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La poursuite des antipsychotiques atypiques durant la première moitié de la grossesse et risque de diabète gestationnel


Le diabète  gestationnel est une complication de la grossesse, définie comme une intolérance aux glucides  apparue ou découverte pendant la grossesse. Elle peut entraîner des complications, telles que la pré-éclampsie, l'accouchement par césarienne, l'hypoglycémie néonatale et la macrosomie.

En 2010, la prévalence estimée du diabète gestationnel aux États-Unis variait entre 4,6% et 9,2%, et Jusqu'à 50% des femmes atteintes de diabète gestationnel développent un diabète sucré de type 2 dans les décennies qui suivent la grossesse, et un risque  sept fois supérieur à celui des femmes sans diabète gestationnel.

De nombreux facteurs de risque du diabète gestationnel sont similaires à ceux du diabète de type 2, notamment l'âge avancé, la race non blanche et l'obésité.

Il existe une association reconnue entre le traitement avec certains  antipsychotiques atypiques et les effets secondaires métaboliques, y compris le gain de poids et le diabète dans la population générale. En 2003, la Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) a demandé à tous les fabricants d'antipsychotiques atypiques d'ajouter à leurs étiquettes un avertissement concernant le risque d'hyperglycémie et de diabète. Cependant, l'innocuité métabolique des médicaments antipsychotiques pour les femmes enceintes, qui sont déjà prédisposées à la résistance à l'insuline, n'est pas entièrement comprise. Un petit nombre d'études et de rapports de cas ont suggéré qu'il existe un risque accru de développer le diabète gestationnel avec l'utilisation d'antipsychotiques pendant la grossesse; cependant, aucune association n'a été rapportée dans des études plus récentes.

Les troubles psychiatriques qui sont traités par des antipsychotiques sont souvent découverts chez des patientes en âge de procréer et ont un impact sur la santé et le bien-être des patientes au cours de la grossesse. Malgré les informations limitées sur l'innocuité de l'utilisation des antipsychotiques pendant la grossesse, un nombre croissant de femmes en âge de procréer sont traitées par ces psychotropes aux États-Unis. Pour certaines femmes, la poursuite du traitement pendant la grossesse est nécessaire pour prévenir les complications de la pathologie psychiatrique non traitée, alors que pour d'autres, les cliniciens doivent évaluer les risques et les avantages de continuer le traitement, et peuvent envisager un arrêt ou un Switch vers un traitement alternatif. Comprendre le risque potentiel de développer un diabète gestationnel et comment ce risque peut varier selon le type d'antipsychotique utilisé est une considération importante pour les patients et les cliniciens.

Pour évaluer le risque de diabète gestationnel associé à un médicament particulier, des études antérieures ont comparé les femmes enceintes qui ont été traitées avec des antipsychotiques pendant la grossesse avec celles qui ne l'étaient pas, une telle conception est susceptible de confusion, car les femmes qui ne prennent pas de médicaments antipsychotiques au moment de la grossesse diffèrent bien des femmes qui ont besoin d'un traitement antipsychotique, et ces différences peuvent être représentées par un mode de vie plus sain et des habitudes de régime.

Dans une cohorte de femmes enceintes qui ont toutes été traitées avec des antipsychotiques avant le début de la grossesse, les auteurs ont comparé le risque de développer un diabète gestationnel entre les femmes qui ont continué un traitement antipsychotique pendant la grossesse et celles qui ont arrêté le traitement avant le début de la grossesse. Les auteurs de cette présente étude ont examiné le risque de développer un diabète gestationnel associé à la poursuite du traitement par l'aripiprazole, la ziprasidone, la quétiapine, la rispéridone, et l'olanzapine pendant la grossesse par rapport à l'arrêt de ces médicaments antipsychotiques.

Les femmes enceintes non diabétiques qui ont été liées à un nourrisson né vivant et inscrites à Medicaid (2000-2010) et qui ont reçu une ou plusieurs ordonnances d’antipsychotique pendant les 3 mois précédant la grossesse ont été incluses dans les analyses. Le Medicaid  étant une base de données  des demandes de remboursement qui contient des informations sur les caractéristiques démographiques, les hospitalisations, les consultations externes et les dossiers pharmaceutiques.

Parmi 1 543 334 grossesses, certaines femmes enceintes  recevaient un traitement par aripiprazole (N = 1 924), ziprasidone (N = 673), quétiapine (N = 4 533), la rispéridone (N = 1 824) ou l'olanzapine (N = 1 425). Pour chaque médicament antipsychotique, Les femmes qui ont reçu deux ordonnances supplémentaires ou plus pendant les 140 premiers jours de leur grossesse pour le même médicament antipsychotique qu'elles recevaient  avant la grossesse ont été classées comme «persévérantes» alors que les femmes qui n'avaient pas d'ordonnance pour un médicament antipsychotique au cours des 140 premiers jours de grossesse ont été classées comme «décrocheuses».

Pour estimer la relation entre le risque de développer un diabète gestationnel et la prise d’antipsychotiques à des doses plus faibles, ils ont effectué des analyses dose-réponse, comprenant  les femmes avec une seule distribution au cours des 140 premiers jours de la grossesse.

Ils ont exclu les femmes ayant des prescriptions d’antipsychotiques  pendant la grossesse différentes  de celles qu'elles avaient avant le début de la grossesse et les femmes qui ont reçu des ordonnances pour plus d'un type de médicament antipsychotique au cours des 140 premiers jours de la grossesse.

 Les femmes ayant un diabète préexistant ont été exclues, car elles ne sont pas à risque de développer un diabète gestationnel.

Dans cette cohorte de femmes sans diabète préexistant qui ont été traitées avec des antipsychotiques avant la grossesse, les auteurs ont observé un risque accru de développer un diabète gestationnel chez les femmes qui ont continué à utiliser l'olanzapine ou la quétiapine au cours des 20 premières semaines de grossesse par rapport aux femmes qui ont arrêté le traitement. Il y avait une relation dose-réponse positive entre l'utilisation de l'olanzapine et le risque de diabète gestationnel. Les auteurs n’ont pas observé de différence dans le risque de diabète gestationnel en comparant les femmes qui ont poursuivi le traitement par l'aripiprazole, la ziprasidone et la rispéridone  avec les femmes qui ont arrêté le traitement par ces antipsychotiques.

D'autres études sont nécessaires afin de comprendre l'effet potentiel du Switch  d’antipsychotiques pendant la grossesse sur le risque de diabète gestationnel. Une telle information aiderait les décisions thérapeutiques concernant les femmes pour lesquelles l'arrêt du traitement n'est pas envisageable.

En conclusion, bien que le risque de diabète gestationnel soit une considération importante dans le choix d'un médicament spécifique, d'autres dimensions du traitement antipsychotique, y compris l'avantage de poursuivre le traitement  et le risque de perte d'efficacité du aux changements de traitement, devraient être prises en compte dans la décision thérapeutique  pour les femmes enceintes.

Dr Lahlali Narjisse

Service de psychiatrie

CHU Hassan II Fès

Le 30/06/2018

 


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