Recherche > Revue de presse > Association entre la fréquentation des services religieux et le faible taux de suicide chez les femmes aux États-Unis

Association entre la fréquentation des services religieux et le faible taux de suicide chez les femmes aux États-Unis


INTRODUCTION

Le suicide est parmi les 10 principales causes de décès aux États-Unis, il est la quatrième cause principale de décès chez les personnes âgées de 18 à 65 ans, et le risque augmente plus tard dans la vie. Malgré l'amélioration de la santé mentale, le taux de suicide aux États-Unis (12 pour 100 000) est à peu près le même qu'il était il y a plus de 100 ans. La plupart des religions du monde interdisent le suicide, et diverses formes de participation religieuse ont été liées à un risque réduit de suicide. La recherche empirique sur le sujet a été mise en évidence en 1897 par le sociologue Emile Durkheim, qui a noté que, en Europe, les taux de suicide sont plus élevés dans les régions protestantes que les régions catholiques. Il a attribué ça à une plus grande intégration religieuse et moins d'autonomie individuelle dans les croyances des catholiques.

Bien qu'il y ait eu de nombreuses études sur l'association entre les différentes formes de participation religieuse et le suicide, la plupart avaient des limites méthodologiques graves. Une seule étude a utilisé des données de cohorte pour examiner l'association entre la fréquentation des services religieux et le suicide, mais il n'a pas été en mesure de contrôler les symptômes dépressifs, qui sont liés à la fois au suicide et à la participation aux services religieux.

Le principal objectif de l'étude publiée le 29 juin 2016 par le journal « JAMA Psychiatry », de l'Association médicale américaine, était d'examiner l'association entre la fréquentation des services religieux et le suicide en utilisant l'étude « Nurses' Health study».

METHODE

La « Nurses' Health Study » a été mise en place aux Etats-Unis en 1976 chez des femmes âgées de 30 à 55 ans et comprenait 121 700 infirmières avec un suivi par auto-questionnaires. Les Informations sur le mode de vie et les antécédents médicaux ont été recueillies tous le 2 ans. Dans cette étude, le suivi du suicide a commencé avec la mesure de la participation aux services religieux en 1996 et a continué jusqu'au suicide, la perte de suivi, ou la fin du suivi en Juin 2010. Les participantes qui sont mortes avant 1996 ou qui n'ont pas répondu au questionnaire (n = 27 122) ou qui avaient des données manquantes par rapport à la fréquentation des services religieux (n = 7246) ont été exclues. L'étude a compris 89 708 participantes. Au cours des 15 ans d'observation, les auteurs ont identifié 36 suicides au cours du suivi. Le questionnaire a demandé, "Combien de fois allez-vous à des réunions ou des services religieux?» Les catégories de réponses comprenaient plus d'une fois par semaine, une fois par s

emaine, 1 à 3 fois par mois, moins une fois par mois, jamais, ou presque jamais.

Plusieurs covariables ont été choisies comme des prédicteurs importants à la fois pour la santé et le suicide, y compris l'âge; le statut d'emploi; les antécédents familiaux de l'alcoolisme; l'indice de masse corporelle; l'activité physique; la consommation de caféine; la consommation d'alcool; le tabagisme ; les symptômes dépressifs ; les antécédents de diabète de type 2, d'hypertension, de cancer, ou de d'hypercholestérolémie ; le revenu de la famille; la région géographique ; la fréquentation de service religieux; et l'intégration sociale.

RESULTATS

Parmi les 89 708 femmes qui ont participé, 17 028 ont assisté plus d'une fois par semaine aux services religieux, 36 488 ont assisté une fois par semaine, 14 548 ont assisté moins d'une fois par semaine; et 21 644 n'ont jamais assisté .la plupart des participantes à l'étude étaient catholiques ou protestantes.

Les femmes qui ont assisté à des services religieux fréquemment étaient moins susceptibles d'utiliser un antidépresseur. Ils étaient également moins susceptibles d'être des fumeuses et plus susceptibles d'être mariées. Il y avait 36 événements de suicide au cours du suivi, avec une incidence de suicide moins avec l'augmentation de la fréquentation des services religieux. Comparativement aux femmes qui ne sont jamais allées à des services religieux, les femmes qui ont assisté à des services religieux une fois par semaine ou plus, en 1996, avaient environ 5 fois plus faible de taux de suicide.

Il a été prouvé que l'association entre la fréquentation des services religieux et le suicide différait entre les catholiques et les protestantes : Les participantes catégorisées comme "catholiques pratiquantes", c'est-à-dire assistant à un service religieux au moins une fois par semaine, se sont particulièrement distinguées, en affichant un taux de suicide cinq fois moins important que les autres. Les protestantes pratiquantes ont également été beaucoup moins enclines à se suicider que les femmes n'assistant pas ou peu aux services religieux. Ces premières ont tout de même eu 7 fois plus de risque de passer à l'acte que les catholiques dévotes. Aucun cas de suicide n'a ainsi été enregistré parmi les 6999 catholiques assistant à plus d'un service religieux par semaine.

DISCUSSION

Dans cette grande cohorte prospective de 89 708 infirmières américaines, les auteurs ont trouvé une association inverse importante entre la fréquentation des services religieux et le risque de suicide. Par rapport aux femmes qui n'avaient jamais fréquenté les services religieux, les femmes qui ont assisté à des services religieux une fois ou plus par semaine avaient 5 fois plus faible risque de suicide; les résultats étaient robustes à travers diverses exclusions, les méthodes d'analyse, et l'analyse de sensibilité.

Pour les auteurs de l'étude, le fait que le suicide soit considéré comme un péché mortel dans la religion catholique joue certainement un rôle dans les résultats. Cet élément n'explique cependant pas la très grande variation du taux de suicide entre les pratiquantes et les non-pratiquantes. Les auteurs estiment ainsi que le fait d'assister aux services religieux constitue une "forme de participation sociale particulièrement significative", qui protège les femmes de la solitude et de l'isolement, deux facteurs fortement impliqués dans la dépression et le suicide.

CONCLUSION

Dans cette grande étude prospective de cohorte des femmes américaines, la fréquentation des services religieux a été associée à un risque de suicide beaucoup plus bas. Ces résultats ne signifient pas que les fournisseurs de soins de santé devraient prescrire la participation aux services religieux. Cependant, la participation aux services religieux pourrait être encouragée comme une forme de participation sociale significative. La religion et la spiritualité sont peut-être des ressources sous-estimées que les psychiatres et les cliniciens pourraient explorer avec certains patients.

Dr Chekira Asmae
Service de psychiatrie
CHU Hassan II Fès
Le 26/08/2016


Affichage Affichages : 454

Recherche