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Effets de la consommation du cannabis sur le comportement humain, y compris les cognitions, la motivation et la psychose: une revue de la littérature


La vague d'initiatives de légalisation et de libéralisation de l'usage de cannabis continue de se propager. Pour consolider le discours politique avec des preuves scientifiques, la littérature a été revue afin d'identifier ce qui est connu et ce qui ne l'est pas quant aux effets de la consommation de cannabis sur le comportement humain, y compris la cognition, la motivation et la psychose.

Est-ce que la consommation de cannabis affecte les capacités cognitives? La consommation de cannabis entraîne une altération aiguë de l'apprentissage et de la mémoire, l'attention et la mémoire de travail, mais il est moins clair si la consommation de cannabis est associée à une déficience durable neuropsychologique.

Les preuves suggèrent que l'ampleur de la déficience neuropsychologique et l'étendue à laquelle elle persiste après l'abstinence peut dépendre de la fréquence et la durée de la consommation de cannabis, la durée de l'abstinence, et l'âge du début de la consommation. Plusieurs études ont montré que plus l'âge de début de la consommation de cannabis est jeune, plus grande est la déficience neuropsychologique qui y est associée.

Les enquêtes de la neuroimagerie d'adolescents et adultes consommateurs de cannabis ont donné des résultats quelque peu contradictoires par rapport à l'existence de modifications structurelles dans les régions cérébelleuses, temporales (amygdale et l'hippocampe), frontales, associées à l'exposition au cannabis.

Il y a aussi des preuves que les consommateurs de cannabis ont une altération de la connectivité neuronale.

Les enquêtes d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle ont suggéré que les utilisateurs de cannabis montrent une activité neuronale altérée aussi bien dans l'état de repos que pendant les tests cognitifs.

Certaines données suggèrent que le cannabidiol, un autre cannabinoïde trouvé dans la plante de cannabis, peut protéger contre certains des effets nocifs du THC sur la cognition.

Des échantillons plus importants sont nécessaires pour les études d'imagerie avec un examen attentif des caractéristiques des participants, y compris l'utilisation concomitante d'alcool et d'autres drogues et la durée de l'abstinence et de consommation de cannabis.

Plus de travaux sont nécessaires pour répondre à la question «À quel âge la consommation de cannabis est la plus dangereuse?" ainsi que pour comprendre la susceptibilité des personnes adultes aux déficiences neuropsychologiques liées à l'usage de cannabis. Cette population qui subit des changements dans la plasticité du cerveau et un déclin cognitif lié à l'âge qui peuvent les rendre plus vulnérables aux effets de la consommation de cannabis.

Est-ce que la consommation de cannabis diminue la motivation?

Il y a à la fois des preuves précliniques et cliniques soutenant l'idée que la consommation de cannabis est associée à un état amotivationnel.

À l'appui de cette théorie, les consommateurs de cannabis présentent une capacité réduite de synthèse de la dopamine au niveau striatal, avec une relation inverse à la motivation. Dans la mesure où la dopamine soutient la motivation, la diminution de sa synthèse pourrait sous-tendre l'état amotivationnel des usagers de cannabis.

De même, les enquêtes basées sur l'imagerie ont objectivé une diminution de la réactivité à la stimulation de la dopamine chez les utilisateurs de cannabis qui a été associée à des réactions émotionnelles négatives et contribuerait également à réduire la participation à des activités non liées à la drogue.

A côté d'un système de dopamine émoussé, l'utilisation chronique importante du cannabis est associée à des changements dans le système endocannabinoïde, y compris les niveaux réduits de anandamide (un ligand endogène pour les récepteurs cannabinoïdes) dans le LCR et des niveaux réduits des récepteurs cannabinoïdes 1 qui sont impliqués selon de nombreuses études dans les effets du cannabis sur la motivation.

Est-ce que la consommation de cannabis augmente le risque de psychose?

Des enquêtes longitudinales montrent une association constante entre la consommation de cannabis chez les adolescents et la psychose. La consommation de cannabis est considérée comme un facteur de risque évitable pour la psychose.

Il existe des preuves physiologiques et épidémiologiques solides soutenant un lien solide entre la consommation de cannabis et la schizophrénie : l'utilisation fréquente ou l'utilisation du cannabis à forte concentration en THC augmente le risque de schizophrénie 6 fois.

De plus, l'utilisation persistante de cannabis après un premier épisode psychotique est associée à un mauvais pronostic.

Bien que l'usage du cannabis puisse avoir cessé depuis longtemps avant l'apparition de la psychose, l'âge auquel la consommation de cannabis commence semble être en corrélation avec l'âge de début de la psychose, ce qui suggère une relation causale avec l'initiation de la psychose qui est indépendante de l'utilisation actuelle.

Il est important de souligner dans ce contexte que la plupart des personnes qui utilisent le cannabis ne développent pas la schizophrénie.

Par conséquent, et du moment que la consommation de cannabis n'est ni nécessaire ni suffisante pour le développement de la schizophrénie, les données disponibles suggèrent que la consommation du cannabis peut déclencher l'apparition d'une maladie psychotique durable chez certaines personnes (probablement les personnes ayant une vulnérabilité génétique), et cette constatation justifie une sérieuse considération du point de vue de la politique de santé publique.

Les individus à risque génétique élevé pour la schizophrénie peuvent être plus susceptibles de consommer du cannabis grâce à un risque génétique partagé pour la schizophrénie et la consommation de cannabis.

Enfin, comme chez les utilisateurs chroniques ou lourds de cannabis, les patients atteints de schizophrénie présentent également des volumes réduits dans l'amygdale et l'hippocampe. Ces changements morphologiques pourraient aider à expliquer l'exacerbation des symptômes observés dans la schizophrénie liée l'usage de cannabis.

  • Dr Amine Haouat
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 27/04/2016

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