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Violence durant l’enfance et expériences psychotiques à l'âge adulte : résultats d'une étude longitudinale sur une période de 35 ans


The Britch Journal of Psychiatry. March 2019

 

INTRODUCTION

Les expériences psychotiques des hallucinations et les expériences délirantes sont courantes dans la population générale. Leurs taux sont considérablement plus élevés que ceux des troubles psychotiques. Des méta-analyses ont montré que l'exposition à la violence durant l’enfance est associée à un risque accru de 76% d'expériences psychotiques et à un risque accru de psychose. L’exposition à l'abus sexuel durant l'enfance étant particulièrement associée aux symptômes de perceptions anormales, alors que l'abus physique durant l'enfance est accompagné de symptômes de pensées psychotiques.

La relation entre l'abus sexuel (SA), l'abus physique (PA) et les expériences psychotiques est complexe. Le SA et le PA coexistent souvent et sont associées à des facteurs de risque confondants qui reflètent une autre exposition environnementale. Il existe également des associations établies entre les expériences psychotiques et les troubles de la santé mentale survenant simultanément avec des expériences psychotiques, ce qui suggère que ces facteurs peuvent faire le lien entre la violence et les expériences psychotiques de l’enfance.

 

Les auteurs ont mis comme objectifs d’examiner la relation entre l'abus sexuel et physique durant l'enfance et les expériences psychotiques à l'âge adulte en tenant compte de facteurs de confusion potentiels et de covariables dynamiques dans le temps.

 

METHODES

Les données proviennent d'une cohorte de 1265 participants étudiés de la naissance à 35 ans. À 18 et 21 ans, les membres de la cohorte ont été interrogés sur les abus sexuels et physiques subis durant leur enfance. À l’âge de 30 et 35 ans, ils ont été interrogés sur des expériences psychotiques (symptômes d'une pensée ou/et d'une perception anormales). Les modèles d'équation d'estimation généralisés ont étudié la co-variation du lien entre l'exposition à la maltraitance et les expériences psychotiques, y compris les facteurs confondants potentiels dans l'enfance (le niveau socioéconomique, fonctionnement familial défavorable) et les facteurs covariants temporels (santé mentale, toxicomanie et stress de la vie).

 

RESULTATS ET DISCUSSION

L’étude rapporte que ceux qui ont été exposés à des niveaux sévères de la SA (mais pas la PA) ont signalé des expériences psychotiques plus fréquentes que celles sans SA ou moins graves. Cette association ne peut être entièrement expliquée par des facteurs de confusion ou des facteurs de co-variabilité dynamique temporel.

 Après contrôle des facteurs de covariabilité confusionnels et dynamiques temporels, les taux de perception anormale et de symptômes de pensée anormaux étaient respectivement 4,1 et 2,2 fois plus élevés que ceux sans exposition au SA.

Cette étude est la première à examiner cette association en utilisant un plan longitudinal, tout en étudiant l'impact des facteurs covariants confondants et dynamiques dans le temps.

Elle a montré que l'exposition au SA était associée à un grand nombre de facteurs de confusion individuels et à ceux associés à un mauvais niveau sociodémographique et à une perturbation du fonctionnement de la famille.

Elle a montré que ceux qui déclaraient des taux plus élevés d'expériences psychotiques étaient plus susceptibles de présenter des troubles de la santé mentale et de toxicomanie, et de signaler des niveaux plus élevés de stress de la vie et d'exposition au chômage.

Des études antérieures ont rapporté des résultats similaires et ont noté les associations bidirectionnelles entre les expériences psychotiques et les troubles mentaux,

En fait, il n’y avait aucune preuve d’une différence statistiquement significative entre les taux d’expériences psychotiques entre le groupe « certaines expositions » et le groupe « sans exposition ». L’association entre SA et expériences psychotiques étant particulièrement forte lorsqu'il s'agissait de relations sexuelles.

Bien que des associations entre la PA et les expériences psychotiques aient été observées, elles ont été expliquées par des facteurs de confusion et une covariation temporelle découlant de troubles concomitants de la santé mentale, de la toxicomanie et d'événements de vie.

Ces résultats contredisent les études précédentes qui avaient montré une association significative entre l'exposition au PA et des expériences psychotiques.

Ils ont suggéré que ces différences s'expliquent par la qualité de la conception de cette étude, qui contrôle un large éventail de facteurs de confusion.

Les efforts visant à réduire l'exposition au SA et à fournir un traitement efficace aux personnes exposées restent un problème de santé publique essentiel. En outre, comprendre le fondement étiologique de ces symptômes pourraient aider à orienter le traitement, car, bien que les médicaments antipsychotiques soient un traitement efficace contre les principaux troubles psychotiques, leur évidence en tant que traitement des expériences psychotiques chez les personnes ne présentant pas de trouble psychotique est beaucoup moins claire.

 

CONCLUSION

Les résultats indiquent que l'exposition à des abus sexuels graves (mais non physiques) durant l'enfance est indépendamment associée à un risque accru d'expériences psychotiques à l'âge adulte (en particulier des symptômes de perception anormale) et que cette association n'a pas pu être pleinement expliquée par des facteurs co-variables confus ou dynamiques  temporels.

Dr Zakaria Hammani

CHU Hassan II Fès

Le 30/03/2019


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