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Etude comparative entre l’effet d’une psychothérapie cognitivo comportementale spécifique et non spécifique dans le traitement de la dépression chronique


Introduction

Jusqu'à un tiers des patients en épisode dépressif vont développer une dépression chronique (plus de deux ans) avec une prévalence à vie estimée entre 3% et 6%. Ces personnes présentent davantage de comorbidités, de détérioration de leur fonction sociale et de leur santé physique, et font plus de tentatives de suicide et sont plus susceptibles d'être hospitalisées par rapport aux patients souffrant d’une dépression aiguë. En outre, ces patients bénéficient moins de traitement psychologique et pharmacologique par rapport aux patients souffrant de dépression aiguë. La seule psychothérapie spécifique qui a été développée pour traiter la dépression chronique est le système de psychothérapie d'analyse cognitivo-comportementale (the Cognitive Behavioral Analysis System of Psychotherapy: CBASP) avec des résultats contradictoires issus d'études menées sur des durées probablement trop courtes.

Dans cet essai clinique allemand, les chercheurs ont voulu évaluer l'approche CBASP en première ligne par rapport à une psychothérapie classique sur une période plus longue. L'hypothèse principale supposait que le système d'analyse cognitivo-comportementale de la psychothérapie (GBASP) est plus efficace que la psychothérapie classique (SP) pour réduire les symptômes dépressifs après 20 semaines. L'hypothèse secondaire majeure admettait que les taux de rémission étaient plus élevés chez les patients traités avec CBASP que chez ceux traités par une psychothérapie classique.

Matériel et méthode

L'étude a été réalisée sous la forme d'un essai clinique multicentrique (8 centres universitaires dans toute l'Allemagne), évaluée en aveugle, prospective, en groupe parallèle et randomisée. Les patients ont été recrutés entre le 5 mars 2010 et le 16 octobre 2012. Le dernier patient a terminé le traitement le 14 octobre 2013. L'analyse des données a été effectuée du 5 mars 2014 au 27 octobre 2016.

Les chercheurs ont inclus des patients externes adultes âgés de 18 à 65 ans, présentant une dépression chronique survenue précocement (avant l’âge de 21 ans). Les critères d'exclusion comprenaient un risque aigu de suicide, un diagnostic d'un autre trouble mental primaire de l'axe I, un trouble de la personnalité type antisociale, schizotypique ou borderline, une déficience cognitive sévère, un état pathologique grave lié à une psychose, à un trouble bipolaire ou un trouble organique cérébral, une absence de réponse préalable à un essai de CBASP et / ou SP ; une psychothérapie en cours ou un traitement actuel par des antidépresseurs. Les participants n'étaient pas autorisés à prendre des antidépresseurs pendant l’essai, s'ils le faisaient, ils étaient documentés comme non conformes au protocole.

Le traitement comprenait 24 séances de CBASP ou SP pendant 20 semaines (deux fois par semaine pour les 4 premières semaines puis 1 fois par semaine pour les 16 semaines restantes) en phase aiguë, suivies de 8 séances d’entretien réparties sur 28 semaines (2 séances dans les 4 premières semaines puis 1 session mensuelle pendant 6mois).

Résultats

Parmi les 268 patients inclus dans l’étude, 137 ont été traité par la CBASP (96 femmes [70,1%] et 41 hommes [29,9%], âge moyen 44,7 ans) et 131 ont été traité par une psychothérapie classique (81 femmes [61,8%] et 50 hommes [38,2%], âge moyen 45,2 ans)

Les résultats pour le critère principal d'évaluation montrent une réduction de la sévérité des symptômes de dépression sur l'échelle de Hamilton dans les deux groupes à l'issue des 20 semaines de la phase initiale de traitement: le score HRSD-24 (Hamilton Rating Scale for Depression) est passé de 27,15 points à 17,19 points chez les patients traités par psychothérapie spécifique CBASP et de 27,05 à 20,39 points dans le groupe contrôle, soit une différence ajustée statistiquement significative de 2,51 points en faveur de l'approche CBASP.

A 48 semaines de suivi, la sévérité de la dépression a continué de baisser, avec un score HRSD-24 de 14 points avec la CBASP et de 16,49 points avec la psychothérapie classique, soit une différence ajustée de 3,13 points en faveur toujours de l'approche CBASP. Les patients suivant la psychothérapie spécifique avaient des chances de répondre au traitement qui étaient doublées par rapport à la psychothérapie classique et de rémission qui étaient multipliées par 3,55 après la phase initiale de traitement de 20 semaines.

Aucun décès ou tentative de suicide n'a eu lieu au cours de l'étude. Douze événements indésirables graves ont été observés chez 11 patients: 7 dans le groupe CBASP et 4 dans le groupe de psychothérapie classique. Onze événements indésirables graves ont nécessité l'hospitalisation, chez 6 patients en raison d'une détérioration de symptômes dépressifs ou d'idées suicidaires chez 3 patients en raison d'une intoxication alcoolique et chez 2 patients en raison d'une maladie somatique. Aucun des effets indésirables graves n'a été considéré comme associé à la participation à l'étude.

Conclusion

Les auteurs ont conclut qu’une psychothérapie spécifique structurée est modérément plus efficace qu'une psychothérapie générale chez des patients en dépression chronique de début précoce et sans traitement pharmacologique, et qu'il semble utile d'ajouter des séances d'entretien à la phase d'initiation. Ces résultats peuvent contribuer à une meilleure utilisation des approches de psychothérapie spécifique qui ne sont pas encore intégrées systématiquement aux soins de santé mentale.

DR ASMAE CHEKIRA
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 18/03/2017


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