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De la voie familiale aux tentatives de suicide à début précoce, étude prospective sur 5,6 ans


Selon une revue de littérature, des études d'adoption, de jumeaux, et familiales ont montré que le comportement suicidaire a une origine familiale. De plus, le phénotype qui est transmis est une tentative de suicide ou suicide plutôt que des idées suicidaires. Cependant, peu d'études ont porté sur les moyens par lesquels ce comportement a une transmission familiale.

Des études antérieures ont indiqué que la descendance de sujets suicidants avait 4 à 6 fois plus de risque d'une tentative de suicide et que les médiateurs possibles de transmission familiale incluent la transmission intrafamiliale d'agression impulsive, troubles de l'humeur, et de maltraitance à l'enfance. Cependant, ces rapports étaient basés sur des études transversales ou longitudinales de 1-2 ans de suivi avec relativement peu de tentatives de suicide parmi les enfants.

Les tentatives de suicide sont de bons prédicteurs de suicide, une cause majeure de la mortalité de l'adolescent.  Une meilleure connaissance de ces mécanismes pourrait aider à mettre en place des cibles potentielles pour la prévention.

L’objectif de cette étude est d’examiner les mécanismes et les voies par lesquelles le comportement suicidaire est transmis de parent à enfants.

Dans cette étude prospective menée à partir du 15 Juillet 1997, au 21 Juin 2012, un total de 701 descendants de 334 patients souffrant de troubles de l'humeur, dont 191 (57,2%) d'entre eux avaient également fait une tentative de suicide. Les descendants ont été suivis pendant une moyenne de 5,6 (3,8) ans, avec des taux de rétention de 88,6%, 81,7%, 60,1%, 61,1%, et 58,6% de l'échantillon initial à partir de 1 à 5 ans respectivement.

Les participants et leurs descendants ont été évalués de façon séparée par les enquêteurs. L’entretien initial a évalué sur la vie entière les idées et comportements suicidaires, l’agressivité, et les troubles psychiatriques. Les entretiens annuels ultérieurs évaluent les mêmes domaines depuis la dernière fois. Le comportement suicidaire a été évalué à l'aide de « Columbia History

of Suicide Form » et classé comme suit ; idées suicidaires, tentative de suicide, essai interrompu, ou tentative avortée selon l'algorithme de classification pour tentative de suicide. L’Agression a été mesurée en utilisant le «  Brown-Goodwin Lifetime History of Aggression » chez tous les participants. Les troubles de l'Axe I ont été évalués par l'entretien clinique structuré de DSM-IV pour les 18 ans et plus.   Pour les plus jeunes, évaluation actuelle et sur la vie par échelle pour enfants d’âge scolaire “Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia for School-Age Children, Present and Lifetime Version”.

Pour les sujets âgés de 14 ans et plus, versus les plus jeunes, les symptômes dépressifs ont été évalués en utilisant l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI) ou Inventaire de dépression pour enfants. Le désespoir a été évalué par l'échelle de désespoir de Beck ou l’échelle de désespoir pour enfants.

Pour les 18 ans et plus versus les plus jeunes de 18 ans, l'impulsivité a été évaluée par l’échelle d'impulsivité de Barratt ou la sous-échelle de l'impulsivité de « Conners’ Teacher Rating Scale ».

Les événements de vie négatifs durant les 12 derniers mois ont été évalués avec la version abrégée de l’échelle de réajustement social ou la liste de contrôle des Événements de la vie.

Parmi les 701 descendants, 44 (6,3%) avaient fait une tentative de suicide avant de participer à l'étude, et 29 (4,1%) a fait une tentative lors du suivi.

La régression logistique multivariée a révélé que tentative de suicide des parents était un prédicteur de TS chez les enfants. (odds ratio [OR], 4,79; IC 95%, 1,75 à 13,07), même en contrôlant les autres variables saillants de la descendance  : l'histoire de base de trouble de l'humeur (OR, 4,20; IC à 95%, 1,37 à 12,86), l'histoire de base de tentative de suicide (OR, 5,69; IC 95%, 1,94 à 16,74). Ces résultats, révélant un effet direct de la tentative des parents sur la TS de leurs enfants, un fort effet de trouble de l'humeur de la descendance à chaque moment de suivi dans le  temps, et l'agression impulsive comme un précurseur de troubles de l'humeur.

Dans cette étude longitudinale de la transmission familiale de comportement suicidaire, la tentative de suicide parentale a augmenté 5 fois le risque de tentative de suicide  chez les enfants, même après contrôle des antécédents de tentative de suicide chez les descendants et la transmission familiale de trouble de l'humeur. En outre, l’agression impulsive était un précurseur important de trouble de l'humeur chez les descendants, qui à son tour augmente le risque d'une tentative de suicide chez cette population. Les auteurs ont émis l'hypothèse que le comportement suicidaire serait transmis par voie familiale par l'intermédiaire de la transmission de l’agression impulsive.

Ce lien entre l'agression impulsive et l'apparition des troubles de l'humeur est objectivé dans des études longitudinales de jeunes avec déficit de l’attention /hyperactivité, trouble oppositionnel avec provocation, ou des scores élevés de l'irritabilité, dans lesquels l'agression impulsive prédit l'apparition de la dépression et les tentatives de suicide. Bien que la transmission familiale de tentatives se produise indépendamment de la transmission du trouble de l'humeur, cette dernière était aussi une voie importante à l'apparition précoce de comportements suicidaires. Les troubles de l'humeur sont importants chez les adolescents qui tentent ou meurent par suicide.

En conclusion de  cette étude longitudinale, les auteurs ont trouvé que la TS des parents transmet un risque près de 5 fois plus élevé de comportement suicidaire chez les enfants, même en contrôlant la transmission familiale des troubles de l'humeur. L'agressivité impulsive était un précurseur important des troubles de l'humeur et pourrait être ciblée dans les interventions conçues pour empêcher les jeunes à haut risque familial de faire une tentative de suicide.

Pr Chadya Aarab

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 27/02/2015


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