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Évaluation du taux plasmatique de la CRP comme bio-marqueur du risque de l’état de stress post traumatique


 CRP-ET-PTSD-1Les auteurs partent des constats de certaines études (observationnelles transversales cas / témoins) qui soulignent l’association significative entre le PTSD et une inflammation périphérique modérée, qui se traduit sur le plan biologique par des taux plasmatiques élevés de CRP et d’interleukine 6, pour s’interroger sur la nature de cette association :

• S’agit il d’une relation de causalité où le PTSD engendrerait des perturbations biologiques de type inflammatoire par dysrégulation hormonales liée au stress?

• l’état inflammatoire périphérique préexistant constituerait-il une prédisposition au PTSD ?

Puisque les études menées pour étudier la nature de cette association ont abouti à des résultats controversés, les auteurs se sont fixés comme objectif de savoir si une inflammation périphérique modérée traduite sur le plan biologique par une CRP élevé prédisait la survenue de symptômes d’ESPT chez une cohorte de marines de l’armée américaine.

Les auteurs ont exploités les données de la « Marine Resiliency Study », une étude prospective ayant inclus 2610 marines de sexe masculin déployés en Iraq et en Afghanistan et durant laquelle la sévérité du PTSD ainsi que divers paramètres biologiques et psychologiques ont été évalués en pré et post déploiement sur le terrain. Le recrutement s’est fait au sein de 4 bataillons de la marine dont le déploiement était imminent et l’étude s’est étalée sur 46 mois.

Le recueil des données en plusieurs temps :

  • • T0 (Baseline ou temps de référence): 1 mois avant le déploiement.
  • • T1 : évaluation après 7 jours du déploiement.
  • • T2 : évaluation à 3 mois.
  • • T3 : évaluation à 6 mois.

Les outils de mesure :

  • • Dosage plasmatique de la CRP (Méthode ALPCO)
  • • L’échelle CAPS : (Clinician Administred PTSD Scale) : explorant les symptômes du PTSD.
  • • L’échelle CES (Combat Exposure Scale) : évaluation de l’exposition au traumatismes durant les combats.
  • • L’échelle PBE (Post Combat Exposure) : Evaluation de l’exposition au traumatisme dans les suites des combats. (Manipulations de restes humains, interaction avec des détenu/ réfugiés...)
  • • AUDIT-C (Alcohol Use Disorders Identification Test–consumption) test d’identification du trouble lié à l’utilisation de l’alcool.
  • • Les échelles BAI (Beck Anxiety inventory) et BDI (Beck Depression Inventory).

Les auteurs ont utilisé un modèle de régression binomiale de type « Zero-Inflated Negative Binomial Régression » (ZINBR) pour la recherche des prédicteurs du score de la CAPS en post-déploiement T2 (CAPS2) ainsi qu’un modèle de régression logistique pour la recherche des prédicteurs de la variable catégorielle « présence ou non du diagnostic de PTSD » en post-déploiement (T2).

Les prédicteurs d’intérêt pris en compte à la Baseline (T0) sont :

  • • Le taux de CRP plasmatique après transformation logarithmique décimale (log10)
  • • Le score initial de la CAPS (CAPS0).
  • • Score PBE et Score CES pour ajuster à la différence dans l’exposition aux traumatismes.

L’Usage d’alcool et les score BDI et BAI ont été ajoutés comme facteurs confondant à côté de la hiérarchisation de l’effectif des Marines en 4 cohortes (correspondant à 4 bataillons ayant différentes zones et durées de déploiement).

Comme résultat, les corrélations de la CAPS en post-déploiement, et parmi tous les prédicteurs possibles de la CAPS2 la CRP initiale était la plus hautement significative (p=0,003) à l’analyse par régression binomiale (ZINBR) et par régression linéaire. En effet la CRP s’est avérée positivement prédictive du score de CAPS2 notamment de la section Hyperarousal (hyperexcitation).

Concernant les corrélations du diagnostic de PTSD en post-déploiement, chaque augmentation d’1 SD (Standard Deviation) du log10 CRP s’est avérée associée à une augmentation de 1.25 du risque de PTSD en post-déploiement (OR=1.25, 95% CI, 1.02-2.22; P = 0.04). Cependant c’est le score initiale de la CAPS (CAPS0) qui prédisait le plus la survenue de PTSD en post-déploiement (l’augmentation d’1SD du score CAPS0 prédisait un OR 2,3 pour PTSD à T2). De même, l’exposition au traumatisme (scores CES et PBE) était naturellement associée de façon significative à un risque accru de PTSD en post-déploiement.

Enfin l’absence d’association significative entre l’existence initiale d’un PTSD, le score initiale de la CAPS (CAPS0) et le taux plasmatique de la CRP à T0 a permis aux auteurs de conclure que la CRP n’était pas un simple médiateur de l’effet de ces 2 paramètres sur la survenue ultérieure de PTSD Ces résultats soulignent qu’un taux plasmatique élevé de CRP et donc l’inflammation périphérique accrue, constitueraient une vulnérabilité à développer des symptômes ultérieurs de PTSD. Le postulat de certains auteurs, selon lequel l’état inflammatoire biologique serait plutôt une conséquence de la dysrégulation de l’axe du stress consécutive au PTSD, est donc infirmé par les résultats de la présente étude. Toutefois, la possibilité que les niveaux de CRP plus élevés au départ seraient le résultat d'un traumatisme précédent ne peut être exclue.

Cette étude n’est pas la seule à établir un lien entre les troubles psychiatriques et l’inflammation périphérique accrue. Plusieurs autres auteurs ont démontré l’association significative de cette dernière avec la dépression et la détérioration des fonctions exécutives et mnésiques. L’explication physiopathologique de cet effet serait l’impact de l’inflammation sur la neurogénèse et le volume hippocampiques.

Cependant ces résultats ne peuvent être généralisés car l’échantillon n’est pas représentatif de la population générale, et d’autre part, absence du sexe féminin et profil de forme physique des militaires. Les autres limitations de l’étude sont le dosage unique de la CRP sans tenir compte de ses fluctuations possibles sous l’effet d’infections intercurrentes de l’usage d’anti-inflammatoires qui n’a pas été documenté par ailleurs.

  • Dr Berhili Nabil
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fes
  • Le 20/05/2014

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