sexuels, parents malades mentaux).

Les troubles cognitifs observés chez les victimes d’intimidations peuvent être apparentés à ceux observés chez les enfants maltraités.

L’explication des associations sus-décrites demeurent obscure. les enfants intimidés développeraient très tôt des signes de détresse se manifestant à distance par des troubles anxio-dépressifs, une autre explication est le fait que ces intimidations génèreraient des situations ou le sujet va subir le long de sa vie d’autres abus. Les hormones de stress et la voie sérotoniergique constituent les pistes biologiques.

Ce travail souffre DE certaines limites , à savoir qu’aucune définition précise n’a été donnée aux parents, ni aucune période particulière n’a été précisée. Le travail ne précise non plus si les sujets eux même avait commis des actes d’intimidation à l’encontre d’autres enfants. Il y a enfin la possibilité d’avoir d’autres facteurs confondants qui seraient responsables de cette association.

Au final, ce travail pointe l’effet dévastateur des intimidations, Comme d'autres formes de maltraitance des enfants, sur le bien être physique et psychique à la quarantaine. Il suggère de ce fait que des interventions appropriées pourraient être nécessaires pour inverser cette évolution vers l’âge adulte. Il revient sur la nécessité de mieux comprendre les mécanismes de cette association pour mettre en place ces interventions.

  • Dr Bout Amine
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 21/07/2014

Affichage Affichages : 770

Recherche