Recherche > Revue de presse > Association entre la consommation continue de cannabis et le risque de rechute au cours du premier épisode psychotique : Une enquête quasi expérimentale au sein d'une étude observationnelle

Association entre la consommation continue de cannabis et le risque de rechute au cours du premier épisode psychotique : Une enquête quasi expérimentale au sein d'une étude observationnelle


La compréhension de la nature de l'association entre l'utilisation du cannabis et les troubles psychotiques est cruciale pour la formulation de politiques de santé fondées sur des données probantes concernant le cannabis, notamment à la lumière des attitudes changeantes du public et de la légalisation vis-à-vis de l'usage du cannabis dans plusieurs États.

L'usage de cannabis se poursuit généralement après l'apparition de la psychose et les preuves méta-analytiques d'études de plus de 16 500 patients suggèrent que l'utilisation continue du cannabis après l'apparition de la psychose est associée à des taux de rechute accrus, à la durée des hospitalisations et à la gravité des symptômes psychotiques.

Cependant, des questions méthodologiques persistent, y compris la crainte que l'association entre l'utilisation du cannabis et la rechute de la psychose puisse refléter l'effet d'un risque génétique et environnemental partagé et la possibilité d'une causalité inversée (c'est-à-dire la psychose qui conduit au cannabis).

Méthodologie :

Objectif : Examiner la nature précise de l'association entre la consommation continue de cannabis après le début de la psychose et le risque de rechute de la psychose.

Les patients ayant eu un premier épisode psychotique, âgés de 18 à 65 ans; ont été recrutés par l'équipe de l'étude auprès des services locaux d'intervention précoce (milieu communautaire) pour les psychoses et les unités d'adultes hospitalisés du Sud de Londres et autres régions du 12 avril 2002 au 26 juillet 2013.

Les patients ont été évalués deux fois dans le cadre de l’étude, la première évaluation étant proche de l'apparition de la maladie. L'évaluation de suivi consistait en une entrevue en personne ou par téléphone au moins 2 ans après le début de la maladie psychotique.

Les participants ont été classés en fonction de leur type de consommation déclarée de cannabis après l'installation du trouble psychotique, en évaluant l'usage du cannabis au cours de la première année après le début (Ct1) et l'utilisation du cannabis au cours de la deuxième année après apparition (Ct2).

La rechute a été définie comme l'admission dans une unité hospitalière psychiatrique en raison de l'exacerbation des symptômes de la psychose au cours de la première année (Rt1) et de la deuxième année (Rt2) après la première présentation de la psychose.

L’analyse repose sur l’estimation de la probabilité de la rechute au cours des périodes où un individu est exposé à une consommation de cannabis par rapport à une période où le même individu n'est pas exposé à ce facteur de risque.

Résultats :

Un total de 220 patients avec un premier épisode psychotique ont été inclus dans l'analyse : 90 femmes [40,9%] et 130 hommes [59,1%].

Lorsque les différents groupes ont été comparés en fonction de leurs habitudes d'utilisation du cannabis (non utilisateurs vs utilisateurs intermittents vs utilisateurs continus), il est apparu qu'ils différaient significativement dans l'âge au début de leur psychose : 29.52 vs 28.79 vs 25.44 années respectivement.

En ce qui concerne les résultats, les différents groupes d'utilisation de cannabis (non-utilisateurs vs utilisateurs intermittents vs utilisateurs continus dans les 2 ans après le début) étaient significativement différents en ce qui concerne le risque de rechute (43 [28,5%] vs 9 [36,0%] vs 26 [59,1 %] de rechute respectivement).

De plus, les groupes d'utilisation du cannabis différaient significativement en ce qui concerne le niveau d'adhésion aux médicaments (72 [47,7%] vs 8 [32,0%] vs 9 [20,5%] classés comme totalement adhérents respectivement).

De même, le degré d'autres usages de drogues illicites (autres que le cannabis) était différent entre les groupes d'utilisation de cannabis (6 [4,0%] vs 3 [12,0%] vs 12 [27,3%] déclarant un usage régulier, respectivement) ce qui indique que ceux qui ont continué à consommer du cannabis ont également utilisé d'autres drogues illicites plus fréquemment pendant les 2 années qui suivent le début de la psychose.

L'analyse a révélé que le risque de rechute était plus élevé au cours de l'année où le cannabis a été utilisé par rapport à l'année au cours de laquelle le cannabis n'a pas été utilisé.

Discussion :

Cette étude a permis de comparer les périodes d'utilisation avec les périodes de non-utilisation chez un même individu, ce qui signifie que cette association ne peut être expliquée par des facteurs de confusion prémorbides stables tels que la vulnérabilité familiale et génétique partagée, les caractéristiques de prédisposition de la personnalité, La psychose, le traumatisme de l'enfance, l'émotion exprimée, ou l'histoire de consommation de cannabis avant le début de la psychose.

En outre, les changements dans le statut d'utilisation du cannabis (utilisateur ou non) et le profil de la consommation du cannabis au fil du temps (continue ou intermittente) étaient liés aux rechutes indépendamment des effets d'autres facteurs de confusion potentiels qui varient au fil du temps, comme l'adhésion aux médicaments et l’usage d'autres drogues illicites.

Ces résultats indiquent que l'association trouvée ici est peu susceptible de résulter d'une vulnérabilité génétique sous-jacente et environnementale partagée par l'utilisation du cannabis et la rechute psychotique.

Les résultats sont en accord avec des recherches antérieures qui ont rapporté que le changement dans le statut d'utilisation du cannabis (du non-utilisateur à l'utilisateur) était lié au changement dans la gravité des symptômes de la psychose.

Les constatations de ce travail confirment des données antérieures selon lesquelles la durée d'exposition depuis la première consommation de cannabis était significativement liée au risque de psychose chez des sujets précédemment en bonne santé.

Les résultats indiquent également que l'usage continu de cannabis après l'apparition de la psychose est prédictif de rechutes ultérieures et non le contraire.

Certaines limitations, telles que l'évaluation rétrospective de l'usage du cannabis basée uniquement sur l'auto-évaluation, le manque de données sur d'autres prédicteurs ou modérateurs potentiels (la durée de la psychose non traitée, la gravité de l'apparition de la maladie, l'âge au début de la psychose et la consommation prémorbide de cannabis), doivent être pris en considération lors de l'interprétation de ces résultats. On n’a pas non plus tenu compte des résultats liés à la rechute autres que l'hospitalisation. Cependant, ces limites ne risquent pas d'influer sur l'orientation de ces résultats.

  • Dr Amine Haouat
  • Service d e psychiatrie
  • CHU Hassan II Fès
  • Le 23/12/2016

Affichage Affichages : 467

Recherche