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Le risque d’être victime d’un acte criminel chez les malades mentaux : Une étude du registre national danois


Introduction

 

Les personnes atteintes d’une maladie mentale sont plus susceptibles d’avoir  un contact avec le système de justice. La recherche à ce jour s'est davantage concentrée sur l'association entre la maladie mentale et un risque élevé de commettre un crime, que sur la vulnérabilité accrue d’être  victime  d’un crime violent ou non-violent.

Méthodes

Dans cette étude de cohorte danoise, les auteurs ont examiné pour la première fois dans un registre de la population danoise l'incidence de tous les types d'infractions criminelles et les crimes violents séparément, dont les malades mentaux étaient victimes après l'apparition de la maladie mentale.

Cette étude de cohorte nationale (N = 2 058 063) était composée de toutes les personnes nées au Danemark entre 1965 et 1998, et qui étaient vivantes jusqu’à l’âge de 15 ans.

Le système d'enregistrement civil contient le numéro d'identification personnel, le sexe, la date et le lieu de naissance, le statut vital et les numéros d'identification personnels des parents.

Les données sur les personnes exposées aux infractions pénales signalées au Danemark ont été extraites du système administratif de la police nationale, disponible à partir de 2001 et comprenant des données sur toutes les infractions signalées à la police, y compris celles qui n'ont pas fait l’objet de poursuite judicaire.

Ils ont inclus les agressions physiques et  sexuelles. Pour les vols, les menaces de violences, la violence simple, ils ont été examinés séparément de la violence sévère et en relation avec la présence ou l’absence d’un trouble mental.

L'information sur la maladie mentale a été obtenue du registre central de recherche psychiatrique, qui contient les données sur toutes les admissions dans les hôpitaux psychiatriques depuis 1969, et toutes les consultations externes  et les visites au service des urgences depuis 1995. Les diagnostics ont été assignés sur la base de la classification internationale des maladies (CIM). Bien que des études systématiques validant tous les diagnostics présentés dans cette étude ne soient pas disponibles, plusieurs diagnostics clés ( schizophrénie, démence, troubles affectifs, troubles dépressifs) ont été validés, avec des résultats rassurants. Il convient de noter que tous les diagnostics ont été faits par un clinicien traitant et souvent sur la base d'une période d'observation clinique plutôt que d'un seul entretien clinique. Le recours à de tels diagnostics cliniquement déterminés permet de généraliser plus facilement les résultats aux contextes cliniques, où les entretiens diagnostiques structurés sont rarement utilisés.

Tous les membres de la cohorte ont été suivis depuis 2001 ou depuis l’âge de 15 ans,  jusqu'à leur premier crime, décès ou émigration. La date de fin du suivi était fixée au 31 décembre 2013.

Cette étude de cohorte longitudinale nationale a été analysée en utilisant la régression de Poisson avec la procédure GENMOD (SAS, version 9.1.4, SAS Institute Inc).

 

Résultats et discussion

Dans une cohorte totale de 2 058 063 (48,7% d'hommes et 51,3% de femmes), le ratio du taux d'incidence ajusté d’être victime  d’un crime associé à un trouble mental était 1,49 pour les hommes (IC à 95%, 1,46-1,51) et 1,64 pour les femmes (95 % CI, 1,61-1,66).  Le ratio du  taux d’incidence d’être victime à un crime violent était le plus élevé, atteignant 1,76 pour les hommes (IC à 95%, 1,72-1,80)  et 2,72 pour les femmes (IC à 95%, 2,65-2,79).

Les associations les plus significatives concernaient les personnes diagnostiquées comme ayant des troubles liés à l'utilisation de substances et des troubles de la personnalité, mais une élévation significative du risque d’être victime d’un crime a été observée  dans presque tous les groupes diagnostiques examinés.

Il s'agit de la première étude dans la littérature à établir systématiquement à l'échelle nationale, l'incidence d'une infraction criminelle et de la perpétration des crimes violents séparément, après l'apparition d'une maladie mentale dans l'ensemble des diagnostics psychiatriques.

Des preuves ont émergé pour indiquer que le risque d'être victime peut être plus grand  que le risque de perpétration chez les personnes atteintes de maladie mentale. Il a également été reconnu depuis longtemps que le fait d'être soumis à un acte criminel joue un rôle étiologique important dans le développement de la maladie mentale, et en particulier les traumatismes et les abus précoces. Cependant, moins d'attention a été accordée  à la vulnérabilité élevée face à la violence des patients présentant une maladie mentale.

Ces résultats sont largement en accord avec la littérature, en démontrant que la vulnérabilité accrue à la criminalité y compris les crimes violents, s'étend à ceux  qui se présentent à la police après l’apparition de la maladie mentale. Dans cette étude portant sur plus de 2 millions de personnes, les auteurs ont objectivé que les patients présentant  une maladie mentale sont plus victime de criminalité que la population générale.

Pour ceux qui sont en contact avec le système de justice pénale, l'identification des besoins en matière de santé mentale, le soutien et le traitement sont offerts presque exclusivement aux délinquants. Ces résultats peuvent contribuer aux efforts visant à corriger les idées fausses du public sur la maladie mentale, souvent alimentées par des reportages médiatiques sélectifs et péjoratifs, dans le but ultime de réduire la stigmatisation.

Actuellement, Il manque des preuves solides pour guider l'élaboration des stratégies de prévention, y compris des initiatives visant à améliorer l'expérience des personnes atteintes de maladie mentale qui déclarent être victime d’un crime et demandent  par la suite justice.

Conclusion

Ces  résultats soulignent le besoin de recherches plus approfondies pour déterminer pourquoi certaines personnes atteintes des maladies mentales sont particulièrement vulnérables à la criminalité (toxicomanie et troubles de la personnalité), et pour développer des stratégies d’interventions et de préventions efficaces.

 

                                                                                                          Dr Ouazzani Youssef

                                                                                                          Service de Psychiatrie

                                                                                                          CHU Hassan II Fès

Le 22/07/2018

 


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