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Psychothérapie assistée par la 3,4-méthylène-dioxyméthamphétamine (MDMA) pour l’état de stress post-traumatique chez les vétérans militaires, les pompiers et les policiers: une étude randomisée, en double aveugle et dose-réponse


Introduction :

L’état de stress post-traumatique (ESPT) est répandu chez les militaires dont beaucoup ne répondent pas aux traitements actuellement disponibles. Une approche pour développer une psychothérapie plus efficace consiste à administrer un médicament pendant les sessions de psychothérapie destinées à catalyser le processus psychothérapeutique. La 3,4-méthylènedioxyméthamphétamine (MDMA) s'est révélée prometteuse en tant qu'adjuvant psychothérapeutique. Deux essais cliniques publiés sur la psychothérapie assistée par MDMA ont montré des bons résultats.

Cette étude a visé  l’évaluation de  l'efficacité et de l'innocuité de la psychothérapie assistée par la MDMA pour le traitement d’ESPT chronique chez les anciens combattants militaires, les pompiers et les agents de police.

Méthodes

Les chercheurs avaient réalisé un essai randomisé, en double aveugle, dose-réponse dans une clinique psychiatrique ambulatoire aux États-Unis. Ils ont  inclus le personnel de service âgé de 18 ans ou plus, ayant un ESPT chronique de 6 mois ou plus avec un score total de 50 ou plus sur l'échelle d’ESPT (CAPS-IV).

Les  sujets ont suivi un protocole strictement encadré. Après trois premières séances de psychothérapie d'une heure et demie chacune pour établir une alliance thérapeutique et préparer les participants à l'expérience MDMA. Trois doses différentes de MDMA ont été administrées : 30, 75 ou 125 mg, le tout en deux séances, de huit heures chacune. Ni les médecins ni les patients ne savaient quelle dose ils prenaient. Ils ont ensuite été suivis pendant les 12 mois suivants : une nuit en observation, une semaine d'entretiens téléphoniques et de trois séances de psychothérapie de 90 minutes.

 

Les participants des groupes recevant 30 mg et 75 mg ont ensuite suivi trois séances de psychothérapie assistée par MDMA de 100 à 125 mg dans un croisement ouvert, et tous les participants ont été évalués 12 mois après la dernière session de la MDMA. L'innocuité a été surveillée au moyen d'événements indésirables, de réactions spontanées signalées spontanément, de signes vitaux et d'idées et de comportements suicidaires.

Résultats

Entre le 10 novembre 2010 et le 29 janvier 2015, 26 anciens combattants et premiers répondants ont satisfait aux critères d'admissibilité et ont été assignés au hasard à recevoir 30 mg (n = 7), 75 mg (n = 7) ou 125 mg (n = 12) de MDMA plus psychothérapie. Le résultat principal était le changement moyen du score total de CAPS-IV entre le début de l'étude et un mois après la deuxième session expérimentale.

Les groupes de 75 mg et 125 mg présentaient des diminutions significativement plus importantes de la sévérité des symptômes de l’ESPT (variation moyenne des scores totaux CAPS-IV de -58,3 [SD 9,8] et de -44,3 [28,7]; p = 0,001) que le groupe 30 mg (-11,4 [12,7]). Comparativement au groupe traité à 30 mg, les effets de Cohen étaient importants: 2, 8 pour le groupe 75 mg et 1,1 pour le groupe 125 mg. Dans le cadre d'un croisement ouvert avec de la MDMA à pleine dose (100-125 mg), la sévérité des symptômes de l’ESPT  a diminué significativement dans le groupe ayant déjà reçu 30 mg (p = 0,01), alors qu'aucune autre diminution significative n'a été observée dans le groupe ayant déjà obtenu une réponse importante après des doses de 75 mg.

Les symptômes du SSPT étaient significativement réduits lors des 12 mois suivant par rapport au départ, après que tous les groupes aient reçu la dose complète de MDMA (score total CAPS-IV moyen de 38,8 [SD 28,1] vs 87,1 [16,1]; <0 · 0001).

Le traitement a été bien toléré. 85 événements indésirables ont été rapportés par 20 participants pendant l'étude, dont quatre (5%) sont survenus avant l'administration du MDMA. Quatre (5%) des 85 événements indésirables étaient graves: trois ont été jugés non liés et un pourrait être lié au MDMA. Les événements indésirables graves non liés au MDMA étaient l’idéation suicidaire en réponse à des événements de la vie, la dépression majeure (même participant) et une appendicite. Un participant qui avait présenté une contraction ventriculaire prématurée au départ a développé une augmentation aiguë des contractions ventriculaires prématurées au cours de la troisième séance.

Discussion

Des doses actives (75 mg et 125 mg) de MDMA avec psychothérapie d'appoint dans un milieu contrôlé ont été efficaces et bien tolérées pour réduire les symptômes de L’ESPT  chez les vétérans et les policiers. D'après les chercheurs, les patients ayant pris les doses les plus fortes ont vu leurs symptômes de stress post-traumatique se réduire davantage. Ainsi, alors que les sujets avaient un score moyen au CAPS-IV (indicateur officiel de l'ESPT) de 87,4 points, ce dernier a diminué de 11 points dans le groupe contrôle prenant 30mg de MDMA par jour, de 58 points dans le groupe prenant 75mg/jour, et de 44 points pour ceux dont la dose quotidienne était de 125mg/jour.

Cet essai fournit d'autres preuves que la psychothérapie assistée par MDMA peut être utilisée de manière sûre et efficace pour le traitement des patients souffrant d’ESPT chronique. Cette nouvelle approche de la pharmacothérapie offre un moyen d'accélération du processus thérapeutique avec un composé psychoactif à action brève administré seulement quelques fois à des intervalles mensuels en conjonction avec un cours de psychothérapie conçu pour maximiser la sécurité et l'efficacité de l'administration de médicaments. Des résultats d'efficacité et d'innocuité de phase 2 prometteurs ont été démontrés dans six études. Si les résultats sont validés dans les essais cliniques de phase 3 de MAPS, qui devraient débuter en 2018, la psychothérapie assistée par MDMA pourrait devenir une option de traitement viable approuvée par la FDA d'ici 2021.

 

Dr Asma Chekira

Service  de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 30/06/2018

 


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