Recherche > Revue de presse > Expériences psychotiques et troubles psychotiques à l'âge de 18 ans en relation avec les expériences psychotiques à l'âge de 12 ans Une étude de cohorte longitudinale

Expériences psychotiques et troubles psychotiques à l'âge de 18 ans en relation avec les expériences psychotiques à l'âge de 12 ans Une étude de cohorte longitudinale


Psychotic-experiences-1

Les expériences psychotiques existent comme un continum au sein d’une population en termes de degré de conviction, préoccupation, fréquence, et le nombre des différents phénomènes expérimentés. Leur impact est très variable à cause de la détresse associée, et l'effet sur le fonctionnement.

Dans une tentative pour mieux comprendre l'étiologie des troubles psychotiques, de nombreuses études se sont focalisées sur des expériences psychotiques au sein de la population générale ou sur des échantillons de personnes à haut risque de développer une pathologie psychotique.

Les auteurs de cette étude ont étudié le devenir des expériences psychotiques chez un grand échantillon de population de jeunes adultes et ils ont exploré la relation entre les experiences psychotiques à l’enfance et la survenue d’une psychose à la fin de l’adolescence.

Les auteurs ont mené une étude longitudinale de cohorte sur des individus évalués par un entretien semi-structuré de symptômes pseudopsychotiques (The semistructured Psychosis- Like Symptom Interview) à l’âge de 12ans et à l’âge de18ans.

Cet outil comporte une section sur les expériences inhabituelles comprenant six questions sur la déréalisation, la dépersonnalisation, l'auto-méconnaissance, la dysmorphophobie, la perception partielle d’objet, et d'autres anomalies perceptives non spécifiques. Ainsi que des questions fondamentales sur des expériences psychotiques clés survenues depuis l’âge de 12 ans: hallucinations (visuelles et auditives), l'illusion et les expériences d'interférence de la pensée.

Sur les 4724 personnes interrogées à 18 ans, 433 (9,2%) avaient présenté des expériences psychotiques suspectées (N = 203 [4,3%]) ou définitives (N = 230[4,9%]. On note une prédominance féminine (279), avec un niveau socioéconomique moyen et un niveau d’éducation des parents ordinaire ou avancé dans la majorité des cas.

Les expériences psychotiques les plus fréquemment rapportées sont les hallucinations auditives (5,4%), les hallucinations visuelles (4,2%), et les croyances d’être espionné.

Parmi les participants, (1,7%) ont répondu aux critères d’un trouble psychotique, et seulement 50% ont cherché une aide professionnelle.

Parmi les participants qui ont eu des expériences psychotiques à 12 ans, 78,7% avaient une rémission à l’âge de 18 ans.

Le risque de troubles psychotiques à 18 ans était supérieur chez les personnes ayant des expériences psychotiques suspectées (odds ratio = 5,6 et intervalle de confiance 95% CI = 2.6-12.1) et surtout celles ayant des expériences définitives éprouvées à l’âge de 12ans (odds ratio = 12,7, IC à 95% = 6,2 à 26,1) ; et aussi parmi les participants qui ont attribué ces expériences psychotiques à12 ans au sommeil ou à la fièvre. Les valeurs prédictives positives pour l’augmentation de la fréquence des expériences à l'âge de12 prédisant des troubles psychotiques à l’âge de18 ans variaient de 5,5% à 22,8%.

Les auteurs de cette étude ont discuté l’incidence faible de survenue d’expérience psychotique à l’âge de 18ans dans cette cohorte par rapport aux données trouvées dans une méta analyse, et ceci est probablement dû aux différences méthodologiques. Dans ce travail un entretien semistructuré a été utilisé alors la majorité des études se sont basées sur des entretiens non structurés ou des questionnaires d’autoévaluation.

Les expériences psychotiques étaient plus fréquentes chez les jeunes femmes dans cette étude. Ces données n’étaient pas compatibles avec d’autres données de la littérature. Les phénomènes psychotiques sont plus rapportés chez les personnes issues de bas niveau socioéconomique ce qui rejoint les données retrouvées dans la schizophrénie. Concernant les caractéristiques cliniques, 24% des participants présentant une expérience psychotique à 18ans ont demandé les soins ce qui est en accord avec les estimations d’autres études.

En fait 80% des personnes ayant un trouble psychotique à 18ans ont répondu affirmativement à l’autoévaluation à l’âge de 12 ans. Les phénomènes psychotiques augmentent le risque de développer un trouble psychotique et ces résultats sont concordants avec plusieurs données de la littérature.

Comme conséquences de l'identification des personnes à haut risque, les auteurs ont discuté si le dépistage chez les jeunes adolescents pour identifier le groupe à haut risque avec des expériences psychotiques quotidiennes pour une surveillance plus étroite pourrait potentiellement réduire l’incidence et l'impact des troubles psychotiques chez les jeunes adultes. Cette stratégie permettrait d'éviter moins de 15% de troubles psychotiques à 18 ans.

Dans le meme sens, l’utilisation de biomarqueurs, des données neurocognitives ou des anomalies à la neuro-imagerie peut aider à augmenter la prédiction de cette transition.

En conclusion, la valeur prédictive positive des expériences psychotiques du début de l'adolescence (environ 80% sont transitoires) pour prédire les troubles psychotiques à l’âge adulte est trop faible pour proposer des interventions therapeutiques.

  • Dr Aarab Chadya
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II
  • Fès Le 15/07/2013

Affichage Affichages : 683

Recherche