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Elévation de la protéine C-réactive maternelle et risque accru de schizophrénie dans une cohorte nationale de naissances.


De plus en plus de preuves impliquent l’infection et l’état inflammatoire prénatal comme facteur étiologique de la schizophrénie. Les preuves les plus convaincantes proviennent d’études épidémiologiques basées sur des cohortes de naissances. Dans ces études, les biomarqueurs de l'infection et de l'inflammation ont été dosés dans des échantillons sériques maternels, prélevés durant la grossesse et archivés à des fins de dosages prospectifs. De plus, les études in vivo s’intéressant à l’activation immunitaire maternelle induite par inoculation antigénique, en l’absence de toute infection caractérisée, confirment le rôle de l’inflammation dans l’émergence d’anomalies cérébrales et comportementales mimant la schizophrénie chez la progéniture. Afin de tester cette hypothèse, les auteurs de la présente étude ont examiné la relation entre la CRP maternelle et la schizophrénie dans « l’Étude prénatale finlandaise de la schizophrénie ». Cette dernière s’est basée sur un vaste échantillon représentatif de grossesses à partir d'une cohorte nationale de naissance avec des échantillons sériques maternels recueillis de façon prospective et archivés dans une bio-banque. Tous les cas répondant aux critères diagnostiques de schizophrénie enregistré chez les progénitures, recueillis à partir registres d’hospitalisation et de soins ambulatoires.

Afin que tous les membres de la cohorte soient dans l’intervalle d’âge de risque de la schizophrénie au moment de l’étude, tous les sujet nés à partir de 1983 et dont les mères ont bénéficié d’un prélèvement plasmatique archivé ont été inclus.

Au total, 98% des femmes enceintes avaient bénéficié d’un prélèvement sérique à des fins de dépistage de routine durant le premier et le 2ème trimestre de la grossesse. Ces sérums ont été conservés après le dépistage à une température de -25°c pour usage ultérieur. Depuis le début de l’étude plus d’un million d’échantillons ont ainsi été stockés dans un centre de biodépot géré par l’institut national de santé. Le lien entre la progéniture et le sérum maternel a été signalé par un code d’identification unique.

L’identification des cas de schizophrénie ou de trouble schizo-affectif s’est basée sur les diagnostics enregistrés dans le registre finlandais des patient hospitalisés et ambulatoires qui recense tous les patients diagnostiqués avec un trouble mental selon les critères CIM 10.Au total, 1514 cas ont été identifié dont 777 ayant une quantité de sérum maternel suffisante pour doser la CRP (630 cas de schizophrénie et 147 cas de trouble schizo-affectif). Il n’y avait pas de différences sociodémographiques ou en matière d’antécédents psychiatriques entre les 777 cas dont la CRP a été dosée et les 737 sujets non retenus (car CRP non dosable dans le sérum)

Les cas dont la CRP maternelle était dosable ont été appariés à des sujets témoins sains selon le sexe, la date de naissance et le lieu de résidence au moment du diagnostic. Les dosages de la CRP des cas et des témoins ont été réalisés en aveugle. Les co-variables prises en considération sont l’âge et le niveau socio-économique des parents, le nombre de naissances antérieures, les antécédents parentaux de troubles psychiatriques ainsi que l’âge gestationnel du prélèvement. La nature de la grossesse (unique ou gémellaire) et la résidence en milieu urbain/ rurale.

Comme résultats l’âge maternel et gestationnel avancé, nombre de naissances antérieures élevées ainsi que la naissance en milieu rural étaient tous associés de façon significative à un niveau élevé de CRP.

Comme attendu, les antécédents psychiatriques parentaux étaient significativement associés à la schizophrénie chez la progéniture. De même pour la province de naissance et la vie en milieu urbain.

Dans l’analyse non ajusté, il y a eu une association significative entre l’élévation de la CRP et le risque de la schizophrénie (OR=1.12, 95% [CI]=1.02–1.24, p=0.02). Cette association est renforcée après ajustement aux différentes co-variables (OR : 1.28, 95% CI=1.07–1.54, p=0.007). Ainsi, pour chaque augmentation de 1mg de CRP maternelle il y’a une augmentation du risque de schizophrénie de 28%.

Globalement la médiane de la CRP maternelle pour les cas était de 2 ,47mg/ml et pour les témoins 2,17mg/ml. Bien que la distribution selon l’âge gestationnel du prélèvement montre que le taux de CRP augment avec l’âge gestationnel pour les cas et témoins, la CRP restent plus élevé chez les cas que les témoins et ce indépendamment de l’âge gestationnel.

Dans la discussion de leur article, les auteurs passent en revue les différentes hypothèses biologiques qui pourraient expliquer cette association. Ainsi, la CRP serait le médiateur de IL-6 dont le taux augmente également lors de l’inflammation maternelle. La CRP pourrait aussi impacter le développement cérébral fœtal par le bais d’anomalies dans le développement et le fonctionnement placentaire. Enfin la CRP jouerait un rôle direct puisqu’elle est impliquée dans la cascade du complément. Le rôle de ce dernier étant démontré dans le phénomène d’élagage synaptique physiologique lors du développement, son augmentation dans le cerveau de la progéniture pourrait altérer la connectivité synaptique.

  • Dr Berhili Nabil
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 23/09/2014

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