Recherche > Revue de presse > Morbidité et mortalité associées aux médicaments utilisés dans le traitement de la dépression: analyse des cas reportés dans les centres antipoison des États-Unis entre 2000 et 2014

Morbidité et mortalité associées aux médicaments utilisés dans le traitement de la dépression: analyse des cas reportés dans les centres antipoison des États-Unis entre 2000 et 2014


 

The American Journal of Psychiatry Volume 174, Issue 5, May 01, 2017

 

Introduction

Le suicide par un surdosage médicamenteux est un problème dont l’ampleur est croissante aux États-Unis. La présence du trouble dépressif (le syndrome dépressif majeur, la dysthymie et la dépression bipolaire) est associée à un risque plus important de passage à l'acte suicidaire. En plus, les médicaments prescrits peuvent devenir un moyen pour une tentative de suicide sérieuse surtout dans un cadre impulsive.

La morbidité et la mortalité liées aux antidépresseurs (AD) tricycliques ont été reconnues peu de temps après leurs apparition. Après l’introduction des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), il semblait qu'ils étaient moins dangereux en cas de surdosage, et les décès associés à cette classe d’antidépresseurs étaient souvent attribués à l'ingestion d'agents multiples. Néanmoins, quelque études suggèrent que certains AD de la deuxième génération, notamment le Citalopram, la Venlafaxine et le Bupropion, ainsi que certains antipsychotiques, pourraient être plus dangereux en cas de surdosage. Les risques comparatifs de la morbidité et de la mortalité des antidépresseurs de la deuxième génération, des antipsychotiques atypiques, du lithium et des anticonvulsivants n'ont pas été aussi bien décrits et n’ont pas reçus autant d'attention que les tricycliques.

Les objectifs de cette étude étaient d'examiner la morbidité et la mortalité relatives des médicaments utilisés pour traiter la dépression et d’analyser les effets cliniques spécifiques dans les cas sérieux.

Méthodes

Cette étude a été réalisée sur les cas d’exposition à un médicament chez les personnes âgées de plus de 12 ans pendant la période entre 2000 et 2014. Et ce, au niveau du NPDS « National Poison Data System » qui reçoit des rapports d'exposition provenant des centres antipoison régionaux des États-Unis, Porto Rico et le district de Columbia (Washington). Les expositions ont inclus des tentatives de suicide présumées, mais aussi d'autres raisons telles que des événements indésirables inattendus, des erreurs thérapeutiques ou d'autres formes de mauvais usage intentionnel ou involontaire. 46 médicaments  ont été étudiés dont des antidépresseurs, des antipsychotiques atypiques (aripiprazole, lurasidone, olanzapine, rispéridone, la ziprasidone et quetiapine), des anticonvulsivants (la carbamazépine, la lamotrigine, l'oxcarbazépine et l'acide valproïque), deux produits combinés (perphenazine / amitriptyline et olanzapine / fluoxetine), des benzodiazépines, le buspirone, le prégabaline, la gabapentine et le lithium.

 Les chercheurs ont calculé deux indices reflétant la gravité de l'exposition: indice de morbidité (le nombre de conséquences morbides sérieuses pour 1 000 expositions) et indice de mortalité (nombre de cas de décès par 10 000 expositions).

Seules les expositions à un seul médicament ont été incluses pour permettre l'attribution des conséquences cliniques à des médicaments spécifiques et pour faciliter la comparaison entre les médicaments. Les conséquences sont classées comme mortels, majeurs, modérés ou moins sérieux.

Résultats

Au cours de la période d'étude de 15 ans, il y avait 962 222 expositions à une seule molécule médicamenteuse. L'âge moyen des cas étudiés était de 35,8 ans et 62,8% étaient des femmes. Le suicide soupçonné a été le motif dans 51,4% de toutes les expositions, dans 66,9% des expositions ayant des conséquences sérieux et dans 74,1% des cas présentant des conséquences mortelles. Le nombre de cas ayant des sérieuses conséquences a augmenté de 2,26 fois de façon linéaire entre 2000 et 2014. L’augmentation des intoxications médicamenteuses n'est pas corrélée dans cette étude par la croissance de la population. Comme prévu, les antidépresseurs tricycliques et les IMAO ont le taux de morbidité et de mortalité le plus élevé parmi les autres médicaments traitant la dépression.

Pour les antidépresseurs  de 2éme génération, le bupropion avait  la morbidité la plus élevée suivi par le Citalopram, la venlafaxine puis la sertraline. Pour l’indice de mortalité, le bupropion et la venlafaxine présentaient le taux le plus élevé, suivi par le citalopram et la sertraline. Ces résultats ont confirmé l’étude de White et al.qui a jugé que le citalopram, le venlafaxine et le bupropion étaient les AD de 2éme génération les plus dangereux.

Concernant les antipsychotiques atypiques, L'olanzapine et la quétiapine ont des taux de morbidité plus élevés. L'olanzapine, la quétiapine et la ziprasidone ont des taux de mortalité plus élevés. Les problèmes de conduction cardiaque étaient plus fréquents avec l'olanzapine et la ziprasidone. La dépression respiratoire était plus fréquente avec l'olanzapine et la quétiapine.

Parmi les anticonvulsivants, la carbamazépine présente l'indice de morbidité le plus élevé, qui est semblable à celui de l'olanzapine et de la quétiapine et à deux fois celles des autres anticonvulsivants. L'acide valproïque et la carbamazépine ont des indices de mortalité modérément élevés, semblables à ceux de l'olanzapine et de la quétiapine. Les indices de mortalité pour la lamotrigine et l'oxcarbazépine ont de larges intervalles de confiance qui limitent les estimations précises.

Conclusion

Les conséquences graves après un surdosage ou des expositions non intentionnelles aux médicaments utilisés pour traiter la dépression ont considérablement augmenté au cours des 15 dernières années. En outre, ces risques sont susceptibles d'être amplifiés chez les patients présentant une exposition à de multiples médicaments, surtout lorsque ces derniers ont des effets cliniques similaires, tels que les troubles du rythme cardiaque, les convulsions et la dépression respiratoire..

Dr Asmae Chekira

                                                                                   Service de psychiatrie

                                                                                   CHU Hassan-II Fès

Le 26/05/2017


Affichage Affichages : 353

Recherche