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Efficacité et innocuité des antidépresseurs associés aux antipsychotiques dans la schizophrénie: une revue systématique et méta-analyse


Introduction

Les antidépresseurs sont prescrits chez environ 30% des patients atteints de schizophrénie. Les directives de l'APA appuient la gestion des troubles dépressifs et symptômes négatifs par des antidépresseurs, mais les guidelines britanniques et une autre équipe de recherche (Schizophrenia Patient Outcomes Research Team) (PORT) ne proposent pas une telle recommandation en raison des données limitées à ce sujet.il s'agit d'une situation difficile vue que les personnes atteintes de schizophrénie présentent un risque élevé de développer des symptômes dépressifs, jusqu'à 25% des cas , et 60% des patients souffrant de schizophrénie suivis en ambulatoire présentent des symptômes négatifs. De plus, la symptomatologie négative, qui est étroitement liée à la dépression, contribue considérablement au déficit fonctionnel et la réduction de la qualité de vie.

Les symptômes dépressifs apparaissent durant toutes les phases de la maladie ; phase prodromale, phase aiguë, et post-psychotique et sont liés à un mauvais pronostic, augmentation de rechutes, et taux de suicide élevé. La dépression dans la schizophrénie peut être conceptualisée comme une partie intégrante de la maladie, la manifestation de symptômes négatifs, d' autre part un effet indésirable des antipsychotiques, ou une réaction psychologique au diagnostic, son identification et sa gestion clinique reste un défi majeur.

Objectif: Les auteurs ont examiné l'innocuité et l'efficacité des antidépresseurs ajoutés aux médicaments antipsychotiques dans le traitement de la schizophrénie.

Méthodologie

Plusieurs bases de données et publications antérieures étaient recherchés jusqu'à Juin 2015 pour identifier tous les essais randomisés contrôlés incluant antidépresseurs comparés au sujets contrôles ( sous placebo , ou sans association d'antidépresseurs aux antipsychotiques dans la schizophrénie). Les symptômes dépressifs, négatifs, positifs, généraux, les effets secondaires, l'exacerbation de psychose et le taux de répondeurs ont été évalués.

Résultats

Les auteurs ont identifié 10319 enregistrements et ont inclus 128 articles correspondants à 82 essais contrôlés randomisés avec un total de 3608 participants. Les études incluses ont été publiées entre 1964 et 2014. Dix-sept des études ont été parrainées par l'industrie, 28 avaient un sponsoring public et les autres études n'ont rien mentionné. Soixante-cinq études (91,5%) étaient en double aveugle.

L'âge moyen des participants était de 39,8 ans (SD = 7,7), la durée moyenne de la maladie était de 11,2 ans (SD = 5,5), et 61% des participants étaient des hommes. Des études ont utilisé une variété d'antidépresseurs et les deux antipsychotiques de première et de deuxième génération.

La dose moyenne d'antidépresseurs en équivalent à la fluoxétine était de 31,2 mg / jour (SD = 14,5; intervalle: 5,9 à 86,1), et la dose moyenne en équivalent à la chlorpromazine pour les antipsychotiques était 603,6 mg / jour (SD = 323,5; plage: 240-1,603).

L'ajout des antidépresseurs s'est révélé plus efficace que chez les sujets les contrôles (association placebo ou pas d'adjonction d'antidépresseurs) pour le traitement des symptômes dépressifs (différence moyenne normalisée: -0.25, 95% CI = -0,38 à -0,12), les symptômes négatifs (différence moyenne normalisée: -0.30, IC à 95% = -0,44 à -0,16), les symptômes généraux, symptômes positifs (différence moyenne normalisée: -0.17, 95% CI = -0,33 à -0,01), la qualité de vie et taux de répondeurs (OR: 1,52, IC à 95% = 1,29 à 1,78;). Il n'y avait aucune différence significative entre patients sous antidépresseurs et les contrôles en termes d'exacerbation de la psychose, l'arrêt prématuré des médicaments, et le nombre de participants avec au moins un événement défavorable. Par ailleurs les patients sous antidépresseurs ont souffert plus de douleurs abdominales, de constipation, les étourdissements et la bouche sèche.

Discussion

Quatre-vingt-deux essais avec 3.608 participants à l'étude inclus dans cette revue systématique suggèrent fortement que l'ajout des antidépresseurs est efficace sur les symptômes négatifs et dépressifs chez les patients atteints de schizophrénie, mais l'effet de taille est petit.

L'effet de taille était plus élevé lorsque seuls les patients souffrant de dépression prononcée et prédominance de symptômes négatifs ont été inclus.

Ce profil d'efficacité favorable des antidépresseurs d'appoint a été consolidé par des analyses supplémentaires indiquant que cette intervention est indépendante d'un certain nombre de modérateurs (Analyse de méta-régression) et les facteurs confondants potentiels (Analyses de sensibilité).

Ces résultats doivent être discutés à la lumière d'un certain nombre de précédentes petites revues systématiques. Ces travaux ont porté principalement sur les symptômes négatifs et non dépressifs et ont inclus seulement des groupes spécifiques de participants ou de médicaments sélectionnés.

Contrairement à ces résultats, une autre méta-analyse n'a pas rapporté d'effet favorable des antidépresseurs ISRS sur les symptômes négatifs.

Conclusions

L'analyse des principaux résultats (symptômes dépressifs et négatifs) suggère un petit effet bénéfique des antidépresseurs. Il semblerait que cet avantage peut être accompli avec un faible risque d'exacerbation de la psychose et des effets indésirables. Cependant, les analyses de sous-groupes doivent être interprétées avec prudence.

Pr Chadya Aarab
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 28/09/2016


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