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Efficacité de la quétiapine en mono-thérapie dans l’état de stress post-traumatique


Introduction

L’état de stress post-traumatique (ESPT) est souvent une maladie chronique invalidante. Il se caractérise par l'exposition à un traumatisme psychologique dans un contexte de mort, de menace de mort, de blessure grave ou d’agression sexuelle, suivie de symptômes suivants: reviviscence de l'événement, l’évitement , des altérations cognitives et émotionnelles et l’hyper activation du système nerveux . Les antidépresseurs sont considérés comme le traitement du choix pour l’ESPT. la sertraline et la paroxétine, sont les seuls antidépresseurs qui sont approuvés par U.S. Food and Drug Administration(FDA) pour le traitement de l’ ESPT.

L'objectif de cette étude randomisée, contrôlée versus placebo, en double aveugle était de tester l'efficacité de la quétiapine en monothérapie dans le traitement de l’ ESPT.

Méthodes

La population cible était Les patients âgés de 18 à 65 ans, qui répondaient aux critères du DSM-IV de l’ESPT en utilisant l’échelle CAPS-DX (the Clinician-Administered PTSD Scale Diagnostic Version for DSM-IV). Ces patients ont été recrutés entre 2004 et 2008.Les patients ont également été évalués avec le questionnaire SCID-I / P (the Structured Clinical Interview for DSM-IV Axis I Disorders, Patient Edition ) afin de rechercher les troubles psychiatriques figurants sur l’ axe 1 selon DSM-IV.

Les critères d'exclusion comprenaient, les antécédents de sensibilité à la quétiapine. Les raisons supplémentaires d'exclusion étaient l'abus ou la dépendance à l'alcool ou autre substance, la Schizophrénie, le trouble schizo-affectif, le trouble bipolaire , la démence; l’idéation suicidaire ou d’homicide.

Le score total et les sous scores du CAPS, ont été utilisés Pour mesurer l’efficacité de la quétiapine. Pour mesurer l'efficacité secondaire de la quétiapine, ils ont utilisé également : l'échelle de Davidson Trauma Scale, the Positive and Negative Syndrome Scale (PANSS), l'échelle d'impressions cliniques globales (CGI) , l'échelle de dépression de Hamilton (HAM-D) , l'échelle d'anxiété de Hamilton ( HAM-A), et the Pittsburgh Sleep Quality Index .

Au cours de l’examen de dépistage, les patients ont bénéficié d’un examen physique (poids, la taille, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire et la tension artérielle ) , et un enregistrement des antécédents médicaux et psychiatriques. Des tests biologiques ont été effectués selon le contexte clinique: Ionogramme sanguin , créatinine, l'acide urique, la glycémie, les enzymes hépatiques.

Les patients admissibles ont alors reçu en simple aveugle une injection de placebo pendant une semaine. Les non répondeurs au placebo (participants qui avaient moins de 30% de réduction dans le score total de CAPS) ont ensuite été répartis au hasard pour recevoir en double aveugle des comprimés de quétiapine ou de placebo pendant 12 semaines.

Le médicament administré a été initié à une dose de 25 mg au coucher et graduellement augmenté jusqu’ à 400 mg par jour à la fin de la deuxième semaine. Et s’il est toléré, d'autres augmentations ou diminutions de dose ont été autorisées jusqu'à un maximum de 800 mg par jour et un minimum de 50 mg par jour.

Résultats et discussion

Parmi les patients qui ont été admis initialement, 119 sont rentrés dans la phase simple-aveugle; 39 ont abandonné pour diverses raisons, et 80 (40 à chaque site) ont été répartis au hasard à deux groupes :groupe quétiapine et groupe placebo

La mesure du score total du CAPS, a démontré une amélioration significativement plus grande dans le groupe traité par la quétiapine que dans le groupe placebo. Le fait que la dose moyenne du placebo a été presque deux fois celle de la quétiapine, cela confirme la signification de cette découverte, ce qui est expliqué par le fait que les cliniciens ont continué à augmenter les doses du placebo en raison d'un manque d'efficacité. De plus, qu'il n'y avait pas d'abandonnement de traitement dans le groupe quétiapine, alors que neuf patients ont abandonné le groupe placebo pour raison d'un manque d'efficacité. Ces résultats sont remarquables, Étant donné la gravité, la chronicité et la nature difficile à traiter de cette population.

En revanche, et en cohérence avec une autre étude déjà faite sur l’efficacité des neuroleptiques atypiques dans le ESPT, les sous scores du CAPS et de la sous-échelle des symptômes négatifs du PANSS ne différaient pas de ceux du groupe placebo.

De plus, ils ont trouvé une amélioration chez le groupe quétiapine du score de CGI, des symptômes positifs du PANSS , le score du HAM-A de l’ anxiété , et du HAM-D pour la dépression.

L'amélioration des scores de dépression (HAM-D) est particulièrement intéressante, car la fréquence de la dépression en comorbidité dans l’ESPT est courante et aucun médicament antidépresseur n'a été utilisé. Une découverte surprenante c’est la non amélioration du sommeil chez le groupe quétiapine par rapport au groupe placebo.

Conformément aux Conclusions d’autres études concernant l’efficacité des neuroleptiques à l’ ESPT , la Reviviscence et les symptômes d’ hyper activation du système nerveux ont répondu mieux (Ahearn et all ;2011).

Malgré la rareté de preuves sur l’efficacité de la quétiapine sur l’ ESPT ; les neuroleptiques atypiques sont largement utilisés comme traitement de l’ ESPT . Bauer et all a analysé les données de 732,085 patients avec ESPT traités entre 2003 et 2010 et il a trouvé que 27.6% parmi eux ont reçu des neuroleptiques atypiques . Hermes et al. a conduit une recherche sur 2,613 patients avec ESPT et il a trouvé que 13% parmi eux avaient une prescription de la quétiapine.

Autres études ont démontré l’efficacité de la quétiapine sur la dépression, particulièrement chez les patients avec des symptômes anxieux (Thase ME et all ). En effet , la quétiapine a l’ autorisation de FDA au traitement des dépressions bipolaires. En plus , Il y’a un intérêt croissant pour le traitement des troubles psychiatriques comorbides des symptômes de l’ ESPT (Mohamed S ; 2008), y compris les symptômes psychotiques (Hamer B ; 2003), Les Cauchemars (Raskind MA ; 2013 ) et la dépression, en plus d'autres comorbidités.

La Quetiapine a un profil pharmacologique unique, en partie par son métabolite norquetiapine, avec une combinaison des effets sur la libération de la sérotonine, la norépinéphrine et la dopamine . Il existe également des preuves que la quétiapine augmente le neuropeptide Y et diminue la CRH dans le LCR, ce qui peut expliquer les effets bénéfiques de la quétiapine sur l’ ESPT , la dépression et l’ Anxiété. Les effets antihistaminergiques peuvent être souhaitables chez cette population pour améliorer le sommeil.

Cette étude est la première à evaluer l’ efficacité de la quétiapine sur l’ ESPT en monothérapie. Ces premiers résultats sont encourageants , mais, nous espérons que d'autres études seront effectuées afin de mieux définir l’intérêt de la quétiapine et autres antipsychotiques atypiques en cas de l’ ESPT.

  • Dr Jaafari Mounir
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 23/12/2016

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