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Le dysfonctionnement des neurones Miroirs dans la schizophrénie et ses implications fonctionnelles : Une revue systématique


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Plusieurs textes dans la littérature indiquent que la schizophrénie est un trouble du «cerveau social» (qui est un réseau distribué de systèmes interconnectés qui comprennent à la fois des structures corticales et sous-corticales.)

Les neurones miroirs sont des collections de neurones qui sont conçus pour faire partie du réseau du cerveau social qui se déchargent à la fois pendant l'observation passive et l'exécution active reflétant des actes moteurs dirigées vers un but, offrant ainsi un système qui coordonne l’observation et l'exécution des actions motrices et ainsi l'identification du comportement automatique.

L’activité de ces neurones a été localisée dans le cortex prémoteur ventral, gyrus frontal inférieur, lobule pariétal inférieur et insula.

Dans le contexte des troubles psychiatriques, le dysfonctionnement des neurones miroirs a été étudié surtout dans l’autisme où il existe des déficits sociaux et linguistiques.

Dans ce travail, les auteurs ont fait une revue de la littérature pour voir si les patients atteints de schizophrénie ont des déficiences de l’ANM (activité des neurones miroirs) par rapport aux sujets témoins sains. Ils ont recherché dans la littérature des publications scientifiques sur MEDLINE, PsychINFO et les bases de données de GoogleScholar, et sont arrivé à un consensus pour incorporer 14 études dans cette analyse.

Les 14 études ont été regroupées selon le type de méthode physiologique utilisé au niveau cérébral pour mesurer l’ANM : ceux-ci inclus MEG, EEG, EMG TMS, PET et IRMf.

les études sont examiné de façon critique en termes de caractéristiques des sujets, les méthodes, et les résultats en ce qui concerne les différences entre l’ANM chez les patients et les sujets contrôles, les régions du cerveau dont l’ANM est anormale, l'effet de médicaments et les corrélations cliniques de l’ANM chez les patients.

La taille des échantillons variait de huit à 54, 16 sujets en moyenne dans les groupes de patients et sujets de contrôle.

Le groupe de patients est composé majoritairement de personnes atteintes de schizophrénie. Deux études comprenaient également des patients avec un diagnostic de trouble schizo-affectif.

Une représentation moyenne de 33% de femmes dans les échantillons de l'étude.

L'âge moyen des sujets variait de 32 à 54 ans et la durée moyenne de la maladie variait de 4 à 26 années.

Toutes sauf cinq études, ont rapporté une comparaison de l’analyse de l'activité corticale chez les patients et les sujets sains pendant la condition de contrôle qui consistait à la réalisation de certaines tâches et n'ont trouvé aucune différence significative.

Une seule étude a étudié des patients schizophrènes qui n’ont jamais pris d’antipsychotiques. Deux études ont recruté des patients en arrêt de traitement antipsychotique.les reste des études ont travaillé avec des patients sous traitement.

Une étude avait une conception longitudinale avec une ANM évaluée au départ et 1 mois après le traitement avec les médicaments antipsychotiques et a montré que les déficits de l’ANM persistent après 1 mois de traitement avec des médicaments antipsychotiques, malgré qu'il y ait une amélioration des symptômes.

Deux types de modèles de tâches ont été utilisés pour examiner l’ANM :

• Tâches motrices classiques utilisées par 10 études : Dans ces tâches, une mesure soit de l’activité corticale centrale (par exemple, l'IRMf / EEG / PET) ou périphérique (par exemple, TMS / EMG) qui est enregistrée alors que les sujets observent une action orientée vers un but (des mains, la bouche ou émotion du visage) en rapport avec les conditions de controle (images statiques ou mouvement inanimé). La différence dans l'activité corticale à travers ces deux conditions a donné une mesure de l’ANM.

• Tâches sociales utilisées par 4 études : dans ces tâches, une différence dans l'activité corticale dans des régions potentieles de neurones miroirs pendant une tâche sociale (par exemple, la théorie de l'esprit, traitement des émotions, biais attributionnel, l'imitation) et une tâche de contrôle (par exemple, la lecture à haute voix, visualiser les couleurs, émotions neutres) donnerait une mesure de l'activité dans le système des neurones miroirs.

Toutes Les études analysées, sauf une, ont démontré des différences significatives dans les mesures l’ANM supposée entre patients et sujets sains. La plupart de ces études (n=9) ont démontré une ANM diminuée. Deux ont démontré respectivement soit une ANM augmentée, ou des résultats mitigés (augmentée et diminuée) .Parmi les études montrant plus d’ANM chez les patients, une étude a démontré cela chez les patients ayant une «psychose active» par rapport à ceux qui ont «psychose résiduelle» ou sains .l’ autre étude a rapporté ce résultat chez les «patients ambulatoires stables».

Une seule étude a comparé l’ANM chez les patients sous et sans médicaments antipsychotiques et a constaté que les patients non traités avaient une ANM diminuée significativement par rapport aux patients sous traitement, ainsi que par rapport aux sujets sains de controle.

Parmi les huit études qui ont examiné l'association entre ANM et symptômes, quatre études ont démontré qu'une meilleure ANM a été associée à des symptômes négatifs moindres.une étude a montré qu’une plus grande ANM a été associée à des hallucinations auditives plus sévères. Trois études n’ont trouvé aucune relation significative entre les mesures del’ ANM et les symptômes positifs / négatifs.

Il n'y avait aucune influence spécifique de l'âge, le sexe et la durée de la maladie sur l’ANM.

De ce fait il a été démontré que les patients souffrant de schizophrénie avec un émoussement affectif ont plus de déficiences dans la reconnaissance des émotions que ceux sans émoussement, suggérant le rôle des neurones miroirs pour exprimer ses propres émotions et à reconnaître les émotions chez les autres.

Il ya plusieurs mises en garde importantes tout en interprétant ces résultats :

• les électrodes intracrâniennes de profondeur donnent la preuve la plus définitive / direct de l’ANM. or, toutes les études analysées ont utilisé des mesures moins directes de l’ANM, et pas des enregistrements cellulaires directs.

• la petite taille des échantillons des études.

• La validité de ces tâches dans la détection de l’ANM n’est pas bien examinée.

• si de nombreuses études ont évalué si les sujets étaient attentifs pendant les taches d'observation de l'action, aucune des études n’a mentionné les difficultés potentielles que les sujets auraient rencontrées.

• les associations entre l’ANM et la dimension des symptômes dans ces études transversales doivent être considérés comme préliminaires, nécessitant la réalisation d'études prospectives.

Comme conclusion, la preuve des anomalies du système des neurones miroirs offre des informations supplémentaires dans l'identification critique neuro-anatomique et des altérations neuro-fonctionnelles dans la schizophrénie. C’est une étape cruciale à l'amélioration de notre compréhension de sa base neurobiologique. Les futures études examinant l’ANM dans la schizophrénie peuvent nous rapprocher de l’amélioration de la validité du diagnostic de ce complexe et hétérogène trouble, ainsi que, fournir des objectifs concrets dans la recherche du traitement.

  • Dr Haouat Amine
  • Service de psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 24/10/2014

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