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Évaluation de la réduction de la dose des antipsychotiques dans la schizophrénie à long terme Étude prospective d’occupation des récepteurs dopaminergiques D2 /3


La schizophrénie est une maladie chronique nécessitant généralement le maintien d’un traitement antipsychotique à vie. L’âge avancé est un facteur de risque de l’apparition des effets néfastes induits par les antipsychotiques, comprenant parkinsonisme, dyskinésie tardive et le syndrome métabolique. Les guidelines cliniques élaborées par le consensus des experts recommandent l'utilisation de doses inférieures d'antipsychotiques chez les patients âgés atteints de schizophrénie.

Toutefois, les données empiriques sur les dosages d’antipsychotique spécifiques à l'âge sont limitées.

Les études par Tomographie par émission de positons (TEP) chez les sujets jeunes atteints de schizophrénie ont démontré qu’un taux d’occupation des récepteurs D2/3 au niveau du striatum supérieur à 65% est associé à une bonne réponse clinique. Les symptômes extrapyramidaux (EPS) sont plus observés avec un taux d’occupation au-dessus de 80%. Ainsi, l’intervalle d’occupation de 65% à 80% définit la fourchette thérapeutique qui potentialise les avantages cliniques et minimise les effets indésirables.

En l'absence de données similaires chez les patients d’âge avancé atteints de schizophrénie, cette étude prospective de PET scan évalue l’occupation des récepteurs D2 / 3 avant et après réduction de la dose antipsychotique jusqu'à 40% chez les patients atteints de schizophrénie à évolution longue, dont l'état avait été cliniquement stable. Les patients ont été suivis pendant 3 à 6 mois après la réduction. Le but était d'évaluer l'effet de la réduction de la dose de neuroleptiques sur le taux d’occupation des récepteur D2 / 3 au niveau striatal et déterminer la fourchette thérapeutique optimale chez cette catégorie de patients.

Les patients recrutés dans cette étude sont atteints de schizophrénie âgés de 50 ans ou plus, cliniquement stables, et recevaient la même dose de Rispéridone ou l'Olanzapine pour les 6 à 12 derniers mois. Les participants étaient évalués avec des échelles cliniques pour les symptômes et effets indésirables. Le Pet Scan a été effectuée afin de déterminer l'occupation antipsychotique de référence des récepteurs D2 / 3. Par la suite, les participants ont subi une réduction progressive de dose de près de 40% de la dose de référence ou à la limite inférieure des doses recommandées (7.5mg / j pour Olanzapine et 1,5 mg / j pour la Rispéridone). Les évaluations cliniques et par le PETScan ont été effectuées à nouveau au moins 2 semaines après la dose ciblée. Ensuite les patients ont été suivis pendant 3 à 6 mois (26 patients depuis 6 mois et 9 patients pour 3 mois) avec les évaluations cliniques.

Lorsque les participants ont présenté une détérioration clinique, la dose a été augmentée jusqu'à atteindre la stabilisation clinique.

Les évaluations comprenaient la PANSS ; Échelle abrégéé d’évaluation psychiatrique (BPRS), Echelle d’impression clinique globale (CGI) ; évaluation fonctionnelle pour Traitement de la schizophrénie) Functional Assessment for Comprehensive Treatment of Schizophrenia, (FACTS), et Inventaire ciblé des problèmes liés à la schizophrénie ; Targeted Inventory on Problems in Schizophrenia (TIP-Sz).

Les évaluations d'effets indésirables incluent Simpson-Angus échelle, Echelle de Barnes d’Akathisie induite par les médicaments ; Barnes Rating Scale for Drug-Induced Akathisia (BAS), Échelle des mouvements involontaires, échelle de bien-être subjectif sous neuroleptiques et l’échelle des effets indésirable de Udvalg pour Kliniske Undersøgelser.

Des prélèvements sanguins ont été aussi réalisés pour évaluer le dosage des antipsychotiques et de la prolactinemie.

L'échantillon au départ était composé de 22 participants sous Olanzapine et 13 patients sous Risperidone ; l’âge moyen était de 60.1ans [50-79]. La moyenne d’âge de début de la maladie était de 26 ans ; la durée moyenne de la maladie était de 33, 1 ans, et la durée moyenne de traitement antipsychotique était de 28.5ans.

Le taux d’occupation des récepteurs D2/3 de l'ensemble de l'échantillon a diminué en moyenne (SD) de 6,2% (8,2%) suite à la réduction de la dose (P <0,001).

Le plus bas taux d’occupation D2/3 associé à la stabilité clinique était de 50%. Les Symptômes extrapyramidaux (EPS) étaient plus susceptibles de se produire avec un taux d’occupation de 60%. Les taux d’occupation de base D2/3 étaient plus faibles chez les patients ayant présenté une détérioration clinique (n = 5) que chez ceux dont l'état est demeuré stable (n = 29) (58% [15%] vs 72% [10%], p = 0,03). Suite à la réduction de la dose, le score de TIP-Sz a été augmenté (P = 0,046) ; Alors que les scores des autres évaluations cliniques symptomatiques et d’effets secondaires ont diminué de façon significative. Concernant les dosages plasmatiques, les auteurs ont noté une baisse de la prolactinemie ainsi que les dosages plasmatiques des antipsychotiques 

Cette présente étude longitudinale de PETscan visait à déterminer la dose antipsychotique minime et le taux d’occupation des récepteurs D2/3 re-quis pour maintenir la stabilité clinique chez les patients avec une longue évolution de schizophrénie. Les résultats confirment ceux d'un rapport de l'étude pilote montrant que la dose antipsychotique peut être réduite avec succès dans plus de 80% des cas. La moyenne d’occupation des D2/3 de la totalité de l'échantillon a diminué de 70% (12%) à 64% (12%) après une réduction de la dose antipsychotique en moyenne de 34,6%.

En outre, la réduction de la dose améliore les effets indésirables, y compris le syndrome extrapyramidal et l'hyperprolactinémie, et de façon inattendue l'amélioration des symptômes cliniques évalués par l'échelle PANSS, BPRS, et TIP-Sz.

En conclusion, la réduction de la dose antipsychotique est possible chez les patients stables atteints de schizophrénie évoluant depuis plusieurs années. Le résultat de la présente étude suggère un taux d'occupation D2/3 plus faible (50% -60%) chez cette catégorie de malades par rapport à ce qu’est rapporté chez les patients plus jeunes (65% -80%).

Pr Aarab Chadya

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 29/09/2015


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