Recherche > Revue de presse > Mortalité et automutilation en association avec la clozapine dans la schizophrénie résistante

Mortalité et automutilation en association avec la clozapine dans la schizophrénie résistante


Introduction 

La clozapine est le traitement antipsychotique le plus efficace dans la schizophrénie résistante. Un taux excessif de mortalité précoce dans la schizophrénie a été démontré dans plusieurs études, avec une augmentation des taux de causes à la fois naturelles et non naturelles de la mort.

La mortalité associée à un traitement antipsychotique - en particulier la clozapine - a été largement étudiée au cours des dernières décennies. Plusieurs études ont conclu que la clozapine était associée à un taux de mortalité toutes causes confondues inférieur aux cas sans antipsychotiques ou avec des antipsychotiques de première génération. D'autres études n'ont pas trouvé de différence significative dans la mortalité toutes causes confondues entre la clozapine et l'halopéridol ou d'autres antipsychotiques. La clozapine s'est avérée associée à un risque plus faible de suicide et de tentatives de suicide. Le but de la présente étude était d'évaluer les taux de mortalité toutes causes confondues et d'automutilation en association avec le traitement par la clozapine chez des sujets atteints de schizophrénie résistante.

Méthode :

Une étude cohorte a été menée et comprenait tous les individus nés au Danemark après le 1er janvier 1955 avec un premier diagnostic de schizophrénie à 18 ans ou plus et répondant aux critères de résistance au traitement avant le 1er juin 2013. Les informations sur les médicaments ont été extraites du registre de prescription national danois où toutes les ordonnances de médicaments pour les patients externes ont été enregistrées depuis 1995. Les informations sur les dates d'admission et les diagnostics ont été obtenus du registre national des patients danois  et du registre central de recherche psychiatrique danois.

Résultats :

Les chercheurs ont identifié 2 370 personnes qui répondaient aux critères de la schizophrénie résistante. 45,8% étaient des femmes, l'âge médian était de 30,1 ans (24,8-37,3). Au total, 158 (6,7%) sont décédés et 602 (25,4%) ont eu au moins un épisode d'automutilation enregistré pendant le suivi. Au cours du suivi, 1 372 personnes (58%) atteintes de schizophrénie résistante ont initié la clozapine. Les utilisateurs de clozapine étaient plus jeunes et environ 916 étaient hospitalisé dans un hôpital psychiatrique au cours de l'année précédente.

Le taux de mortalité, toutes causes confondues, était plus élevé chez les patients ne recevant pas de clozapine que chez ceux traités par la clozapine (hasard ratio: 1,88, intervalle de confiance à 95% [IC]: 1,16-3,05). Ceci est principalement attribuable à des périodes sans traitement antipsychotique (hasard ratio: 2,50, IC à 95%: 1,50 à 4,17), avec une mortalité non significativement plus élevé au cours du traitement avec les autres antipsychotiques. Une surmortalité a été observée dans l'année suivant l'arrêt de la clozapine (hazard ratio: 2,65, IC 95%: 1,47-4,78). Le taux d'automutilation était plus élevé avec les antipsychotiques or clozapine que pour la clozapine (hazard ratio: 1,36, IC à 95%: 1,04-1,78).

Discussion :

Cette étude a démontré que le traitement par la clozapine dans la schizophrénie résistante était associé à un taux de mortalité toutes causes confondues nettement inférieur à celui sans traitement antipsychotique, et que la mortalité augmentait après l'arrêt de la clozapine ce qui concorde avec les résultats de plusieurs études antérieures. De plus, un taux d'automutilation significativement plus faible a été observé durant le traitement par la clozapine par rapport aux autres antipsychotiques durant le traitement de la schizophrénie résistante. La recherche indique un effet protecteur potentiel de la clozapine par rapport à d'autres antipsychotiques (surtout en monothérapie) mais les résultats n'étaient pas statistiquement significatifs. D'autres études ont démontré un risque significativement plus faible de décès ou de suicide chez les utilisateurs de clozapine, même par rapport aux patients prenant d'autres antipsychotiques de deuxième génération.  Plus de preuves sont nécessaires pour explorer davantage si les stratégies de traitement utilisant des antipsychotiques autres que la clozapine dans la schizophrénie résistante au traitement pourraient augmenter le risque d'automutilation.

Les chercheurs ont constaté que la mortalité était augmentée après l'arrêt du traitement par la clozapine, sans qu’ils puissent savoir si la gravité de la maladie (mentale ou somatique) a provoqué l'arrêt ou l'inverse. Les effets secondaires et les décès ont été rapportés comme les raisons les plus fréquentes de l'arrêt du traitement dans autres études. Une étude a montré que les réactions indésirables au médicament représentaient plus de la moitié des causes d’interruptions de la clozapine, la sédation étant clairement la plus fréquente, suivie par la neutropénie et la tachycardie.

Dans la présente étude, le nombre de décès dans l'année suivant l'arrêt de la clozapine n'était pas suffisant pour stratifier les analyses selon différentes causes de décès.

Conclusion :

Les résultats démontrent un taux de mortalité près de deux fois plus élevé chez les personnes ayant une schizophrénie résistante et non traitées par la clozapine que chez les personnes traitées par la clozapine. En outre, les résultats suggèrent un effet protecteur de la clozapine dans la prévention de l'automutilation par rapport aux autres antipsychotiques, mais aucun effet n'a été observé lorsque le traitement par la clozapine était comparé à l'absence d'utilisation d'antipsychotiques. Il reste à déterminer dans quelle mesure le taux de surmortalité observé après l'arrêt de la clozapine est dû aux effets secondaires de l'exposition récente à la clozapine, aux facteurs non observés ou à l'arrêt de la clozapine. Cette étude suggère que l'arrêt de la clozapine nécessite plus d'attention avec une évaluation approfondie et une surveillance du patient.

 

Dr Chekira Asmae

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 31/10/2017


Affichage Affichages : 341

Recherche