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L’inflammation dans La schizophrénie: Aspects pathogénétiques et considérations thérapeutiques


Paru dans Schizophrenia Bulletin October 2018

L'inflammation est une réponse nécessaire à l'infection, aux produits chimiques nocifs et aux lésions tissulaires. En plus de protéger le corps, elle peut toutefois avoir des effets nocifs, comme dans le cas des maladies infectieuses et auto-immunes. Les effets de l’inflammation sont également visibles dans le système nerveux central (SNC), où elle peut être neuroprotectrice ou neurotoxique.

Cet article discute les preuves actuelles des études animales et humaines sur le rôle central de l'inflammation dans la schizophrénie. Pendant longtemps, peu d'attention a été portée à l'implication potentielle d'un processus immunologique et de l'inflammation qui pourraient être une source de  la pathogenèse de la schizophrénie. Cependant, la base de preuves concernant ce sujet est en train de croître.

Les cytokines pro-inflammatoires, la microglie, les astrocytes et les cellules immunitaires du système immunitaire périphérique, y compris les monocytes, les macrophages et les lymphocytes T et B, sont tous impliqués dans la médiation de l'inflammation dans le SNC. Le dérèglement de la réponse inflammatoire peut avoir différentes causes, notamment des agents infectieux, tels que des bactéries et des virus, et des toxines environnementales. Il peut également s'agir d'une réaction secondaire à des lésions neuronales liées à un traumatisme ou d'un effet génétique.

Les modèles animaux ont mis en évidence le rôle des infections avant et en périnatales dans le développement ultérieur de la schizophrénie. Par exemple, chez les modèles animaux, la progéniture présente des symptômes typiques de la schizophrénie, tels qu'une détérioration cognitive ou des anomalies réflexes, après une exposition prénatale à des agents viraux.

Des preuves sont également disponibles provenant d'études chez l'homme après une exposition prénatale ou infantile à différents virus, infections respiratoires, infections génitales ou des voies de reproduction, Toxoplasma gondii et d'autres infections. Bien que de nombreuses études aient examiné les titres d'anticorps contre les virus dans le sérum de patients atteints de schizophrénie, les résultats ont été incohérents. Les conclusions ont peut-être été mal définies car les études n'ont pas contrôlé les variables confondantes telles que l'activation immunitaire polyclonale ou le tabagisme et parce que les taux d'anticorps sont affectés par les médicaments.

De nombreuses études épidémiologiques et cliniques ont démontré que divers agents infectieux sont des facteurs de risque de schizophrénie et d’autres psychoses. Une étude épidémiologique à grande échelle réalisée au Danemark a clairement montré que les infections graves et les troubles auto-immuns sont des facteurs de risque de schizophrénie.

Il y a quarante ans, Zubin et Spring ont proposé pour la première fois le modèle vulnérabilité-stress de la schizophrénie. Ce modèle propose que le stress, physique ou mental, puisse déclencher un épisode psychotique. Aujourd'hui, ce modèle doit être élargi pour devenir le modèle vulnérabilité-stress-inflammation. Ce dernier modèle peut aider à expliquer le rôle de l'inflammation dans la schizophrénie car le stress peut augmenter les cytokines pro-inflammatoires et même contribuer à un état pro-inflammatoire chronique. Par exemple, si une réponse inflammatoire est stimulée chez les mères au deuxième trimestre ou dans la progéniture alors que le SNC est encore en développement, la progéniture est plus vulnérable à la schizophrénie. Des études chez l'animal ont montré que le stress entraîne une augmentation des taux de cytokines pro-inflammatoires.

On a constaté aussi que les niveaux de marqueurs pro-inflammatoires, étaient augmentés dans le sang et le liquide céphalo-rachidien de patients atteints de schizophrénie. Plusieurs études ont mis en évidence des produits de dégradation de la fibrine, une protéine augmentée dans les processus inflammatoires, dans le cerveau des patients atteints de schizophrénie post mortem et dans le liquide céphalorachidien (LCR) chez environ 50% des patients schizophréniques.

Bien que les augmentations des cytokines pro-inflammatoires ne soient pas spécifiques à la schizophrénie et décrites également dans d’autres troubles psychiatriques, l’interaction entre cytokines et les neurotransmetteurs dans certaines régions du cerveau et en particulier au cours du développement du cerveau contribue à la physiopathologie de schizophrénie. Des altérations typiques de la neurotransmission dopaminergique, sérotoninergique, noradrénergique et glutamatergique décrites dans la schizophrénie ont également été observées dans les cas de neuro-inflammation à bas bruit et pourraient donc être des facteurs clés dans la génération des symptômes de la schizophrénie.

La neuroimagerie et les études neuropathologiques n'ont pas révélé de modifications inflammatoires importantes de la schizophrénie. Cependant, La perte de volume du système nerveux central et l'activation microgliale démontrée dans des études de neuroimagerie confirment la pertinence d'un processus neuro-inflammatoire dans la schizophrénie.

Enfin, La découverte que les anti-inflammatoires sont bénéfiques dans la schizophrénie fournit peut-être la preuve la plus convaincante que l’inflammation est impliquée dans la schizophrénie, ainsi les avantages des médicaments anti-inflammatoires prouvés dans certaines études et les effets anti-inflammatoires et immunomodulateurs intrinsèques des antipsychotiques renforcent le rôle de l'inflammation dans cette maladie invalidante.

Conclusion 

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier le rôle du système immunitaire dans la schizophrénie, en particulier la relation entre les marqueurs inflammatoires dans le sang et le LCR, d’une part, et la perte de volume du SNC, ainsi que l’importance des différents stades de l’inflammation pour la maladie. Néanmoins, les découvertes récentes sont encourageantes et soutiennent la poursuite des recherches dans ce domaine fascinant.

Dr Asma Chekira

Service  de psychiatrie

 CHU Hassan II Fès

Le 31/10/2018

 


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